‹ Lettres d'un bleuetChapitre 9 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Gernicourt^ 21 septembre.

En plein travail intellectuel ! Voici le programme de mes journées archi-actives :

Lever 4 h. 3o. — Messe 6 h. 3o. — Travail. — II h. 3o Repas. — 12 h. 3o travail. — 5 h. Soupe. — Coucher 9 heures. — Priez beaucoup pour moi, pour nous trois plutôt.

On dit que le 12 octobre nous seirons à Fontainebleau, où nous passerons un examen éliminatoire Ce sera donc alors l'Ecole ou le retour ici. Et Fontainebleau est si près de Paris ! Je pourrai alleir voir nos chères Sœurs de Charité. Quelle joie ! le Bon Dieu est si bon ! et cela, pour un tout petit effort de soumission à ses volontés. Remerciez-Le.

22 septembre.

Ce matin, anniversaire de la naissance de Sœur Marie, j'ai eu la grande joie de communier en union avec elle et pour elle ; comme en outre, j'avais l'honneur de répondre la Messe, j'étais tout près du Maître et je pouvais mieux lui présenter mes prières. Dans sa dernière lettre, ma bonne petite Sœur m'a conseillé de recourir à Marie dans toutes mes épreuves,

petites ou graves, en prononçant les mots qu'ellemême dit souvent comme oraison jaculatoire : (( 0 Mère, ma confiance ! ))

Baromètre moral : Très beau. — Depuis mon retour à la position, je nage dans la joie : pensez donc que dans quelques semaines je puis être à Fontainebleau. Aussi, il faut me voir travailler ! Je vais V mettre tout mon effort, et le Bon Dieu fera le reste ! S'il veut bien, merci ! S'il ne veut pas... et bien, merci encore !

Aujourd'hui, nous avons fait au général en chef (Pétain lui-même !) notre demande de vouloir bien nous admettre à suivre les cours de Fontainebleau : avec quel plaisir j'écris ce nom-là !

23 septembre.

Je viens vous dire mon bonjour le plus affectueux. Il est 8 heures 3o, j'ai bien travaillé ; aussi pour me reposer et en même temps pour me réchauffer, car il fait déjà très froid le matin, je viens de courir un peu dans le bois. Ensuite relecture d'une de vos lettres et bien vite je me mets à vous écrire.

Oui ! je suis très heureux ! Si je pouvais êtire reçu ! Me voyez-vous chaque dimanche auprès de nos Sœurs à Paris ! Et puis, travail intelligent, intéressant... comme officier, peut-être pourrai-je aussi avoir plus d'action... Mais, ne comptons sur rien et disons avec le plus parfait abandon : « Quoi qu'il arrive, mon Jésus, je vous aime... et cela suffit! )) Mais je ne veux pas que cet abandon soit de l'indifférence, non : aide-toi et le ciel t'aidera, je pioche dur et

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si le bon Maître veut jeter la graine du succès, j'aurai trayaillé le terrain de mon mieux...

Je reviens de la messe de 9 heures 3o, où nous avons communié. Elle est si jolie la petite chapelle de la batteirie de 76, si jolie avec ses fenêtres gothiques faites de papier huilé qui tamise la lumière en jaune très doux, avec Tintimité de son petit autel élégamment drapé de toiles de tente ! Un prie-Dieu, une chaise, des bancs, ayant le cachet particulier des choses qui n'ont pas passé par la fabrique, mais bien par des mains d 'amateurs

Je ne vous ai pas encore présenté notre cagna : nous logeons, Charles et moi, dans un ancien abri de téléphonistes abandonné : bien protégé, très haut, (on peut s'y tenir debout), très spacieux avec des lits suspendus et de nombreuses étagères ; des clous plantés un peu partout servent de porte-manteaux. Nous y avons installé une table, des caisses servent de bancs et nous sommes-là tout à fait chez nous, logés comme des princes ! Le premier jour, l'air de notre cagna était tout bourdonnant de moustiques. Nous avions été obligés de nous couvrir le visage et •les mains pour dormir. Mais Charles a fumé si consciencieusement que ces hôtes indésirables ont disparu. Pas de Tats ! C'est magnifique ! quand je pense qu'à l 'échelon, grimpés sur les rondins du toit, ils se... soulageaient ignoblement sur nos têtes!

