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A M. ANDRÉ CHERBULLIEZ A GENÈVE
Veytaux, 16 mars 1866.
Monsieur,
Il est bien tard pour vous remercier de la seconde partie de VOrateur de Smyrne, Je l'ai lue, comme la première, avec le plus grand intérêt, et elle me fait vivement désirer la troisième. Voici une impression que je vous soumets. Votre orateur me fait l'effet d'un orateur qui a perdu son public. Il n'y a plus de Grèce, ni de patrie pour l'écouter. Il se prépare à l'éloquence de Démosthènes, et on lui offre pour aréopage les gens de son village, dont il sera le syndic ou le bourgmestre. Quelle chute I II ne restait vraiment plus que les songes à la place de l'ancienne réalité. Dans ces visions maladives, sans vérité, sans auditoire sérieux, achève de se consumer et de se dissiper le génie oratoire de la Grèce. Aristide (de Smyrne) est malade du même mal que sa patrie.
 toutes ces poitrines manque l'air libre. Nous connaissons ce mal.
Pardon, Monsieur, de cette divagation. Vous y verrez du moins combien vos excellentes pages m'ont donné à penser. Mille choses, je vous prie, à monsieur votre fils et à toute votre famille.
Agréez, etc.
EDGAR QUINET