‹ Lettres d'un magnétiseurChapitre 10 sur 14 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

21 iïl. le ïocteur fiillot,

à Oadenet (Vaucluse).

Mon cher Monsieur,

M. Germer-Baillière m'a remis la lettre dont vous l'avez chargé pour moi. Je regrette que M. Roman, sans cloute pressé par sa position de membre du conseil général de votre département, soit parti de Paris sans me revoir ; je I aurais prié de vous dire beaucoup de choses dont je ne puis vous donner, par écrit, qu'un

léger aperçu,

Vous désirez connaître mon procès?

Je voudrais vous satisfaire complètement, mais ce ne sera qu'après la décision de la Cour suprême que je pourrai vous envoyer l'histoire de ce procès étrange, dont la relation, à présent manuscrite, formera un volume, que l'imprimeur mettra sous presse dès le lendemain de l'arrêt définitif. Cependant, pour vous prouver combien je vous sais gré de la sympathie que vous me témoi-

gnez, voici :

M. Pihoué, malade depuis plusieurs années, traité vainement par les médecins de son pays et les savants de la capitale, ayant appris que Mlle D , du

département des Deux-Sèvres, considérée comme incurable par les médecins, avait été guérie par mes soins aidés des conseils de Mlle Virginie, résolut de s'a-

— U1 — dresser à moi et me demanda une consultation de somnambule. Cette consultation, donnée sous la tutelle de M. le docteur Chapelon, l'un des médecins attachés à mon établissement, sur une boucle des cheveux du malade, est de la plus grande vérité , au témoignage de tous, même des médecins ordinaires de M. Pihoué. Ce fait est acquis au procès. La consultation fut payée, au taux du règlement de ma maison, 5o fr. Le malade, joyeux autant qu'étonné d'une consultation semblable, résolut de se faire magnétiser, ainsi que le prescrivait la somnambule. Ayant confiance plus en mon expérience qu'en celle de tout autre magnétiseur, il pria sa famille d'écrire a Paris pour m'engager à faire le voyage de Bressaire. Mme Branger, grand' mère du malade, m'écrivit. Les conditions d<\

voyage furent réglées d'avance. Nous allâmes a Bressuire ; nous vîmes M. Pihoué et lui donnâmes nos soins, avec l'assistance de ses deux médecins ordinaires.

Le mieux fut remarquable au bout de trois jours. M. Pihoué, sur l'avis de ses médecins et du consentement de sa famille, voulut venir à Paris. Je consentis à l'emmener, à lui donner un logement chez moi, et voilà le malade en traitement dans mon Institut magnélologique, sous la direction de M. le docteur Chapelon, soigné avec tous les égards imaginables. La femme et le beau-frère du malade vinrent le voir et le trouvèrent dans un état si satisfaisant qu'ils me comblèrent de bénédictions et me prièrent de continuer.

Il y avait un mois que M. Pihoué était à Paris, lorsque le bruit de sa guérison

s'étant répandu à Bressnire, M. le procureur du roi me fit arrêter et conduire en prison, ainsi que ma somnambule.

Pas la moindre plainte avouée, pas la moindre chose, rien qui puisse motiver cette conduite; c'est encore dénjontré.

M. Pihoué dénonça la conduite sinsulière de M. le procureur du roi à M. le procureur-général de Poitiers; il m'écrivit des lettres de consolation. M. Legressier, maire de Thouars, beau-frère de M. Pihoué, m'écrivit aussi une lettre datv? laquelle il me comble d'éloges, en m'exprimant toute sa reconnaissance des soins que j'ai donnés à M. Pihoué. Tout en déplorant les rigueurs du parquet de Bressuire, dont la conduite, dit-il, estM flj H • M. Legressier donne, dans cette lettre, très-probablement, les moyens d'arriver a connaître les meneurs du pro-

ces, plutôt fait, selon lui, en vue «Veni* j>écher la guérison de M. Pihoué que par un motif réel de blàrne contre moi.

D'autres personnes mont aussi écrit d'autres lettres que je tiens en réserve pour démasquer, quand je le jugerai opportun, ton'es les machinations dont je suis victime.

