‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden]Chapitre 27 sur 83 · DES RELIURES AVEC LE CIMIER DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

DES RELIURES AVEC LE CIMIER DU DAUPHIN

Jamais créature humaine ne débuta dans la vie sous de plus heureux, sous de plus brillants auspices que le prince dont je vais dire quelques mots à propos de livres portant ses armes.

Seul fils légitime de Louis XIV, il porta, pendant près de cinquante ans, le titre de grand dauphin, depuis sa naissance jusqu^à sa mort (de 1661 à 171 1).

Il eut Montausier pour gouverneur, Bossuet et Huet pour précepteurs, c*est-à-dire, les trois hommes de France que recommandaient le plus la vertu, l'éloquence, l'érudition.

Ce fut pour lui, ad usum Delphini, que ses maîtres firent rédiger ces savants commentaires des principaux auteurs latins, en sôixantre-quatre volumes, dont Louis XIV paya l'impression plus de 200,000 francs.

Que devint l'élève de si grands maîtres? Ecoutez les réponses de Madame de Maintenon et de Saint-Simon : « Feu

» Monseigneur, dit la première dans une de ses lettres, savait » à cinq ou six ans mille mots latins, et pas un quand il fut » maître de lui. » Voici comment s'exprime le second, et je ne cite que les traits les plus indulgents : « Monseigneur était » sans lumières, ni connaissances quelconques, radicalement » incapable d'en acquérir. . . . sans conversation, sans amuse- » ment, je dirais volontiers sans sentiment et sans pensée. »

Le pauvre prince dont la marquise et le duc donnaient une si triste idée était-il donc seul coupable de tant 'd'ignorance ? lui avait-on, comme on le devait, présenté le savoir sous un jour aimable et séduisant ? Madame de Montausier, sa première gouvernante, cette digne fille de la précieuse duchesse de Rambouillet, le duc son mari, gouverneur austère et peu capable de se dérider jamais, Bossuet lui-même, précepteur d'un roi futur plutôt que d*un enfant inappliqué, n'ont-ils pas en lui parlant du haut de leur vertu et de leur génie, effarouché sa jeune et timide intelligence que l'âme tendre et caressante d'un Fénelon aurait sans doute éveillée et alléchée, en ne lui montrant d'abord de la science que les sourires et les merveilles?

Quoi qu'il en soit, le prince, pour qui le grand roi faisait imprimer une précieuse collection de livres, devait avoir une bibliothèque. J'ai cherché dans V Etat de France pour l'an 1708, trois ans avant sa mort, le nom de son bibliothécaire ; dans plus de vingt pages consacrées à la Maison de Monseigneur le Dauphin^ \^2À pu trouver, par exemple, le nom de celui qui, pour avoir soin des Cravates de Monseigneur^ recevait cent louis d^ or d* appointements ; j'y ai appris aussi que depuis 1682, » Monseigneur le Dauphin aimant la chasse du loup entretenait » une meute de cent chiens et soixante chevaux de selle pour » six lieutenants ordinaires, quatre piqueurset autres;» mais quant à un bibliothécaire, si Monseigneur en avait un, il ne figure pas dans la longue énumération des fonctionnaires de sa maison.

J'ai été plus heureux chez les bouquinistes : de temps en

temps, j'y ai rencontré et c'était sans les chercher, bon nombre de volumes dont je vais dresser la liste, ils sont tous en veau

brun, d'un style ^^^^^^ w#**# ^" ^^» ^® cimier

plutôt solide qu'é- c^la^TVjg^ gg j dont voici la relégant ; au bas du /iPÎ^^S^^oS^ production, ce sont dos j'y ai remarqué •'>a=£^!*'%e^ les armes du Dau-

phin qui sont, comme on sait, d'or au dauphin d'azur, crété, oreille et barbeté de gueules.

On verra, en parcourant la liste qui suit, que quatre seulement de ces volumes ont été imprimés après 1711, date delà mort du Dauphin, le plus grand nombre l'ont été de 1678 à 1706, c'est-à-dire de sa dix-septième année à sa quarantecinquième année.

Si l'on réfléchit que c'est le hasard qui a jeté, à de longs intervalles, ces volumes entre mes mains, on en devra conclure que la bibliothèque dont elles sont les épaves devait être assez nombreuse et que les bibliophiles qui prendront la légère peine de jeter un coup d'oeil au bas du dos des vieux livres ne manqueront guère d'augmenter considérablement cette liste, et peut-être même de rencontrer de désirables renseignements manuscrits sur la bibliothèque du grand Dauphin.

Voici la liste en question, les chiffres à gauche indiquent le nombre des volumes.

I. Imagines,,, imperatorum , , , apud Raphelengiutn , , , I599'

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