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Lettres d'Italie

J'ai relu avec intérêt : Au service de V Allemagne. Je l'admire et t'en remercie. Je crois seulement que nous n'avons pas le droit de dire aux Alsaciens : il ne fallait pas émigrer; la haute moralité était pour eux de croire en une revanche prochaine, et pour nous de l'accomplir, sitôt prêts, dans les quinze ans. Mais

aujourd'hui, en effet, nous sommes réduits à leur dire : il ne faut plus é migrer.

Je jouis beaucoup du Cap d'Ail, de la mer que je ne connaissais pas, du soleil dont j'avais perdu l'habitude, des fleurs et des vives couleurs. Que ma convalescence (1) serait joyeuse si je retrouvais de l'entrain, de la sécurité, et si seulement j'étais assuré qu'il y en a de très francs autour de moi.

Sois assuré de ma respectueuse affection et ne m'oublie pas, je te prie, auprès de ma tante.

CH. DEMANGE

1. — Charles Démange, à la suite d'une crise rhumatismale, venait d'être étendu plusieurs mois.

A M. MAURICE BARRES

Florence, 6 mai 1905.

Mon cher Oncle,

Maman nous a fait le grand plaisir de nous amener à Florence jusqu'au 19 mai, et je juge bon de te donner notre nouvelle adresse : Hôtel Victoria, qui est, je crois, l'hôtel où tu descendis l'année dernière. Maman qui n'était plus allée à Florence de longtemps, s'en est souvenue.

Quand tu pourras facilement décider de notre voyage, c'est donc là que tu voudras bien m'écrire.

Je sais que tu te présentes, et que jeudi dernier, 4, on a dû fixer le jour de l'élection. On parlait du 8 juin dans les journaux : ce serait fâcheux, mais peutêtre, si ma santé était assez sûrement

rétablie pour voyager seul aussi loin, irais-je à Constantinople et à Athènes en octobre, au cas où tu ne le pourrais pas maintenant. Il est vrai que ne pas être accompagné de toi diminuerait de beaucoup mon plaisir.

Je suis ravi, ravi de Florence : je la savais par cœur dans ses détails avant d'y venir, mais j'étais loin de l'imaginer.

Crois à ma respectueuse affection et ne m'oublie pas, je te prie, auprès de ma tante.

CH. DEMANGE

A M. MAURICE BARRES

Florence, 12 mai 1905.

Mon cher Oncle,

J'ai été très heureux de la lettre affectueuse ([lie tu m'as écrite, en pensant avec nous à ce premier (1) anniversaire. Je redoutais beaucoup cette journée ; maman a été quelque peu souffrante et est encore bien trop sensible.

Je suis presque content que tu ne puisses aller à Constantinople en juin, car peut-être a lirais- je eu la déception de

1. — Le docteur Emile Démange, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine de Nancy, était décédé subitement à Nancy le 10 mai 1904.

te laisser partir seul. Je De voulais pas m'avouer que mes forces c'étaient guère suffisantes, après l'été seulement j'aurai

remonté au degré voulu de résista née et de santé.

Le succès de « Au service » vérifie mon admiration (pour le chef de Sainte Odile, surtout, en définitive), et ce que j'avais vu dans le Midi de la France (entre autres, à l'hôtel du Cap d'Ail, la colère très amusante d'un officier supérieur prussien). Mais dans les librairies de Florence on ne le voit pas. Je crois qu'en envoyant ton livre à Weiss tu lui feras un plaisir extrême. D'ailleurs, il est Alsacien...

En tous cas que ta prochaine édition soit sans images!

Je connais par expérience l'opération qu'on va faire au pauvre Philippe; heureusement on ne souffre pas. Te souviens-tu d'être arrivé auprès de moi à la

fin, et de m'avoir trouvé encore tout endormi de chloroforme?

Je compte bien que tu prendras la peine de nous faire connaître le détail du 8 juin, quoi qu'il advienne.

Crois à mon affection respectueuse, rappelle-moi au bon souvenir de ma tante, et à Philippe toute mon admiration pour le courage qu'un admirateur de Napoléon, Don Quichotte et Roland.

montrera sûrement.

CH. DEMANGE

A M. MAURICE BARIŒS

Nancy, dimanche, 26 novembre 1905.

Mon cher Oncle,

Je suis agacé et même furieux ; je comptais partir samedi, me voilà retenu quelques jours. Si seulement mercredi Weiss me lâchait!

Merci beaucoup de tes offres, que j'accepte. Je crois que si je revenais à Nancy sans avoir visité le Cardinal Mathieu, on ne me croirait plus baptisé.

Donc veux-tu m'envoyer, quand tu en auras le loisir, la lettre nécessaire?

Je veux m'essayer à n'être point trop sauvage en Italie : n'en as-tu pas dit qu'elle est l'éducatrice des jeunes barbares ?

Je vais d'une traite à Florence où nous

nous arrêterons quelques jours, une huitaine; et puis Rome d'où je ne sais quand je reviendrai.

Tu m'as fait grand plaisir en me parlant de séjourner à Neuilly près de vous, au printemps; et j'accepte en principe.

Maman compte t'écrire sous peu. Je crois qu'elle ne va pas mal, et quant à Suzanne, elle s'amuse mieux que jamais dans le inonde.

J'ai déjà lu et relu la première livraison du Voyage de Sparte: c'est très beau par endroits; et la merveille c'est que c'est très grec, dans la forme ; on dirait parfois des traductions, à propos de Ménard (que, par exemple, je trouve plus Alexandrin ou d'Antioche que d'Athènes).

L'enfant écrasé au pied de l'Acropole, choque d'abord, comme trop espagnol ; et puis on s'y habitue, comme aux convulsions du possédé, près le rocher de la transfiguration, dans Raphaël. Et puis,

oser un dialogue pour philosopher de l'action de l'Histoire et du présent sur l'Acropole, c'est si bien la tradition philosophique; cela apporte tant de mesure dans l'opinion la plus faite.

Que c'est long, jusqu'au 20 janvier! Je te donnerai en effet de mes nouvelles d'Italie.

Crois, mon cher oncle, à ma très respectueuse affection; et agrée mes plus vifs remerciements.

CH. DEMANGE

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