Depuis plus d'une année ma somnambule et moi sommes persécutés affreuse* ment, et nous nous trouvons ruinés de fond en comble par ce malheureux procès, auquel nous étions loin de nous attendre.

Nous avons été condamnés comme escrocs à Bressuire, par des juges qui affirment que le magnétisme (dont ils ne de* valent point, d'après leur premier con* sidérant, apprécier le mérite et la valeur) est un pottsmir imaginaire, chimé-

115 — riqae, repoussé par le bon sens, et qu'on ne saurait admettre, prétendent-Us , satisfaire abnégation de sa raison.

Nous avons appelé de cette sentence, et le tribunal de Niort, par les mêmes motifs qui ont déterminé les premiers juges, a confirme leur décision, en aggravant énormément la peine prononcée contre nous. Une chose digne de remarque, c'est que, dans l'excès de leur zèle, messieurs les magistrats ont écrit dans leur jugement quelque chose si évidemment contraire à la vérité, qu'il leur sera bien difficile de faire croire que ce n'es, qu'une erreur qu'ils ont commise. La preuve authentique de cela sera fi nie quand il en sera temps.

Il est démontré par tous les témoignages qu'aucune manœuvre fn,

Içuse n'a été commise par nous; que la consultation, déclarée impossible parles deuï tribunaux, est de la plus grande vérité : que le magnétisme, déclaré pouvoir imaginaire, avait guéri, pour ainsi dire, M. Pihoué dune grave maladie épilepli forme dont il était atteint, comme il a 1 1 des milliers de personnes abandon- - de la médecine ordinaire; que le malade, sa famille, ses médecins, ses amis, ont proclamé tout haut, en face de la justice, leur reconnaissance envers nous.

Nous espérons de la Cour suprême la cassation de L'arrêt qui nous a frappés, parce qu'aucun des caractères de l'escroquerie n'existe dans le fait pas plus que danS le droit, en cette afiaire incroyable. M. Mandaroux -Vertamy, chargé de notre défense, démontrera sans doute a mes-

sieurs les magistrats souverains la fausse application de la loi qu'ont faite contre nous messieurs les juges de Bressuire et messieurs les juges de Niort, à qui je n'ai pourtant pas laissé ignorer l'état Je la question qu'ils avaient à résoudre, puisque j'ai dit à ceux ci à peu près ce que j'avais exposé, en d'autres termes, à ceux-là.

Afin que vous puissiez apprécier tout le désir que j'avais d'éclairer les arbitres de mon sort sur l'objet dont ils ne pou vaient se dispenser de s'occuper spécialement à l'occasion de mon procès, j'extrais de mon ouvrage inédit, intitulé: Relation du procès inienté a un magnétiseur et à une somnambule par' M. le procureur du roi à Bressuire {Eugène Dufrarsse Lafeuillade), à l'occasion

d'un traitement magnétique couronné de succès, les pages suivantes :

« Messieurs,

« S'il ne s'agissait dans cette cause que de ma défense personnelle, je me serais abstenu de porter la parole devant vous. Mais un intérêt plus puissant, celui du Magnétisme dont je suis depuis dix an» passés l'un des apôtres les plus dévoués, m'oblige de vous présenter queU ques considérations auxquelles je vous prie d'être attentifs.

a Pour ne pas abuser de vos moments, je serai aussi concis que je le pourrai.

« Il y a peu d'années, le Magnétisme ne s'offrait à mon esprit que comme un système. Aujourd'hui, grâce aux instructions précieuses que m'ont fournies les hommes les plus distingués dans les sciences, les ouvrages des auteurs les plus estimés, les observations des somnambules les plus clairvoyants, et aussi, j'ai l'orgueil de

le croire, aux réflexions qui me sont propres, la Magnétologie n'est plus une science hypothétique, conjecturale, que peut faire naufra^cr le moindre vent d'une controverse ennemie; c'est Une doctrine positive, reposant sur des faits certains, avérés, dont la reproduction est constante dans toutes les conditions semblables.

