‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden]Chapitre 26 sur 83 · ARMES DE L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

ARMES DE L'IMPRIMERIE

L'art de Timprimerie, par lui-même le plus noble des arts, ne s'est pas moins vu infliger, en dépit de sa noblesse, les vanités de Panoblissement. Ainsi en 1465, l'archevêque et électeur de Mayence, Adolphe II, comte de Nassau, décerna à Gutenberg le titre de gentilhomme de sa cour. Mentelin, en 1466, le 27 octobre, recevait de l'empereur Frédéric III, pour la seconde fois, l'autorisation d'avoir des armoiries que décrit minutieusement la chancellerie impériale (1). Le même empereiir, suivant une tradition très vraisemblable et depuis des siècles très accréditée, accorda aux imprimeurs les mêmes privilèges qu'aux nobles et aux savants. Il assigna pour armoiries aux compositeurs ( Schrift-Setzern ) un aigle, aux pressiers (Druckern) un griffon tenant une balle à imprimer. Ce qui rend cette tradition très vraisemblable, c'est un couplet d'une chanson allemande composée à propos du second jubilé séculaire de l'invention de l'imprimerie par les typographes

(i) Voyez page 483 du second volume de Regesta Chronoloco-diplomatica, de Joseph Chmel. Wien, 1840.

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de Leipzig ; la chanson a pour titre : Ronde des Imprimeurs; voici le couplet relatif aux pressiers traduit le plus littéralement possible:

Allons, chantons d'une voix joyeuse,

Chantons les armes des imprimeurs.

Chantons les bienfaits dont tout le monde

Est enfin redevable à leur griffon.

Le griffon est beau, fort et rapide ;

Il est toujours riche en trésors et en or,

En dépit de ce qu'on lui ravit.

Vous pouvez enlever à leur griffon tout son or,

Elever un monceau de tous ses trésors ;

Mais votre feuille imprimée (Schrift)

Vaudra toujours mieux que les mines d'or

Que garde le griffon (i).

Ce couplet que chantaient en dansant les imprimeurs de Leipzig, en 1640, démontre clairement qu'ils croyaient aux armoiries ( Wapen) octroyées par Tempereur ; or, une semblable croyance de la part de ceux qui devaient en connaître Porigine, ne nous permet guère, à la fin du XIX® siècle, de douter de la faveur accordée par Tempereur Frédéric aux imprimeurs d41 y a près de 400 ans. Rappelonsnous surtout que Frédéric a prodigué les titres de noblesse plus que les écus de son trésor. Est-il à propos de rappeler ici que, suivant la mythologie, le griffon, être fantastique à tête d^aigle et à corps de lion, veillait à la garde de mines d'or que les Arimaspes, peuple du nord de PAsie, cherchaient sans cesse à leur ravir. On peut voir un griffon typographique du titre des livres imprimés à Lyon par les Gryphes, célèbres typographes du XVI® siècle.

(i) Voyez Spiegel des Ehren des Ertzhauses Oesterreich^ von Siegmund von Bircken, Niirnberg, 1668, p. 524 et suivantes.

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