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l'artiste. Nous avons été reçus par une dame respectable, probablement parente de M. Sabatier. Celui-ci était déjà depuis quelques heures au belvédère qu'il a fait construire sur le toit de la maison pour y opérer. Après que nous eûmes dit le sujet de notre visite, la dame nous fit conduire auprès de M. Sabatier, que nous trouvâmes en compagnie de plusieurs perso unes plus matinales que nous, et dont
les portraits venaient d'être imprimés.
Quand nous nous fumes reposés un instant, l'artiste nous fit placer successivement sur une chaise adossée à une barre verticale , laquelle est armée d'une verge de fer dont la partie supérieure, contournée en cou de cygne, forme une fausse équerre se terminant par un demi-fer à cheval disposé horizontalement. Cette barre et son armure sont destinées à maintenir le corps et la tête dans une position égale. Devant nous, à un mètre et demi, se trouvait, sur un trépied, le merveilleux instrument. Une ou deux minutes de préparation pour chacun de nous suffit à M. Sabatier, et une fois les mots : «iVe bougez plus, » sortis de sa bouche, nous l'entendîmes, au bout de sept à huit secondes par opération, nous dire : « Cest
fait! » et vraiment limage était obtenue. Aussitôt, M. Sabatier soumit les plaques à l'action du feu, et cinq minutes après nous avions sous les yeux les plus belles épreuves qu'on puisse désirer. J'ai vu bien des essais de dajmerréotypisme, mais, excepté ceux de M. Sabatier, aucun, jusqu'à présent, ne m'a satisfait. Ici, c'est une plaque mal préparée, dont le brillant miroite si fort qu'il empêche que l'on distingue l'objet qu'elle porte ; là , c'est un clair-obscur, qu'on pourrait appeler un sale-obscur, dont le mauvais effet nuit infiniment à la vérité; plus loin, ce sont des barbouillages coloriés contre nature et d'un mauvais qui écorche l'œil; enfin, partout j'ai trouvé les produits au-dessous desmoyens, Il est vrai que M. Sabatier a un avantage immense sur les personnes qui n'ont au-
cune connaissance graphique, car il n'est pas seulement habile à daguerréotvper, c'est encore un peintre distingué, touchant la miniature à ravir, et qui a mérité déjà plusieurs médailles d'honneur pour les œuvres dont il a, à différentes époques, enrichi nos expositions artistiques.
Au moment où nous allions descendre.
M. Altaroche, l'un de nos écrivains du jour, entra. Il venait quérir son portrait, obtenu d'avant-hier. Ce monsieur, que je ne reconnus pas d'abord, me rappela qu'il était venu chez moi, il y a trois ans, avec MM. Louis Perrée, de Fienne, Duvert, Lausanne, et Marco Saint-Hilaire.
Je me souvins en effet que, alors, ces messieurs m'avaient honoré d'une visite dans laquelle je les avais convaincus, par des faits incontestables, de la réalité des
facultés somnambuliques les plus surprenantes pour les personnes étrangères au magnétisme. M. Àltaroche, qui se recommande.assezpar ses oeuvres pour n'avoir plus besoin d'éloges, m'a promis d'assister demain au soir à l'ouverture d'un cours de magnétologie que je dois faire chez moi, et auquel j'espère avoir plusieurs personnes de distinction.
En quittant M. Sabatier, qui , en homme de progrès, est ami du magnétisme comme de toutes les découvertes utiles, je suis convenu avec lui de me trouver dans son belvédère avec ma somnambule le jour et à l'heure ou celle-ci devrait avoir une de ces extases pendant lesquelles l'expression de sa physionomie est si différente de l'état normal.
J'espère que Mlle Virginie, qui ordinairement m'annonce, en somnambulisme,
ses extases futures deux à trois jours d'avance, offrira à notre artiste un tvpe re marquable. Je vous écrirai tout ce qui se sera passé à l'occasion de ce nouveau portrait de ma somnambule.
Agréez, etc.