‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 60 sur 233 · DXLI · texte numérisé non relu

DXLI

A M. SAINT-RENÉ TAILLANDIER A PARIS

Genève, 19 mai 1866. Rue Bcauregard 4.

Un mot seulement aujourd'hui. Votre article est magnifique autant que courageux. H est écrit sur les hauteurs. Il éclaire tout. Je serais Tennemi de moi-même si je n'étais reconnaissant et pénétré. A demain, cher et véritable ami.

Votre

EDGAR QUINET

Genève, 20 mai 1866.

Ah! cher et véritable ami, quelle belle et noble inspi- ^tion! quelle conscience haute, quel grand souffle dans 1^ critique! J'avais entrevu tout cela hier. Aujourd'hui, en vous relisant, je suis plus pénétré encore, si cela se peut, ^e l'élévation de vos vues, de la largeur de vos idées qui

lOG ' LETTRES D'EXIL.

sortent à la fois de l'esprit et du cœur. Si je ne m'abuse pas, il me semble que ces pages* sont des plus belles, des plus vivantes, des plus riches, des plus fécondes que vous ayez écrites. Comment avez-vous pu croire un moment que je ne serais pas amplement satisfait de mon cher critique? Je serais bien infidèle à mes maximes et vraiment insensé, si je ne comprenais pas les dissidences en pareille matière. Et vraiment, est-il possible de tirer, de ces dissidences mêmes, plus de raisons de se rapprocher et de s'entendre? Ah! qu'il fait bon d'êlre criliqué par un ami véritable qui dit ce qu'il pense, avec une éloquence si sincère et si persuasive! Je penserai et méditerai de nouveau avec vous, je pèserai encore une fois mes propres paroles. Un travail si sérieux, si approfondi, exige de ma part un nouvel examen de conscience sur les rares points en litige.

11 faut bien que la parole humaine soit un instrument incomplet ; car vous supposez que j'ai pu penser et dire qu'il eût fallu extirper même le protestantisme ! Cette idée certainement n'est jamais entrée dans mon esprit.

Au reste, vous avez été au fond des choses ; vous avez dit l'important et le nécessaire. Après ce beau travail qui renouvelle la critique, il ne sera plus permis de se traîner dans le faux classique des histoires révolutionnaires ei contre-révolutionnaires. L'esprit a fait un pas véritable il s'est retrempé.

Ce qui m'est infiniment doux, c'est que, sous chaqu *

Page 1