QUATORZIÈME LETTRE
Mon cnER Ami,
J*ai lu et j*ai entendu dire à des bibliographes instruits que dans le premier âge de la typographie on imprima quelquefois des livres page par page. J'ai déjà cherché à réfuter cette erreur; voici une nouvelle preuve à Tappui de cette réfutation.
J'ai une petite plaquette in-quarto gothique du Modus confitendi de saint Thomas d'Aquin. Elle se compose de trois quaternions suivis de deux temions, soit trente-six feuillets à 26 lignes longues.
Dans le second cahier signature B, le recto de Tavantdernier feuillet est blanc et par conséquent il manque une page du texte.
Le verso du second feuillet de ce même cahier est régulièrement imprimé. C'est de cette circonstance que Ton
conclut qu*on a imprimé ce livret page par page. Tous remarquez que cette page blanche et cette page imprimée oip- ^diTiienneni au côté des pages 2 et 3. Il faut bien comprendre que,snivant les bibliographes dont je parle, on imprimait les pages Tune après Vautre et dans Tordre des chiffres de la pagination. Par cette méthode on n'avait besoin que d'un minimum de types, mais il fallait soumettre quatre fois la même feuille à Faction de la presse, dans le cas de Tin-folio. De plus, dans le cas de notre in-quarto, après avoir imprimé la première page d'un quatemion, on n'imprimait la dernière qu'après les quatorze pages intermédiaires. Vous entrevoyez les inconvénients de cette méthode. En imprimant page par page la lenteur serait énorme puisqu'on aurait à composer une page, à Timprîmer, à la distribuer et ainsi de suite. De plus, chaque feuille in-folio passerait quatre fois sous la platine, au risqUe de se déchirer et surtout de se salir.
Si time is money, cette absurde méthode coûterait fort cher.
Je me rends compte de la page restée blanche de la manière la plus simple : on a imprimé notre plaquette avec une presse à deux coups; la platine extrêmement petite devait s'abaisser deux fois de suite sur la même demi-feuille. Le pressier inexpérimenté ou étourdi n'abaissa qu'une seule fois la platine sur la forme, et relira sa demi-feuille qui n'était qu'aux trois quarts imprimée. Il aurait dû rouler d'abord le train à moitié sous la platine, tirer le premier coup de barreau puis relever la platine; au lieu de cette manœuvre il roula le train tout entier et n'imprima ainsi que la seconde paçe de sa demi-feuille.
Yoilà, me direz vous, une explication satisfaisante de la page blanche; mais l'impression page par page en rendrait également compte ; il faut donc qu'à l'aide de faits, je vous démontre que c'est une presse à deux coups qui a imprimé notre plaquette.
Avant de la confier au relieur j*en ai examiné les feuillets avec soin. Voici ce que j'ai constaté sur les deux feuillets intérieurs du premier cahier : désignons, afin d'abréger, les pages du premier de ces feuillets par les lettres a et a et les pages du second par b et b'.
Les pages métalliques du côté de première, c'est-à-dire de a et de b' ont été correctement fixées dans leur chAssis ; mais celles de la retiration, a' et b, étaient plus écartées Tune de l'autre vers le haut que vers le bas. Malgré cette anomalie, les 2 pages imprimées du premier feuillet, aussi bien que celle du deuxième s'écartent du registre dans le