‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden] (volume 2)Chapitre 32 sur 44 · DE LA CRÉATION 5235, SECOND MOIS ADAR, DIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

DE LA CRÉATION 5235, SECOND MOIS ADAR, DIXIÈME JOUR

Or, le mois que les Hébreux appellent second adar correspond à peu près à notre mois de mars; il est donc le sixième mois de leur année, commençant à Téquinoxe d'automne, époque, suivant eux, de la création du monde.

De plus, ils assignent pour date à la naissance du Christ le solstice d'hiver de Tan 3761 de la création ; grâce à ces incontestables données, une simple soustraction nous donne pour la date de l'impression de Tincynable de Reggio le mois de mars de Tan 1475. Cet incunable est donc réellement antérieur à celui d'Esslingen, ainsi que l'avait dit l'auteur du Dictionnaire de Géographie^ le savant et laborieux bibliographe, M. Pierre Deschamps.

Comme la méthode que j'ai suivie ici est applicable à tous les cas analogues, j'aime à croire qu'on me permettra d'en signaler l'esprit. J'ai voulu simplement m'affranchir de savoir si les années en question commençaient ou non à Pâques. On sait en effet combien sont capricieux et peu certains les usages des auteurs du moyen âge à cet égard et combien il est facile de s'y tromper.

Autre avantage de cette méthode : je n'ai pas eu à rechercher si, dans le colophon de Reggio, il s'agissait de l'année religieuse ou de l'année civile des Israélites, la première commençant avec l'automne, la seconde avec le printemps. Car, bien que ce soit la dernière espèce d'année qu'employaient les premiers imprimeurs de livres hébreux, comme on le voit dans quelques-uns de leurs colophons, ce renseignement devenait superflu, en rapportant les dates, ainsi que je viens de le faire, à l'ère de la création^ selon les Rabbins.

Je ferai remarquer deux erreurs dans la traduction que de Rossi a donnée du colophon qui me fournit la date cherchée : 1® on fait l'imprimeur du livre fils de deux pères : ego

filius Garton, filius Isaac, Abraham, il fallait : filius Garton, filii Isaac. On ne lui laisse ainsi qu'un seul père et on lui restitue un grand-père.

Panzer, Laserna Santander, M. Pierre Deschamps, citent ce colophon tout entier d'après de Bossi.

Brunet n'en donne que quelques mots avec quelque diftrence, entre autres, celle-ci, à propos de la date :

Anno 5235 Judaeorum majoris supputationà.

Dans plusieurs co^ophons de livres hébreux traduits par de Rossi, on rencontre aussi les mots minoris, en même temps que MAJORIS supputationis. On les trouve aussi dans la Bibltotheca Sacra du père Lelong.

. Voici ce qu'il faut entendre par major et minor supputatio : quand on donne tous les chiiSres du millésime, par exemple, 5235, cela s'appelle la grande ère; ce serait la petite, psp ^^^^ si Ton n'employait que les trois derniers chiffres 235.

2° Au lieu de : Adar, postremi mensts, il fallait Adar, posterioris mensis. En effet, il faut pour mettre d'accord le calendrier lunaire que suivent les Hébreux, avec le calendrier solaire indispensable à tous les peuples, ajouter un mois embolismique; on l'appelle le second Adar, parce qu'il suit un premier mois de ce nom.

Je finis en faisant remarquer : *

1^ Que Touvrage que M. Baillieu regarde comme le premier livre hébreu, n'a que quelques lignes imprimées dans cette langue, tandis que le Commentaire du Pentateuque est tout entier dans la langue sacrée, ce qui lui donne un titre de plus pour figurer dignement au premier rang des livres imprimés en caractère hébraïque.

2"" Que Auguste Bernard se trompe (t. 11, p. 232) quand il dit : u Moins de dix ans après 1475, à Soncino, furent imprimés les premiers livres juifs. » Chose singulière, il se trompe en citant de Bossi qui a précisément signalé le premier

Tannée 1475 et la ville de Reggio, à propos des premiers livres imprimés en hébreu.

J'ai pensé, Monsieur le Directeur, que les lecteurs de la Typologie ne manqueraient pas de trouver quelque intérêt dans ces renseignements sur les premiers livres imprimés dans la langue sacrée.

Recevez, Monsieur le Directeur, Tassurance de mon affection dévouée.

J.-P.-A. Madden.

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