QUI ONT MOTIVÉ LA LETTRE DE L'AUTEUR
,,m "'-rmm
Poésies de Victor Hugo
extraites de SOS O <i o s et IB a 1 1 a d e s.
Ode m. Liv. 1.
Qui ont motivé la réponse de TAuteur.
Gie'^(2)iyr murs! 0 créneaux! 0 toiu'elles
^^^ ilemparis fossés aux ponts inouvauts!
Lourds faisceaux de colouues frêles
Fiers châteaux, modestes couvents!
Cloitres poudreux, salles antiques
Oîi gémissaient les saints cantiques,
Ou riaient les banquets joyeux,
Lieux ou le cœur met ses chimères
Eglises ou priaient nos mères
Tours ou combattaient nos aïeux.
Parvis ou notre orgueil s'enflamme Maisons de Dieu! manoirs des rois!
Temple que gardait l'oriflamme Palais qne protégeait la croix.
Réduits d'amour! arcs de victoires Vous qui témoignez de nos gloires!
Vous qui proclamez nos grandeurs, Chapelles, donjons, monastères Murs voilés de tant de mystères Mm"s brillants de tant de splendeurs.
0 débris! ruines de France Que notre amour envain défend Séjour de joie où de souffrance, Vieux monmuents d'un Peuple enfant!
Restes, sur qui le temps s'avance, De l'Ai-morique a la Provence Vous que l'honneur eut pour abri Arceaux tombés, voûtes brisées Vestiges des races passées!
Lit sacré d'un fleuve tari.
Oui je crois quand je vous contemple Des héros entendre l'adieu; Souvent dans les débris du temple Brille comme un rayon de Dieu!
Mes pas errants cherchent la trace De ces fiers guerriers dont l'audace Faisaient un trône d'un pavois; Je demande oubliant les heures Au vieil écho de leur demeures Ce qui lui reste de leur voix.
Souvent ma muse aventurière S'eniwant de rêves soudains Ceignit la cuirasse guerrière Et l'écharpe des paladms.
S'armant d'un fer rongé de rouille Elle dérobe leur dépouille Aux lambris du long corridor:
Et vers des régions nouvelles Pour hâter son coursier sans ailes Osa chausser l'éperon d'or.
J'aimais le manoir dont la route
Cache dans les bois ses détours
Et dont la porte sous la voûte S'enfonce entre deux larges tours.
J'aimais l'essaim d'oiseaux funèbres
Qui siir les toits dans les ténèbres
Vient grouper ses noirs bataillons,
Oîi levant des voix sépulcrales
Tournoie en mobiles spirales
Autour des légers pavillons.
J'aime la tom* verte de lierre, Qu'ébranle la cloche du soir.
Les marches de la croix de pierre Ou le voyagea vient s'asseoir.
L'église veillant sur les tombes Ainsi qu'on voit d'humbles colombes Couver les fruits de leur amour.
La citadelle crénelée Ouvrant ses bras sur la vrllée Comme les ailes d'un vautour.
J'aimais le beffroi des alarmes La coiir où sonnaient les clairons La salle oii déposant leurs armes Se rassemblaient les hauts barons.
Les vitraux éclatants où sombres, Le caveau froid où, dans les ombres, Sous des murs que le temps abat:
Les preux sourds au vent ciui murmure Dorment couchés dans leur armure Comme la veille d'un combat.
Aujourdhui parmi les cascades Sous le dôme des bois touffus Les piliers, les sveltes arcades Hélas! penchent leurs fronts confus.
Les forteresses écroulées Par la chê^Te errante foulées Courbent leiu: tête de granit, Restes qu'on aime et qu'on vénère L'aigle a leiu- toiu: suspend son aire L'Hirondelle y cache son nid.
Comme cet oiseau de passage Le Poète dans tous les temi)s, Cherche de voyage en voyage Les rumes et le printemps Ces débris chers a la Patrie Lui parlent de chevalerie, La glone habite leurs néants Les héros peuplent ces décombres Si ce ne sont plus que des ombres Ce sont des ombres de géants.
0 Français respectons ces restes!
Le ciel bénit les fils pieux, Qui gardent dans les jours fmiestes, L'héritage de leiu*s aïeux.
Comme une glohe dérobée Comptons chaque pierre tombée Que le temps suspende ses lois, Hendons les Gaules à la France Les souvenirs a l'Espérance Les vieux palais au jeune roi ! *)
•) Lequel?
