A M. AUGUSTE DTÎFOUR A SAINT-QUENTIN
Veytaux, 22 novembre 1866.
Il est donc vrai, chers amis ! il n'est plus !.. le meilleur de nos amis S celui vers lequel allaient toutes nos pensées !
1. Voyez Lettres à Quinetj par Th. Dufour, Calmann Lévy, éditeur.
LETia£S D'EXIL. 101
Nous ne reccYTons plus de ces lettres qui nous rendaient le cœur, sinon Tespérance! Il n'est plus, celui qui, seul arec tous, comprenait le sens et l'intention de notre exil. Quelle solitude dans la solitude ! Quel silence désormais ! Comment le supporter? Qui nous tiendra compte de nos luttes, de nos efforts persévérants ? Personne. n n'y a plus personne.
Une grande âme immortelle vient de quitter le monde. Tout nous a quittés. Que ferons-nous sans elle ? Où iront nos pensées? Qui les écoutera? Qui s'en souciera? Nous avouerons-nous donc vaincus ? Non, notre cher Théophile serait mécontent de nous. C'est de lui qu'il faut prendre exemple. Nous le consulterons en esprit dans chacun de nos actes. Nous ne pouvons le croire mort, lui, si vivant dans nos cœurs. Il nous aidera, il nous protégera; nous le gardons au milieu de nous. Que ce sage, que ce saint nous envoie, ainsi qu'à vous, sa force et sa douce lumière.
Votre ami et frère
EDGAR QUINET
DLXXX