M. DCC. LXXIX
1 ■ L'une des parties contenait les restes d'Abélard. consistant
Delaunave, auteur d'une vie d'Abélard, imprimée en 179a, rapporte qu'il avait examiné, avec soin, les os (TAbélard et d'Héloïse, et que de celte inspection il résultait que les deux corps avaient été « d'une grande stature et de belles proportions. »
Alexandre Lcnoirdit avoir îtàllamême remarque', il ajoute : c< La tète d'Héloïse est d'une belle proportion; son front, d'une forme coulante, bien arrondie et en harmonie avec les autres parties de la tête , exprime encore la beauté parfaite. »
Delaunave raconte que, tandis que les restes d'Héloïse et (TAbélard étaient déposés dans l'église de Nogent, il a été offert plusieurs fois des sommes énormes, jusqu'à mille écus , pour avoir une seule dent d'Héloïse; et il ajoute : Je n'ai pas besoin de dire que c'étaient des Anglais qui ont fait dépareilles offres.
Le fondateur du Musée des Monumens français conservait dans son cabinet des fragmens de vertèbres et des dents d'Héloïse et d'Abélard. 11 voulut bien partager avec moi ces reliques, et me donna un écrit , signé de lui , qui constate leur authenticité.
Le cercueil en plomb des deux amans, deux épitapbes, et la pierre creusée de Saint-Marcel qui renferma, pendant quelques mois, le corps d'Abélard, voilà tout ce qui fut transporté à Paris. Les monumens du Paraclet ont été détruits. Ainsi la chapelle sépulcrale où Lenoir renferma les restes d'Abélard et d'Héloïse n'est point leur antique tombeau. Il dit lui-même, dans sa Description du Musée, 1 qu'il Ta fait construire avec les débris d'une chapelle de Saint-Denis; et dans sa Notice historique, 9 que celle chapelle a été eonslruile avec les débris du
• en divers ossemens, parmi lesquels on distinguait particulière- »ment des portions de fémur, de tibia, plus les côtes, les vertèbres, ->ct entre autres une grande portion du crâne et delà mâchoire «inférieure ; l'autre partie renfenrnit également les restes d' H é-
• loîse, parmi lesquels on remarquait particulièrement une tête «complète , la mâchoire inférieure en deux parties, des ossemens »decuisscs, de jambes et de bras, conservés dans leur entier. »
1 Sixième édition , an x (1801).
^BlS^in-g*.
120 ABÉLARD ET EIÉLOISE.
cloître du Paraclcl. ' !i n'y a de vrai dans ce mouunient que le tombeau de Saint-Marcel, reste long-temps orphelin, cl dans lequel, dit Lenoir, j'ai dépose moi-même les ossemens des célèbres amans du xne siècle. Les effigies couchées sur le lombeaun'ont point été sculptées à cette époque.
11 ne reste aucune image authentique des deux illustres personnages, quifurent, un moment, le (lambeau des lettres etde la philosophie dans les longues ténèbres du moyen âge.
Tous les historiens de Paris, qui ont parlé de ses antiquités, citent deux médaillons d'Abélard ctd'IIéloïse qu'on voit encore dans la petite cour d'une ancienne et chetive maison du cloître Notre-Dame. Une inscription fait connaître que c'était la demeure d'Héloïse, la maison canoniale de Fulbert. 2 Mais tout annonce que ces deux médaillons, incrustés dans le mur, sont bien postérieurs au temps où vécut Fulbert. El, (railleurs, cet homme vindicatif eût-il voulu faire à sa victime l'insigne honneur de placer, chez lui, son image en regard de celle d'Héloïse ! D'ailleurs, encore, Alexandre Lenoir a reconnu que l'artiste avait donné à Héloïse un costume en usage dans le commencemcnl du dix-septième siècle ; et les mouslaches du docteur Abélard, et le manteau à la romaine dont il est affublé, prouvent surabondamment qui les deux médaillons sont l'ouvrage d'un sculpteur moderne e* par trop ignorant.
N'ayant donc pu se procurer des types sûrs de ces personnages, Lenoir nous apprend qu'il fil mouler leur tête de mort : el c'est d'après ces moules (pie le statuaire de Senne a fait les deux bustes d'Héloïse et d' Abélard. La statue d'Héloïse, qu'on voit couchée à côté d'Abélard , est, dit Lenoir, une figure de femme sculptée de ce temps-là, éi laquelle j'ai fait, mettre le masque d Héloïse.
'Il résulte de colle apparente eonliadîelion que la chapelle inoimiijt'iitalea clé construite avec des débris du Paraclct et des débris de Saint-Denis.
■Celle in;iison appartenait tittilaircment , eu 1780 , à l'abbé de La fige, chanoine de la métropole , el prédicateur assrz renommé,
tBÊLARD ET fil ' ISI 121
La description ilu monument . tel que cel ami zélé do la
gloire nationale et des arts le lii construire, a été publiée par lui, et on la lit avec intérêt.
En 1801 , la chapelle monumentale fut placée dans les jardins du Musée, où les nationaux cl les étrangers allaient la visiter avec empressement et non sans émotion. Mais dan- < • i Elysée même , Âbélard et Héloïsc n'ont pu trouver leur dernier repos. En 1815, h restauration donna au Mont-de-Piété le petit terrain qu'occupait la tombe, et il fallut la déplacer!... Mais une révolution l'attendait encore.
I.a France était fière d'un Musée qui présentait, disp siècle par siècle, une foule demonumens de son histoire. L'étranger nous enviait cet établissement, dont la pensée avait été grande, dont la création fut le seul moyen de préserver, (Tune dispersion ou d'une destruction inévitable , les chefsd'œuvre des arts, des pierres cl des marbres qui avaient h ur
éloquence et l'empreinte de tant de siècles ! Mais on était
pressé de rendre à Saint-Denis des tombeaux déserts; mais des curés et des marguilliers faisaient des réclamations pour leurs églises. Vn zèle exalté- criait à la profanation, quelques vils intérêts d'artistes jaloux élevaient aussi une voix sacrilège , ri la Restauration supprima le véritable Musée national de la France Les Cosaques Pavaient respecté !
Alors le tombeau d' Abélard et d'Héloîse fut transporté au cimetière du Père La Chaise, où on le voit sans cesse p irscmé de couronnes d'immortelles \ tribut louchant, payé encore, après tant de siècles, à la mémoire des deux amans, par ramante sensible ou par ramant malheureux.
VïLLENAVE.
LETTRE