Aux Ruines de Montfort l'Amaury.
Chant XVni, extrait des Odes et Ballades.
Je vous aime ô débris! et surtout quand rautomne Prolong-e en vos échos sa plainte monotone Sous vos abris croulants je voudrais habiter Vieilles tom's que le temps l'une vers l'autre incline, Et qui serablez de loin sur la haute colline Deux noirs géants prêts a lutter.
Lorsque d'un pas rêveur foulant de gTandes herbes Je monte jusqua vous, restes forts et superbes Je contemple long temps vos créneaux meurtriers, Et la to«r octogone et ses briques rougies Et mon œil a travers vos brèches élargies Voit jouer des enfants ou mouraient des guerriers.
Ecartez de vos murs ceux que leur chute amuse Laissez le seul Poète y conduire sa muse Lui qui donne du moins me larme au vieux fort; Et, si Vair froid des nuits sous vos arceaux mm-mure, Croit, qu'une ombre a froissé la g-igantesque armm-e D'Amam*y comte de Montfort.
La souvent je m'assieds, aux jours passés fidèle Sur un débris qui fut im mm' de citadelle, Je médite long temps en mou cœur replié Et la ville a mes pieds d'arbres enveloppée Etend ses bras en croix et s'allonge en épée Comme le fer d'un preux dans la plaine oublié.
Mes yeux errent, du pied de l'antique demeure Sur les bois éclairés où sombres, suivant l'heure Sur l'église gothique, hélas prête a crouler, Et je vois dans les champs où la mort nous appelle, Sous l'arcade de pieiTe et devant la chapelle Le sol inmiobile onduler.
Foulant créneaux, ogive, écussons, astragales, M' attachant comme un lierre aux pierres inégales Aux faites des grands murs je m'élève parfois: Là je mêle mes chants aux sifflements des bises Et dans les cieux profonds suivant ses ailes grises Jusquà Taigle effrayé j'aime à lancer ma voix.
Ltà quelquefois j'entends le luth doux et sévère D'un ami qui sait rendre au vieux temps un trouvère, Nous parlons des héros, du ciel, des chevaliers, De ces âmes en deuil, dans le monde orphelines. Et le vent qui se brise à l'angle des ruines Gémit dans les hauts peupliers.
Victor Hugo.
Lettre d'un Exilé
Victor Hugo.
Par L'Auteur du clergé au pilori.
Que nous aimons tes chants Illustre et Grand Poète,
De l'un à laiitre bout de ce vaste Univers,
On écoute ta voix, flétrissant les peiTers:
Et l'inspiration qui t'a sacré Prophète!
Mai'che donc en avant, sans regarder jamais
Le passé féodal d'un œil de complaisance.
Si tu veux l'exhumer, expriiue la souffii'ance
De nos Aïeux martjTS sous ses honteux forfaits.
Parle nous de Jésus cloué sur le calvaire Pour aA^oir proclamé de Dieu la sainte loi, Et prêché l'union en affirmant sa foi; Dis-nous ce qu'Jl souffrit d'im pouvoir arbitraire. Nous écoutons Victor . . . Jésus eut une soeur: L^ninstre Jeanne Darc qui paya de sa vie
Sa gloire et ses succès Dis nous son agonie,
Son martyre odieax! Et maudis l'oppresseiu' !
Peut-être ignores-tu que le régent de France,
Son auguste bourreau, repose sons Vautel,
Dans r église du prêtre . . . aux pieds de l'Eternel!
Les illustres forfaits ont cette récompense! . . .
Tandis que Jeanne Darc encore de nos joiu's
Attend un monument digne de sa mémoire!
Où la sainte mourut! Les passants peuvent boire.
Où souiller la fontaine, â leur aise et toujours! . .
Tu n'as pas yisité cet endroit, mon Poète? . . Pour voir tout le dédain d'un Pays sans pudeur Qui ne respecte pas, Celle qui fut l'honneur De la Fi'ance asservie, et son plus grand Prophète! Tu n'as pas vu la place, où son dernier soupir S'est exalé sans plainte, au milieu des alarmes . . . Et de ce lieu sacré par sa mort et ses larmes, Rouen laisse outrager le dicin souvenir!!!