R Lorsqu'une vérité n'est pas encore fténé ralement établie; que ses manifestations ne sont pas évidentes pour tous : que sa théorie, toute nouvelle, ne repose pas sur des preuves purement matérielles ; qu'elle semble en quelque sorte enveloppée d'un voile mvstcrieux dont la transparence ne se révèle à l'esprit qu'à force d'observations et de recherches ; que son établissement renverserait sans dou'e les idoles de l'erreur accréditée dans la société : les défenseurs de cette vérité, je le sais, quels que soient les moyens qu'ils emploient, la force de leur conviction, la franchise de leur caractère, le zèle qui les anime, doivent nécessairement rencontrer sur leur route une fouie d'obstacles difficiles à surmonter.

« LaMagnétologie, objet spécial de mes études, est plus que toute autre science propre à inspirer la méfiance, l'incrédulité, pis encore, peut-être. C'est que les phénomènes naissant de son application sont si extraordinaires, si surprenants, si en dehors des lois généralement adoptées, que la raison se refuse presque à admettre leur réalité. Cependant, quand un fait, quelque anomal qu'il soit, est constaté d'une manière rigoureuse par les hommes les plus pénétrants, les plus instruits, les plus impartiaux, est-il permis d'en nier l'existence? doiton le répudier sans pitié, par cela seul qu'il vient pour un moment contrarier nos idées, et forcer notre esprit à un nouveau travail?.... Non, assurément, non ; car, plus nous avons de difficultés à vaincre, plus notre courage grandit; et il n'est peut-être pas un seul homme qui, adonné à l'élude de la philosophie, n'éprouve un sentiment de bonheur intime au moment où il a besoin de déployer toute son énergie!

« Pour moi, messieurs, qui ai eu l'honneur

de professer à l'Athénée royal de Paris , dans ce sanctuaire des Sciences et des Arts où tant d'illustres savants tels que La Harpe, Marmontel, Cliénier , Népomucène Lemercier, Garât, Daanou, Victorin Fabre, de Gérando, Ampère, Auguste Comte, Fourcroy, Monge, Deparcieux, Yentenat, Cuvier, de Blainville, Brongniart , Thénard, Dumas, Pouillet , etc., etc., ont fait entendre leur voix puissante; où chaque jour des hommes d'un mérite supérieur viennent apporter à leurs auditeurs le fruit de leurs veilles laborieuses , je n'ai nullement la prétention de vous imposer mes croyances. Je vous demande seulement de me suivre avec toute l'attention dont vous êtes capables; de suspendre votre jugement jusqu'à ce que je vous aie fourni, outre les preuves si péremptoires que vous a déjà données mon avocat, des témoignages non équivoques de la réalité de phénomènes analogues, identiques à ceux que les juges de Bressuire ont déclarés imaginaires, chimériques, fallacieux j d'attendre que votre religion

soit •utnsamment éclairée, pour que votre opinion soit invariablement fixée sur le magnétisme et la valeur de ses effets, afin de ne pas tomber dans Terreur la plus funeste et d'éviter la faute où pourrait vous conduire une trop grande précipitation.

Loin de solliciter de vous uneconfianceaveugle en mes écrits personnels, je ne mettrai sous vos > eux que les ouvrages des hommes les plus désinléivssés pécuniairement dans la question qui nous occupe, des personnages les plus distingués, tant sous le rapport des connaissances profondes dont ils ont rendu leurs livres dépositaires, que sous celui de leur position sociale et des hautes dignités dont le gouvernement les a revêtus. « Les opinions de tels hommes écarteront, je l'espère, de vos esprits ces idées de compérage, de supercherie, de fraude, auxquelles se sont abandonnés messieurs les magistrats qui m'ont condamné comme escroc.

(( Messieurs, depuis que l'immortel Mesmer, ce savant méconnu, dont l'esprit investigateur s'éleva a la hauteur du génie, est venu offrir

aux hommes le moyen de combattre avec succès, de prévenir même les maux auxquels nous sommes exposés, un grand nombre d'écrivains d'un mérite incontestable ont successivement ou simultanément rendu hommage à l'agent magnétogène, quelques-uns L'ont même préconisé. On a vu le docteur d'Eslon, premier médecin du comte d'Artois, soutenir hautement l'excellence de cet agent, Cent autres médecins ou savants ont constaté dans !e même temps que lui la réalité des phénomènes que les sociétés scientifiques rejetèrent sans examen ; car il est avéré que les commissaires nommés par Louis XVJ, en 1784 , pour suivre les expériences, ne daignèrent pas prendre les soins qu'exigeait leur mission délicate ; et malgré tout le respect que je porte à la mémoire des illustres membres de cette commission, je ne saurais approuver leur conduite en cette occasion si importante.

