‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 59 sur 233 · Louis XV · texte numérisé non relu

Louis XV

profiter de ces grandes éclaircies! Le moment viendra pourtant, et je n'en doute pas, où le jour préparé par quelques-uns se fera sur tous. Dans ce volume, la grande dictature royale autant que plébéienne est traînée aux gémonies.

Qu'elle y reste. Pour moi, s'il faut le dire, j'ai la conscience d'avoir donné à la démocratie une œuvre d'émancipation, et, comme il est de toute justice, nos esclaves ont dp leurs mains déchiré celui qui a travaillé à les affranchir; leurs morsures m'ont été indifférentes, l'important €st de les affranchir. Quand ils seront libres, ils pourront selaisser convaincre; jusque-là, il est naturel et inévitable que la servitude produise chez eux des idées serviles.

En résumé, mon livre était l'arme la plus forte contre le despotisme vivant. Ils ont pris bravement Ja défense du proscripteur contre le proscrit. Ils ont couvert contre ffloi le Deux-Décembre et le régime qui en est sorti. Ils ont accepté de reconnaître les bienfaits dont nous jouissons sous ce régime; ils se sont faits les porte-bâtons de l'Empire; ils m'ont démontré que, dans ces quinze ans d'esclavage, leur opposition est une rhétorique et qu'un de mes griefs, à leurs yeux, est de porter sérieusement ie deuil de la liberté.

Secondement, ils se sont faits contre moi les défenseurs de l'Église, ils ont appelé à leur aide Veuillot, rUniverSy et les ont dépassés en capucinades, en sérénades catho- ^ues; ils m'ont dénoncé à Dieu et au diable et surtout à ^^ police, comme un Robespierre anti-catholique. Voilà ^eurs exploits ! Ils ont tenu à montrer ce qu'une servilité de quinze ans peut faire du cœur et de Tintelligence des

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personnes nééyTÏÎnnêtes, je veux bien le croire. Au reste, plus ces détracteurs (peu nombreux) m'ont attaqué, plus ils m'ont servi. Aussi n'ont-ils pu réussir à m*impatienler.

Je me suis amusé à écrire, pour moi, une Défense; mais je n'ai aucune impatience de la publier, parce que je n'en sens aucunement la nécessité, et que, selon moi, je donnerais de l'importance à des diatribes creuses, sans aucune valeur ni de fond, ni de forme. Le temps, je le sens, est mon allié; c'est à lui que je me confie du soin de combattre pour moi.

D'ailleurs, ceux des nôtres qui m'ont attaqué se sont abrités dans l'Empire; ils savent fort bien qu'ils sont là en sûreté, que je ne puis les y réclamer ; en disant l'exacte vérité, je les perdrais aux yeux de TEurope. Il vaut donc mieux se taire, du moins ne pas se hâter. La France est avec moi dans cette affaire ; c'est peut-être la première fois de ma vie que je m'en aperçois. Que me font quelques déclamations? Je suis bien sûr que, parmi ceux qui m'attaquent, beaucoup seront plus tard avec moi, s'ils vivent encore assez pour cela.

Quelqu'un qui était avec moi. Flocon, est bien malade. Je tremble d'apprendre sa mort. Je suis retenu par un rhumatisme au pied. C'est un moment bien triste pour moi. Ma femme, ma sœur, ma nièce, malades de la grippe, et moi boiteux et lié. Votre livre m'avait guéri. . Adieu, bien cher ami. Mille amitiés à madame Michelet. Je vous embrasse de cœur.

EDGAR QUINET

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Quelle confirmation me donnent les événements! Ce sont eux qui me dispenseront de me défendre. Voilà la guerre européenne qui se décide, comme sous l'ancien régime, par la fantaisie de deux personnes, à l'insu des peuples et de trente-six millions de Français qui comptent pour zéro!

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