Le seul ancien château précieux pour la France Le Castel de Bouvreuil, ou Jeanne a tant pleuré! Celui dont on voudrait, le cœur encor navré, Embrasser chaque mur! ... Eh! bien TindilTérence La Dépecé par lots . . . chacun a pris le sien; On a fait des maisons . . . l'impasse et la ruelle! Ont bientôt remplacé Tillustre citadelle! . . . Le pieux visiteur ne trouvera plus rien! . .
Je me trompe, une toiir, seule fut eonservée, Celle où la Vierge Sainte a connu la douleur D'une affreuce torture! ... Un couvent sans pudeur En a fait son lavoir, le lieu de sa corvée! . . . Et ces dévotes sœurs qui gardent sans amour Ce dernier monument, pour nous si poétique; Vénèrent sottement une affreuse relique .... Mais leiu' cœur ne sent rien en voyant cette tour!
Oui le seul vieux manoir, le seul que je regrette Est celui de Rouen ... ce château de Bouvi'euil Qu'il fallait conserver au rendez- vous du deuil! Où Jeanne a tant souffert ... Où sou âme inquiète Appelait vainement la France à son secours, Où l'Enfant coimnençait un si cruel martjTe! Ah! Victor quel sujet sublime poiu* ta lyre! . . . Viens, pleurer avec moi . . . pleurons ses derniers jours! .
IB
Un Artiste pieux, voulut à sa mémoire Élever pour toujoui'S un noble monument, Musée Universel oii le pur sentiment Se serait incliné devant l'illustre gloire! Mais il avait compté sans le mortel venin D'une haine acharnée, aveugle dans sa rage. Il fut calomnié .... puis noyé sous l'outrage Et trouva la prison lui barrant le chemin!
Ainsi le souvenir de la Vierge de France,
Eut son calvaire encor dans un cœur ulcéré,
Et les mouchards tout fiers d'un triomple assuré:
Savouraient à plaisii* leur sinistre vengeance.
Oh! si tu connaissais, le lâche quet-à-pens
De ces fils de bourreau qui marchaient jusqu'au crime
Pour perdre un innocent dans son œuvre subliine!
Ta voix sam-ait trouver de terribles accents! . ♦
Et l'institut Français, drapé dans sa paresse
Prétend faire exalter les Grecs dans ses concours . .
J'attendais Jeanne Darc! . . hélas! j'attends toujours!
L'académicien n'estime que la Grèce!
Mais toi Victor Hugo qui sait parler au cœur.
N'as-tu rien à dicter, à ce Pays profane
Qui laisse à l'abandon le calvaire de Jeanne . . .
Et donne à son bourreau cette place d'honneur! .
Que les autres Châteaux et leurs vieilles tourelles Tombent dans les fossés . . . que nous importe à nous? Que la chèvre où le cerf, les serpents oh les loups, Aillent se promener au fond des citadelles? . . Je foule avec dédain, tous leurs vieux oripeaux, Guenilles de l'orgueil et de la perfidie; Vieux meubles écornés qui sont la parodie D'un passé disparu dans la nuit des tombeaux.
Tu ne songeais donc pas à ces torrents de larmes Versés dans les cachots de tous ces vieux castels? . . Quoi? ton cœur est séduit par ces beaux danioisels Qui chevauchaient gaîment avec leurs hommes d'aimes? Dans la salle aux festins, on perdait la raison, Les seigneurs avinés s'affaissaient dans l'orgie .... Lorsque les malheureux en proie à l'agonie Mouj'aient de faim, de soif, au fond de leur prison!
Que ta puissante voix, de ses accents magiques,
Vienne nous raconter les tourmeus, les douleurs
De tant d'hoimnes de bien, illustres novateurs
Que d'impurs scélérats appelaient hérétiques*
Parle nous des bandits, vivant d'extorsions
Qui dans leur pieté, détroussaient leurs victimes;
Puis tout couverts de sang, souillés de tous les crimes
Croyaient se nétoyer dans leurs confessions!
Descends, Victor Hugo, suis moi dans la recherche De ces noirs souterrains qui rappellent l'enfer; Regarde! dans les mm-s, ces longs crochets de fer Qui maintenaient lesclave aussi droit qu'une perche! Les chairs se fendillaient, l'honune ne mourrait pas, Sans avoir épuisé son affi'euse torture! . . . Et ses bourreaux sans honte outrageaient la nature! Dieu! la religion! la vie! et le trépas! . .