Au milieu des débats qui eurent lieu alors, des personnes considérables, convaincues de

l'existence du magnétisme , en prirent publiquement la défense , et sacrifièrent dans l'intérêt de cette cause , non-seulement des sommes énormes, mais encore un temps précieux, et jusqu'à leur santé, qu'elles prodiguaient journellement aux malheureux à qui elles conservaient la vie.

« L'illustre marquis de Puységur, dont les travaux passeront à la postérité; le docte et respectable Deleuze, dont les écrits modestes et précieux enrichissent toutes les bibliothèques ; l'immortel Cuvier, dont le vaste génie a tant fécondé le champ des sciences naturelles; le célèbre Laplace; le docteur Georget, qu'une mort prématurée est venue arracher impitoyablement à ses laborieuses études, dans le temps où il s'occupait de recherches physiologiques et psychologiques de la plus haute importance-, M. Dupolet, dont le zèle et le courage ont tant fait pour la Magnétologie; le professeur M. Husson, membre de l'Académie de médecine, qui, dans toutes les occasions, a défendu avec tant

de supériorité le Magnétisme et les Magnétiseurs contre les attaques dont ils étaient l'objet ; M. Fouquier, actuellement premier médecin du Roi, qui, comme feu son prédécesseur le docteur Marc, n'a pas craint de s'avouer partisan du magnétisme et d'en soutenir la défense-, l'habile professeur M. Rostan ; noire grand chirurgien M. Jules Gloquet; M. Orfila. doyen de la faculté de médecine de Paris 5 MM. les académiciens Bousquet, Ribes, Réveillé-Parise, Adelon, Pariset, et une foule d'autres savants du plus grand mérite, qui ont attesté les faits les plus surprenants-, voilà, je pense, assez de nobles boucliers à l'abri desquels les magnétiseurs peuvent soutenir les attaques de leurs adversaires. « Permettez-moi d'ouvrir d'abord l'un des ouvrages d'un homme dont la bonne foi et les lumières ne sauraient vous être suspectes, et qui occupe dignement une des premières places dans la haute magistrature du royaume. Ce livre, l'une des plus précieuses productions de la pensée, a pour titre : Essais de psychologie-

ph) siologique ( i). Veuillez écouter ce qui y est dit, page 273, etc. (Suivent une foule de citations tirées de nos meilleurs auteurs, et du rapport fait à l'Académie royale de médecine, par ses propres commissaires, en 1831).

« A ces citations déjà si nombreuses, que j'ai cru devoir nous faire dans l'intérêt de la justice, dans celui de la raison, dans celui de vos propres consciences, jVai pourrais ajouter une foule d'autres non moins concluantes en faveur de ma conduite; mais je ci ois qu'il serait supeiflu d'accumuler un plus grand nombre de preuves de la réalité des faits incriminés-, il est plus convenable, selon moi, de vous soumettre un rapide aperçu de la doctrine que je tiens à honneur de professer.

u Messieurs, je définis le Magnétisme animal : la manifestation de la faculté que possèdent tous les êtres organisés d'agir les uns sur

(i) Un volume in-S", par C. Gliardel, conseiller à la Gourde taxation,- taris i83^. Chez Germer-Baill, ère, rue rie PEcole-de-Medecine, »7-

les autres et chacun sur soi-même. Le principe de ce Magnétisme est le fluide qui entretient Faction vitale, et que les physiologistes ont appelé fluide neiveux. Ce principe, apparemment secondaire, est, à bien dire, la modification du principe primordial, unique, universel, que je crois avoir indiqué dans mon Truite du Magnétisme (l). Lemoven d'action est la volonté. C'est par la volonté qu'on met en jeu le principe, qu'on l'envoie avec plus ou moins de force, du centre vers les extrémités. C'est par la volonté qu'on dirige ce principe, qu'on le fait franchir les extrémités organiques, et qu'on en imprègne les corps dans lesquels on a désiré le fixer. Les gestes connus sous le nom de passes ne sont que des auxiliaires ; auxiliaires utiles, mais non indispensables. Ces opérations ne sont pas probables à priori d'une manière absolue*, mais elles le sont incontestablement d'une manière relative.

fr) Un volume in-8°, de 568 pages, édite par Germer- Bavière: Paris, 1 84 > •

« Je vais faire en sorte de vous rendre plus évident, par quelques comparaisons, ce que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer.