2U septembre.

0 mon Jésus, je voudrais pendant les derniers jours qui me séparent de l'examen de Fontainebleau

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faire une petite retraite d'une semaine. Méditer de longues heures ; je serais bien heureux de le faire, mais je ne le puis, aussi je veux que ma retraite soit tout entière dans une bonne volonté plus active, dans des oraisons courtes mais répétées plusieurs lois par jour, qui intensifieront mon amour pour Vous, ô mon Maître, et rendront notre intimité plus constante. Je veux faire chaque jour trois méditations de quelques minutes, une inspirée par les lettres de mes aimés, une autre tirée du Manuel de dévotion à Saint-Dominique, et la troisième, des Elévations et prières du Soldat en temps de guerre. Jo veux qu'à la fin de cette retraite mon abandon entre vos divines mains soit complet et plein de votre Paix, abandon actif, rejetant toute indifférence, tout laisser-aller. Je ferai mon effort total I... à Vous, Jésus, de me donner succès ou insuccès, j'accepte l'un ou l'autre joyeusement, d'avance...

— Quelques petits détails encore qui complèteiront le récit de mes journées. Chaque soir à 7 h. 3o, nous allons tous les trois Charles, Louis et moi, à la jolie chapelle de la batterie de 76 dont je vous parlais hier ; l'aumônier arrive bientôt et nous faisons ensemble la prière du soir...; puis nous rentrons, et quand nous sommes couchés nous irécitons à haute voix un SouveneZ'Vous, suivi des invocations habituelles à Jésus, Marie, saint Dominique, saint Vincent de Paul et Sœur Thérèse de l'Enfant- Jésus, car Charles est un fervent de la petite sainte.

25 septeinhre.

Ce matin, mes Elévations dominicaines m'ont parlé de raffection maternelle de Marie pour notre ordre : (( Sainte Catherine de Sienne entendit le Maître louer notre Père très aimé : Ce fut un flambeau que j'envoyais aux hommes, par Marie, pour détruire les hérésies... )) Oui, ce fut par Marie, car c'est elle qui lui donna l'habit... Grande joie de pouvoir nous dire que la Sainte Vierge nous a appelés (( mon ordre ».

Les Filles de la Charité peuvent aussi prétendre au même titre ; n'avez-vous pas dit, ô Marie : « J'ai une grande prédilection pour les deux Congrégations fondées par Vincent de Paul. » La douce chose [ mes soeurs et moi nous appartenons à vos ordres, nous sommes de vos enfants privilégiés, nous comptons parmi vos serviteurs. C'est notre honneur, notre bonheur aussi.

Même températuire ; le soleil brille... Ma vie se continue laborieuse, pieuse, heureuse. Je vis uniquement de l'affection du Maître, de la Vierge, de la vôtre : supprimez cette triple affection, je ne pourrais plus vivre.

. . . Mais une mauvaise nouvelle nous arrive : Louis étant infiirmier ne pourra être désigné pour Fontainebleau. Quelle contrariété !... Mais, serons-nous désignés nous-mêmes, Charles et moi.^

26 septembre.

Mes très aimés, le Bon Maître me réserve peutêtre une petite épreuA^e : nous sommes un peu in-

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quiets. Nous entendons dire que le Capitaine ne proposeira pour l'Ecole que de plus anciens quo nous...; déjà deux sur cinq sont renvoyés à Téchelon. Nous sommes cependant tous les deux maintenus à la position ; on ne parle pas de nous dans les bureaux..., je n'y comprends rien, mais le Maître sait, et cela me suffit. Vous connaissez ma grande maxime : (( Tout pour Jésus et pour les âmes. » Si l'Ecole devait refroidir mon zèle ou diminuer les pauvres petits mérites que je puis acquérir ici pour vous et pour les âmes que Jésus voudra bien me confier plus tard... Oh ! alors, je me jette aux pieds du Maître et je le supplie de me faire échouer à l'examen... objet de mes rêves.

27 septembre.

Le deuxième mystère joyeux du Rosaire est pour moi une source de méditations des plus réconfortantes...

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