Marche ... le sol est doux . . . cette fine poussière Qui nest terre, ni sable. Est la cendre des morts! Un cœm* émîi peut seul raconter les efforts De ces infortunés entassés là, sans bière! . . Des cadavres pourris et tout rongés de vers Tombaient sur les vivants affolés d'épouvante! . . Tandis que le seignem* dans son humeur contente Chantait im te denm au Dieu de l'Univers!
Oh! quittons ce charnier! . . mais il faut prendre garde A ce passag-e obscur, qn'un ressort fait mouvoir .... Pour changer les plaisirs du maitre du manoir On a fait l'oubliette ... 0 Poète regarde !.. (
Yois-tu l'homme vivant déchiré par ces dards? . . . Ces rasoirs! . . cette scie unie à cette roue? . . Et ces débris humains, cette sanglante boue S'abritaient sous les plis de brillants étendards!
Et tous œs vieux châteaux unt les mêmes abimes, Les mêmes in pace. les mêmes souterrains .... Et dans tous les Pays, les seigneurs châtelains Se sont, conmie enivrés de forfaits et de crimes! Que nous rappcllent^ils, leurs nobles écussons? . . Des crânes dessèches, le bom-reau, les tortures. Le massacre et le vol! . toutes les forfaitm'es! . . Voilà de beaux sujets, Bardes, pom- vos chansons!
Que le bon châtelain ait l'épée où la cape, Qu'il soit abbé, chanoine, où margrave, empereur; Son castel à toujours un coin pour la douleur, Tu peux le demander au saint père le pape? . . N'a-t'il pas aussi lui, son château, sa prison? . . Et ses cachots infects où règne la souffrance? . Et l'inquisition, qui, dans son arrogance Outrage le Très-Haut, le Monde et la raison? . .
Le plus doux des seigneurs, eût toujom*s sa potence
Ses toui'menteurs zélés, poui* mater le vilain,
Celui-ci ruiné par son bon châtelain
Comme dernier impôt, donnait son existence!
Oh! ne regrette pas toujoiu*s ce bon vieux temps
Du page, du varlef, du chevalier de flamme.
Portant l'épée en croix pour détendre sa dame
Son Dieu, son maitre, où bien .... occir les mal-contents!
Ah! si les murs parlaient? . . si toutes ces poussières Pouvaient se ranimer? . . Que d'horribles douleurs Et que d'iniquités attristeraient nos cœurs. Au milieu des caveaux de ces \ieux ossuaires! Ce cadavre, en ce mm- fut maçonné vivant! . . Cet autre fût plongé dans une poix bouillante! Cette Femme! jetée encore défaillante .... Au fond de l'oubliette avec son pauvre enfant!
Va rêver en Bohème, à Rome, en Silésie A Venise, en Espagne, et dans tous les châteaux Visite ces couloirs qu'on ne voit qu'aux flambeaux Et là, tu trouveras une autre poésie! . . Ta muse exécrera chevaliers et seigneurs: Tu n'exalteras plus tous ces anciens repaires, De féroces brigants, dont les lois arbitraires. Semaient sur le Pays la guerre et ses horreurs!
Les écrits palpitants des malheurs de nos Pères, A notre époque encor ne sont pas complétés . . . De lâches complaisants^ sur ces iniquités Ont partout fait la nuit, pour cacher leurs mystères! Et l'histoii'e impuissante, essaie en vain pour nou», De jeter sa lueur sur d'épaisses ténèbres .... Nous ne pouvons sonder ces abimes funèbres Où l'abus du pouvoir exerçait son courroux!
Mais les seigneurs tous seuls, n'ont pas commis ces crimes i Les trônes et l'église ensembles ont marché. Les prêtres et les rois avaient fait un marché Où s'escomptaient la ne et l'honnear des victimes! Le clergé, le soldat, les rois et les bourreaux Etaient pom- les humains, la plus teiTii)le engeance Que l'Enfer eut vomie, et leur noire vengeance Sur la terre faisait pleuvon tous les fléaux!!!
Ne fais donc plus vibrer les cordes de ta lyre
Pour célébrer l'orgueil, et la splendeur des rois,
Qui foulaient sous leurs pieds et l'honneur et les lois,
En imposant leur joug à tout ce qui respire.
Ne sais-tu pas qu'alors, ils ne respectaient rien . . .
Ni pudeur, ni morale, encor moins la Justice . . .