« Si un homme veut soulever d'une main un poids qu'il suppose très-lourd, il enverra, par sa volonté, dans les nerfs qui doivent forcer les muscles de son bras a la contraction nécessaire, toute la puissance dont il peut disposer; et à moins que le poids ne surpasse ses forces, il l'enlèvera de terre. Mais si cet homme suppose que le même poids soit extrêmement léger, il n'apportera dans son désir de le soulever qu'une volonté faible , et alors il ne l'ébranlera seulement pas, quelle que soit sa force musculaire habituelle. Dans le premier cas, il aura voulu envoyer des centres nerveux à l'une de ses extrémités le principe d'action ; dans le second, sa volonté trop faible n'aura fait parvenir à cette extrémité qu'une portion insuffisante de ce principe.

« Si l'on se met en contact avec une torpille ou tout autre poisson électrique, on éprouvera

un engourdissement sensible, dû au dégagement du fluide. Alors le principe aura franchi la périphérie du corps de l'animal pour imprégner l'individu qui l'aura louché.

« Si un homme doué d'un grand courage est froissé par un lâche, son regard suffit pour paralyser son pusillanime adversaire. Alors, encore, le principe franchit l'épanouissement du nerf optique et imprègne celui sur lequel il a été dirigé, même à l'insu de son délenteur.

« En un mot, si tous les philosophes ont reconnu la réalité des sympathies et des antipathies , il est impossible de trouver l'explication de ces phénomènes sans admettre comme base fondamentale de leur production, comme cause déterminante, précisément ce même principe du Magnétisme.

« "\ ous paraîtrait-il utile, messieurs, que je vous développasse ma théorie tout entière?... L'homme intelligent, quelque étranger qu'il soit aux études des sciences naturelles, peut aisément comprendre la possibilité des faits pour

lesquels les magistrats de Bressuire m'ont condamné en les jugeant imaginaires \ or, s'il est reconnu que certains résultats sont possibles comme conséquents de causes qu'on ne saurait nier, pourquoi donc voudrait-on soutenir leur non-existence?....

«Je m'abstiendrai de vous parler, messieurs, de la contradiction singulière qu'on remarque dans les considérants du jug* ment quimecondamne; cette contradiction est si blessante que quand même mon avocat n'eut pas pris soin de vous la démontrer, elle n'eût point échappé à vos esprits. Je désire seulement vous ramener, pour un instant encore, à la suite de l'aperçu de ma théorie, en vous priant de croire que je n'ai rien tant à cœur que de dissiper vos dou^ tes sur l'objet de votre examen actuel ; l'arrêt que vous allez prononcer dépendant, je le présume, du plus ou du moins de clarté que je ré-» pandrai sur un sujet généralement considéré comme obscur.

« Je vous ai dit le Magnétisme, son principe,

les effets les plus ordinaires qui en résultent} passons, à présent, aux conditions du sommeil naturel, aux différents états qui se présentent dans cette crise, et voyons si le sommeil magnétique n'offre pas des analogies indubitables avec ce sommeil naturel.

« Dans mon opinion (et en avançant l'hypothèse qui va suivre, je ne crains point de commettre une hérésie scientifique); dans mon opinion, dis-je, le sommeil naturel ne nous envahit que lorsque le système que j'appelle cérébro-nerveux a été surexcité , eonséquemment fatigué par un travail quelconque ou par des agents de nature à déterminer l'excitation, la fatigue. Ainsi, soit qu'on ait beaucoup marché, travaillé, lu, écrit, ou pensé, soit qu'on ait bu avec excès des boissons alcoholiques, qu'on ait pris des narcotiques sous une forme quelconque, qu'on ait mangé outre mesure, ou au contraire qu'on soit en proie aux tourments de la faim (car les deux extrêmes produisent également les mêmes résultais); soit, enfin, qu'on subisse

