A BRESCIA
Veytaux, 3 juillet 1865.
Cher Monsieur,
Non, je n'ai reçu aucune învitalion pour le Jubilé de Dante; je n'en recevrai pas davantage pour la commémoration de Beccaria. Ne vous en étonnez pas. J'ai fait ce que j'ai pu pour l'Italie pendant vingt ans, alors que personne ne soutenait la cause de l'Italie. J'étais seul en France à croire et à travailler à votre résurrection.
Aujourd'hui, l'Italie se croit victorieuse, il est tout simple que l'Italie ait oublié les services déjà anciens. C'est là, cher Tamburini, une histoire aussi vieille que le monde. Elle se répétera toujours. Servons de notre mieux les peuples, mais n'en attendons aucun retour ni même un souvenir; c'est là le sûr moyen de n'être jamais trompé.
Je doute infiniment que votre beau projet de Florence s'accomplisse. Cependant ma femme a pris sur elle de vous envoyer ce que vous avez demandé*. J'ai
1. Le portrait d*£dgar Quinet pour le sculpteur chargé de faire son buste.
remis en bonnes mains des exemplaires de votre Divination de Dante. Je voudrais vous dire à loisir tout ce que j'ai trouvé d'excellent. On sent que vous avez été un des martyrs de la foi dantesque. C'est aux martyrs à nous révéler la religion pour laquelle ils ont souffert. Quel beau commentaire de la Comédie divine, que d'avoir été comme vous condamné, emprisonné pour elle ! Le poète vous a dit son secret dans vos jours de prison.
Adieu, cher Tamburini. Que devient votre traduction A' Ahasvérus? Je n'aurai de loisir pour vous écrire qu'après avoir achevé l'impression de ma Révolulion.
Votre affectionné
EDGAR QUINET
Je voudrais que nos malheureuses expériences puissent servir aussi aux nations étrangères. L'Encyclique vient d'éclairer la situation. Tout serait lumière, si tant d'hommes ne refaisaient pas perpétuellement les ténèbres. Que va devenir cette embûche tendue sous vos pas : la réconciliation de l'Italie et du pape?
Le piège est démasqué par le pape lui-même. N'importe. On fera semblant de ne pas comprendre, on se bouchera les yeux et les oreilles.
Prenez garde que le Deùx-Décembre ne vous ramène tous au Bas-Empire. C'est aujourd'hui le danger de toute l'Europe.
CCCCLXXXII