Qu'ils mettaient en décret leur absurde caprice,
Et que leur influence anihilait le Bien? . . ,
Laisse la, les héros du vol et du pillage.
Le bandit assassin devrait il occuper
Une place en tes vers? . . . celui qui put frapper
La veuve, l'orphelin !.. et brûler le village ? . .
Laisse les courtisans exalter les Montfort,
Et tous ces preux bardés de fer et d'arrogance.
Car l'histoire indignée apporte sa balance
Pour peser les forfaits de ces hommes de mort! . .
Oui, tu le (lis très bieu: ils sont pleins de mystères, '
Ces cloîtres fastueux! ... Où tu vois la grandeur. Je ne vois que lorgueil, l'astuce, la douleur; Le silence et la mort dans ces vieux monastères! Non, Dieu n'habite pas dans le manoir des rois. Pas plus que dans le temple où se coit V oriflamme; Mais bien dans un cœur pur animé par la tlâmme Qu'inspirent son amour et ses divines lois!
Ne laisse plus courir ,,/« muse aventurière''^,
Et ne t'enivre plus de ces restes malsains;
Ne prends plus des soudards pour des ang-es, des saints;
A ta muse indulgente oppose une barrière.
Qu'EUe laisse ^^Vécharpe"' a tous ces ,,taillants prenx'^
Ne t'inquiète pas de lem- vaine ,,dép ouille''^
Qu'ils restent dans leur fer ,,tout rongé par la rouille^
Ta mission n'est pas celle des songes-creux!
Non, l'église n'est pas comparable aux colombes'^ yyCouvant timidement les fruits de leur amour. "^
L'église en tout les temps fut semblable au vautour Dont l'apétit féroce à fouillé jusqu'aux tombes. Tes souvenirs, Victor, seraient-ils effacés? . . N'as-tu pas remarqué que dans les cimetières. Le pauvre, qui n'a pu lui payer ses prières Ne compte pas parmi les riches trépassés? . .
Mais qu'un honune opulent, veuille, dans les chapelles, De sa famille entière aligner les tombeaux? . . L'église tend la main! . . allume ses flambeaux Et du mort, les forfaits ne sont que bagatelles. Sans vergogne elle place auprès de son autel Le sacripan béni! . . puis l'art de la sculpture Étale aux yeux de tous l'illustre sépultui'e De l'homme d'ont l'argent, a fait un immortel! . .
Pourquoi donc ô Poète as-tu dans ton lyi-isme
Des nonnes célébré la candeui*, les vertus? . .
Le cloitre est un non-sens; ces beaux jours ne sont plus,
La vertu ne peut être où trône Végoïsme!
Parle nous de la Femme épouse, Mère où sœur.
Qui sm* sou sein nous berce avec sollicitude . . .
Qui partage nos maux et notre solitude,
Lorsqu'il faut de Véxil connaitre la douleur!
Dis nous Victor Hugo, que l'épouse, la Mère, Les enfants du Proscrit sont bien souvent sans pain! Ds n'ont pas éprouvé les horreurs de la faim Ceux, qui, de notre exil causent la peine amère! Dis nous ce que contient de chagrins, de douleur Le cœur d'un n'ai Français adorant sa Patrie. . . Sur la terre étrangère où son àme meurtrie Épuise jusqu'au fond la coupe du malheui'!
Et laisse de coté ton église gothique,
Que son moi' se lézarde et soit prêt à crouler,
Elle a bien fait son temps, elle peut s'en aller
Avec ses fictions et sa loi fanatique.
Le vrai culte de Dieu ne peut pas enfouir,
De l'or, des diamants au fond du sanctuaire! . .
Quand le pau^Te est sans pain et le mort sans suaire.
L'église s'enrichit afin de mieux jouir!
Il ne faudrait donc pas semer ta poésie Siu" les restes souillés d'im passé douloureux. Les récits embellis sont toujours dangereux Poiu* le Peuple qui sent tout avec frénésie. Il vaudrait mieux lui, dh'e avec ton dévoûment, De bénii', d'admirer tous nos Martyrs siiblhnes! . . De flétru* à jamais les tjTans dans leiurs crimes. En crachant sur leur tombe et sur leur monument J
Il ne faut plus aimer ,,/e beffroi des alarîncs^
M ,,cette cour'"' d'honneur „ow sonnaient les clairons'^
Il ne faut pas chanter l'exploit des fanfarons;
Il ne faut oublier ni le sang, ni les lai'mes!