quelque affection, cataleptiforme, hystérique, etc., le sommeil vient s'emparer de la machine organique, des facultés sensib!es% et les asservit irrésistiblement. Pour les individus qui sont dans un état normal de santé ou qui rapprochent de cet état, et qui suivent les habitudes sociales des Européens, ce sommeil est périodique. Cette périodicité est la conséquence forcée de l'uniformité de conduite ; mais elle subitdes perturbations aussitôt que les h ibitudes sont dérangées. Eh bien ! si les causes que je vous ai indiquées (et à mon avis cela est incontestable) déterminent le sommeil ordinaire, pourquoi n'admettrait-on pasque l'accumulation, la surabondance, la superfluité, si l'on veut, du principe magnétique, dans l'organisme d'un individu, puisse produire un effet identique?... Quelques physiciens ont prétendu, je le sais, que le sommeil provoqué magnétiquement n'était dû qu'à l'espèce de monotonie dans laquelle on ensevelit, selon eux, le pauvre patient, à l'ennui occasioné par les gestes, à la faiblesse

de l'imagination, à Téréthismede la peau, etc. Je ne nie point que cela ne puisse avoir une certaine influence, dans quelques cas, sur la production des effets magnétophœnes. Je reconnais même que l'état de l'atmosphère, la qualité de l'air ambiant, les courants électriques, aident l'action ou nuisent à son développement ; cependant, comme on peut magnétiser un individu placé dans un milieu différent de celui où l'on se trouve soi-même au moment de l'acte; comme on obtient, sans faire aucune passe, exactement les mêmes phénomènes qu'en gesticulant, et qu'enfin, on produit ces effets à de grandes distances, sur des animaux, sur des enfants, sur des personnes ignorant qu'on agit sur elles, je ne saurais accorder que les prétentions de nos dissidents soient fondées.

« Et si l'on ne veut pas comprendre que l'agent magnétogène puisse provoquer le sommeil, comprend-on donc mieux que chacune des autres causes que nous avons énoncées ait une vertu somnifère.3.... Ou nous devons

nous 6tt tenir à l'acceptation des faits purement et simplement^ sans chercher à en trouver l'explication* ou nous devons, par le raisonnement, aller du connu à l'inconnu, de ce qui est adtnis par tous, à ce qui nest accepté que par un petit nombre, ou même par personne en-

COfVi

« Jusqu'ici, messieurs, je suis resté dans le champ de la physique, de la physiologie ; mais en abordant les phénomènes curieux que l'on observe dans le sommeil dit naturel, je suis forcé d'aborder le domaine de la psychologie ; car, vous le savez, la matière ne pense point ; le corps n'est qu'un automate obéissant au ressort caché dont l'Etre suprême a voulu qu'il fut temporairement pourvu.

« Dans le sommeil non magnétique, tout le monde le sait, on voit apparaître le Rêve, le Songe, la Somnoloquie, le Somnambulisme, le Mensambulisme, quelquefois l'Extase.

« Voici comment je distingue ces différents états :

« Le Rêve est un jeu bizarre d'une imagination en délire.

« Le Songe, est une vision, une sensation, une prévision, une intuition . quelquefois tout cela ensemble; et il ne saurait v avoir d'erreur que dans l'interprétation des images, des allés gories, des symboles qui s'y rencontrent as-ez fréquemment.

« La Somnoloquie est un babil erronné, quand elle dépend du Rêve ; quand elle dépend du Songe, au contraire, c'est un discours tantôt monologué, tantôt dialogué, tantôt polylogué, dont toutes les parties sont en parfait accord et d'un rationalisme admirable.

« Le Somnambulisme est l'obéissance de l'appareil locomoteur à l'impulsion d'ambulance que lui communique le système eérébro* nerveux.

h Le Mensambulisme est une promenade d'esprit pendant la station du corps, l'absorption momentanée des organes matériels.

y L'Extase est un état supérieur que j'ai dé*

crit et examiné dans mon Traité du Magnétisme. C'est la contemplation des choses hyperphysiques, dans un but d'utilité morale, religieuse -, c'est l'état dans lequel l'homme encore lié à la terre, reçoit de véritables inspirations célestes.

