‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 7 sur 233 · A M. MELVIL BLONCOURT, DIRECTEUR DE LA REVUE DES COLONIES · texte numérisé non relu

A M. MELVIL BLONCOURT, DIRECTEUR DE LA REVUE DES COLONIES

A PARIS

Veytaux, 3 juillet 1865.

Cher Monsieur,

Vous savez que nous avons fait ce que vous désiriez, avant d'avoir reçu votre lettre. Nous avons été prévenus par Schœlcher, un de ces hommes affreux de 1848, qui a eu l'affreuse idée d'abolir l'esclavage. Aussi mérite-t-ii doublement la proscription et l'oubli dans lequel on le laisse plongé.

A parler sérieusement, votre lettre est admirable. Elle fait revivre pour moi les années d'espérance dont tant d'abîmes nous séparent. Il y a donc en France des hommes qui se souviennent! Honneur à eux! Ils sont rares. La plupart se font gloire de ne dater que de leur abaissement. Puisse votre appel en faveur des Noirs affranchis trouver un écho dans notre monde sourd ! Il est toujours bon à tenter. Quelquefois une noble pensée a été entendue de nos jours. Ne nous lassons pas de frapper ces cœurs de pierre.

Tout à vous et de tout cœur.

EDGAR QUINET

CCCCLXXXI

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