Ne te découvi'es plus devant les vieux tombeaux
Où dorment ces guerriers ,^couchés dans leur armure^'
Si le vent souffle autour „coînme un triste murmure^
C'est que tout est sinistre au fond des vieux châteaux.
yjEcartez de nos murs ceux que leur chute amuse^'
Eh! pourquoi cher Poète? . . En voyant s'affaisser Tous ces murs décrépits qui vont bientôt passer A l'état de légende ^invoque tu ta muse''^ . , . Pourquoi vouloh* donner ,,une larme au vieux forf"' Croire ^^que l'air des miits sous ces arceaux murmure''' „0ù quune ombre s'en va froisser la lourde armure^ De cet ancien routier appelé de Montforf? . .
Ne V attaches non plus ,,aux pierres inégales''^ De ces crénaux poudreux ^d'où tu lances ta voix:
Célèbre nos Héros! . . La Justice, les lois! . . Mais flétris pour jamais ces époques fatales. Stigmatise le front de tous ces chevaliers Félons et déloyaux qui vivaient de rapines, Et ne t'amuse plus dans ces vieilles ruines Où le chardon se mêle à de sanglants lauriers!
Tu l'as dit mon Poète en tes feuilles d'automne Que sous ces vieux arceaux tu y,voudrais habiter'-' Moi, je préférerais voir tous ces murs sauter Avec tous les tyrans que la sottise donne. Pourquoi donc admirer le nid de ces vautours, Et répandre sur eux ta nohle poésie 1 . . ; Fais entendre plutôt la palingénésie Du Peuple, et laisse là. Châteaux et vieilles tours!
Pourquoi regrettes tu, Toi, le plus grand Poète; De tous ces fiers donjons les informes débris? . . De ces hommes cruels dignes de nos mépris Ds ont toujours été la demeure inquiète! . . Laisse l'écho mugir au fond du souterrain. Des captifs étouffés dans d'affreuses tortures, 11 rappelle les cris, le râle et les murmures Mêlés au son aigu de la cloche d'airain! . .
Ne va plus contempler „/a beauté des murailles"
Assises aux sommets, de ces rocs sourcilleux.
Sans cesse menaçant nos Pères malheureux,
Toujours sacrifiés dans toutes les batailles.
Sur le champs des combats : regarde ! . . presques morts . .
Le vainqueur tes traînait, raillant, d'un air paterne
Vers le gouffre profond de l'étroite citerne.
Que l'on trouve toujoiu's dans le coin ^^des deux forts!"
Le Peuple est un enfant, il joue avec les armes Dont on l'a déchiré! . . car il est oublieux D ne veut point d'enfer, il préfère les cieux, Il aime le soui'ire et ne voit pas les larmes. Quand la verte feuillée enlace les remparts Alors qu'un beau soleil éclaire les tourelles, Il aime à contempler créneaux et citadelles Sans songer qu'autrefois «'était des traquenards!
Mais le Poète doit porter haut la lumière, Pour éclairer l'Enfant au milieu de l'erreur ♦ . . Il doit l'encoura^-er, lui montrer le bonheur Fuyant palais, châteaux, pour une humble chaumière. Exalte le travail qui seul nuus rend heureux, Parle lui de lamom- que Dieu met en notre ame. De la fraternité, dépeinds la douce flanune. Cette religion qui pour- nous vient des cieux!
Dis encore aux ingrats, qui flétrissent nos Pères
Pour la rude leçon de l'an quatre vingt-neaf.
Que, s'ils ont écrasé le serpent dans son œuf;
C'est que depuis long-temps s'amassaient leurs colères.
Comment oser parler des jours de la terreur,
Au Peuple qui souffrit des siècles de torture
Sous le joug des seigneurs! . . . Pour cette égratignure
Comparée à ses maux, ils ont trop de fureur!
Chante la liberté, les Peuples, la Patiie; L'union fraternelle entre les Nations!
Le Dieu de la Justice et ses punitions Pour ramener à lui l'oppresseur et l'impie. La religion \Taie a des droits à tes vers, Souffleté de ta main cette puissance occulte Qui veut nous imposer ses idoles, son culte, Et prétend gouverner l'Ame de l'univers!