« Il me serait impossible, messieurs, de vous développer ici toute ma théorie de cet immense sujet : un si long exposé ne serait point opportun en ce moment.

« Je vous ai dit, messieurs, les phénomènes qui apparaissent dans le sommeil naturel, je vous ai dit les différentes formes que présentent ces différents états. Eh bien ! toutes ces choses se reproduisent dans le sommeil dit magnétique. Ainsi, !e magnétisé comme le dormeur, ou en d'autres termes, et pour parler un langage plus généralement compris, le somnambule artificiel, tout comme le somnambule naturel, peut voir dans les ténèbres les plus profondes, à travers les corps opaques, à de grandes distances, et même outre-mer, les objets

sur lesquels il fixe son attention : il sent, goûte, touche et entend, par une immense extension de ses facultés de l'état de veille, ce qu'il veut sentir, goûter, toucher, entendre, soit de près, soit de loin, quant au présent, au passé, à l'avenir -, car le temps et l'espace n'existent point pour le somnambule. Or, il a la faculté d'apprécier le degré de santé ou de maladie de chaque individu qu'il examine, et celle de discerner les moyens à mettre en usage pour guérir nonseulement les corps malades, mais encore les âmes souffrant en ce monde. Et il ne faut pas croire qu'il y ait là du surnaturel et que les magnétistes doivent être frappés d'excommunication. Rien au contraire n'est plus naturel, rien n'est moins hétérodoxe, quelque étrange que cela puisse sembler au premier aperçu. Vous ne verrez donc à présent aucune impossibilité à ce qu'une consultation soit donnée par un somnambule à Paris, pour un malade à Bressuire, alors même que ce somnambule n'entrerait en contact avec aucun

objet pouvant faciliter son rapport avec la personne qu'il doit explorer :

Dans le consentement, les âmes se conjoignent.

« Il me reste à vous dire quelques mots du Magnétisme appliqué comme agent thérapeu" tique. Je ne vous répéterai point ma définition de ce principe et de son mode d'action en général, je vous soumettrai simplement ce dilemme : si les animaux peuvent produire, par une vertu inhérente à leur nature, des perturbations plus ou moins grandes dans l'organisme d'un individu vers lequel ils dirigent leur action 3 est-il déraisonnable de croire que 1 homme, le roi des êtres vivants, puL>»e opérer chez autrui, par une puissance qui lui est propre, des révolutions salutaires ou nuisibles, selon

la direction qu'il donne à cette puissance?

Je pourrais ajouter que si deux métaux acquièr3nt par une disposition particulière la propriété de foudroyer un bœuf, d'atténuer, de guérir certaines affections, je ne saurais comprendra

qu'on refusât de reconnaître que l'agent magnétogène soit pourvu d'une vertu curative. e Voilà, messieurs, les considérations que j'avais à vous présenter, afin de vous mettre à même d'apprécier une question encore peu connue» Maintenant je me résume : la magnétisation peut provoquer le sommeil; l'individu magnétisé peut voir à distance, connaître les moyens de traitement pour le malade qu'il a exploré : la consultation même envoyée de Paris à M. Pihoué, à Bressuire, en est la preuve irréfragable. L'agent magnétogène a une propriété curative : la rapide et inespérée amélioration de la santé de M. Pihoué lui-même ne permet pas d'en douter. En un mot, le magnétisme est une vérité démontrée, et par cela seul, une chose utile ! Si vous pensez à présent que je me trompe, condamnez-moi, je saurai souffrir ; je n'apostasierai jamais ! »

Vous savez, mon cher monsieur, que je ne suis pas seulement persuadé de la

réalité des phénomènes du magnétisme et du somnambulisme, mais que j'en suis profondément convaincu. Rien ne saurait donc ébranler ma foi. Si les masistrats de Bressuire et ceux de Niort, dont la situation est désormais plus pénible que la mienne, ont cru pouvoir me faire abjurer mes croyances en me frappant de leurs verges, ils se sont trompés du tout au tout, car les forces de l'homme consciencieux et énergique se retrempent dans le malheur.

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