Chante, de notre Dieu la bonté la puissance, Chante de ses enfants les sublimes vertus, Chante le Dieu vengeiu- qui punit les abus, Mais surtout ne va pas l'appeler providence! Car c'est avec ce nom que les profanateurs Insultent notre Dieu! .... Par cet infâme outrage! Us le font arbitraire, écrasant son ouvrage Au profit des tyrans et des persécuteurs.
Ce bon-dieu-providence est un monstre implacable Qui pmiit le pécheur d'un éternel tom-ment, S'il n'a pas le moyen d'acheter prudemment Sa place en paradis, ce n'est qu'un misérable! Mais il n'en est pas moins le père le meilleur, Disent sur tous les tons, ses prétendus ministres: En effet il protège im grand nombre de cuistres, Sans prendre grand souci de tous les gens de cœm*.
Leur bon père a souvent de singuliers caprices, Lorsqu'ayec son tonnerre il détruit les moissons, Qu'il écrase à plaish* tant de braves garçons Et laisse les humaras mourir dans les suplices! Poui' sauver un Pays il ne fait nul effort, Que la Pologne expire il n'y met point d'obstacles, Mais pour certains cagots prodiguant ses miracles! n semble se complaii'e aux œuvres de la mort!
Mais les b'gots diront: ils sont impénétrables
Les décrets du Très-Haut! .... Pourquoi donc en parler?
Taisez vous imprudents . . . devez vous expliquer
Les lois de votre dieu, qui sont inexplicables! f
Vous nous scandalisez comme des charlatans.
En nous parlant toujooi-s de votre providence
Qui sert le crime heureux: et laisse sans vengeance
Les Mart}TS, les Penseui's, les plus nobles Enfants!
Toujours la providence a protège l'ivresse Des plus grands scélérats, des plus grands assassins: Mais il entrait sans doute en ses nobles desseins De les combler d'honneur, de pouvoir, de richesse, Appuyant l'hypocrite et les persécuteurs Elle plane sur eux, garde leur existence; Aussi vous prouvents-ils à force de jactance Qu'Eue est le dieu chéri de tous les malfaiteurs!
Dis leurs Victor Hugo, que Dieu dans sa sagesse Nous fit libres ... sa loi, c'est la loi d'équité! Tant pis pour le méchant qui fait l'iniquité: Il doit connaître un jour l'angoisse et la détresse. Si donc Dieu conduisait le mortel par la main: Oîi serait le mérite? . , et quel serait le crime Du pervers, obligé de frapper sa victime? . . . Puisqu'il suivrait la loi du Dieu du genre humain? .
as
Cette seule pensée est un affreux blasphème Nous avons trop d'amour poiu* notre Créateur Pour croii'e un seul instant qu'im vil persécuteur Deviendrait l'instrument de sa bonté suprême! Si nous souffrons ici l'épreuve et le tourment C^est qu^il faut expier nos autres existences! Nous devons: accepter, ces dures pénitences, Racheter le passé par notre dévoûment! . .
Dieu ne s'attendrit point par Tor, ni la prière,
D veut des actions .... Il veut l'amom*, la foi :
Pour devenir son fils, il faut suivre la loi
De la Justice m'aie/ .... Il faut aimer son frère!
Oui! nous avons horrem- de ce trafic honteux.
Qui consiste à payer où vendre des prières,
A prêcher des erreui's sous le nom de mystères;
Pour rendre les Humams craintils et malheureux!
Oh! n'est-ce pas Victor que leur culte est impie? . Que ta bouche d'Archange annonce notre loi N'es-tu pas avec nous? montre leiu" donc ta foi . . Toi, le Poète aimé, l'honneui' de la Patrie! Déchire un voile obsciu", fais leur voir le soleil. Parle nous des MartjTs montre nous leur calvaire . Nous souffrons dans l'éxil, fléchis un sort contraire, Console nous Victor par les chants du réveil!
Et des .Proscrits Victor raconte la souffrance ! . . Si leiu's ennemis sont heureux et triomphants De frapper sans pitié, la Femme et les enfants Dans le Père opprimé mourant loin de la France. C'est qu'ils n'ont pas souffert ce ten'ible destin . . Si malgré nos douleurs chez eux la gaité brille; C'est qu'ils n'ont pas connu l'amour de la famille: A nos toiuinens Victor dis leui-s de mettre fin!!
La Bibliothèque Université d'Ottawa Echéance
The Library University of Ottawa Date Due
ce PQ 2301