‹ Lettres d'un magnétiseurChapitre 14 sur 14 · GS · texte numérisé non relu

GS

tourna à son village, aborda le malade

fort brusque nient d'une tape non ménagée , et le guérit à l'instant même.

Ce missionnaire de don José existe encore aujourd'hui ; c'est un beau vieillard Agé de quatre-vingt-cinq a quatre-vingtsix ans, nommé Caquinaud, et qui a conservé la mémoire de ce fait.

Autre chose. Un jour que le prieur parcourait la campagne en causant avec le docteur ***, son ami, un homme qui s'était présenté chez lui depuis sa sortie, vint, sur les indications de la servante aveugle, trouver don José au milieu des champs. Ce malheureux, tout éploré, dit au prêtre que sa femme était en mal d'enfant, que l'accouchement ne pouvait se faire, et qu'il le priait de venir auprès de la malade. — Le prieur alors cueillit un épi de blé (on était aux approches de

ki moisson), le tourna un instant dans sa

bouche, et le remit au paysan, en disant : û Tiens , prends ceci ; retourne vers ta femme, pose-lui cet épi sur le nombril (l'ombilic), et si une demi heure après elle n'est pas délivrée, reviens me trouver. » Le remède opéra si merveilleusement qu'on cria : Miracle î

Un fait encore.

Deux messieurs de Poitiers, appelés à Mauzé par des affaires heureuses, descendirent ensemble au meilleur hôtel de la petite ville, chez madame veuve Aymars.

A peine eurent-il mis pied à terre, qu'ils demandèrent à la maîtresse de la maison si elle connaissait, dans les environs, une espèce de sorcier ou de fou qu'on appelait prieur d'Amilly. Cette dame, estimant beaucoup don José, qu'elle recevait fréquemment chez elle comme ami, et5

se trouvant blessée des termes inconvenants employés par ces messieurs à l'égard d'un prêtre respectable, répondit négativement. Les deux voyageurs, après s'être égayés un instant sur le compte du prieur qu'ils ne connaissaient autrement que par des rapports vulgaires, et qu'ils se proposaient, disaient-ils, de démasquer après l'avoir mis en défaut, commandèrent leur déjeûner, et quittèrent Ihôtel pour un moment. Ils venaient de sortir lorsque don José, arrivé comme par hasard à Mauzé, vint souhaiter le bonjour à madame Aymars, qui lui rapporta la maladresse des deux étrangers.

« C'est bien , fit le prieur, arrangez-vous de façon à me faire déjeûner avec eux; je vous promets qu'à table ils ne riront pas si fort. »

L'heure du repas étant venue, madame

Aymars, prétextant de 1 embarras, obtint des deux plaisants l'autorisation qu'un prêtre déjeunât a leur table. Dès qu'on eut annoncé le service, ces messieurs entrèrent dans la salle à manger, où ils furent bientôt joints par Burnico Pera, dont les salutations gracieuses et affables leur plurent tellement qu'ils n'hésitèrent pas à lui adresser la parole1. Le premier plat était à peine divisé que, loul en se livrant sans restriction aux délices d'il! e mastication activée par un anpétit dévorant, nos trois commensaux se prirent à deviser de choses diverses, à la suite de quoi la conversation tomba sur le prieur d'AiniHy. a Monsieur l'abbé doit le connaître, dit l'un des voyageurs.

et il | eut Lien nous dire ce que c est que ce magicien fameux dont les tours deizibecières, de boites h double fond, ont

agi si fortement sur les faibles esprits des paysans de cette contrée. Mais nous oublions qu'entre gens de même robe on se doitaideet protection : en conséquence, nous devons prier monsieur d'excuser nos plaisanteries en faveur de notre curiosité; car il nous est impossible de parler de son confrère sans rire ouvertement des sortilèges qu'on lui prêle, et dont nous sommes si désireux de dévoiler les turpitudes. — Messieurs, répondit l'abbé, je crois que vous avez une fausse opinion du prieur d'Amilly : /ai ouï dire, il est vrai, qui! faisait assez fréquemment des choses remarquables; mais je ne pense point qu'il mérite d'être traité avec mépris. 11 y a des hommes qui ont tant étudié, qu'ils sont parvenus à acquérir i]cs connaissances au-dessus de la portée du vulgaire. »

Celui des deux voyageurs qui n'avait pas encore parlé, craignant de voir sou ami exposé à une leçon de circonspection bien méritée, essaya de changer le sujet de la conversation en offrant du vin à don José, qui, semblant oublier les épitliètes peu gracieuses dont on venait de le couvi ir, accepla en souriant, et éleva son verre en portant la santé de ses commensaux. Selon l'usage du Poitou, on trinqua en se saluant. Mais voilà qu'à leur grande surprise les deux plaisants ne purent portera leurs lèvres les gobelets qu'ils tenaient en main : leurs bras contractures ne se pouvaient fléchir, et leurs efforts de volonté n'étaient pas assez puissants pour vaincre la résistance de leurs muscles dominés par une force occulte. Cependant don José avait bu à jou aise.

<t Eli bien', messieurs , dit le curé,

vous ne buvez pas! Est-ce que vous

songez encore au prieur d'Amilly ?. .. »

Les deux voyageurs ne riaient plus.

« Allons 3 poursuivit don José , pensez donc que vous clés à table, et videz vos verres. »

Nos hommes étouliaient de confusion.

« Ah ! s'écria enfin le plus parleur, nous sommes vaincus! Vous êtes sans doute le prieur d'Amilly, à qui nous devons demander pardon de notre impertinence.

— Je suis en effet !e sorcier du pays, répliqua en riant le bon prêtre ; mais je ne veux point vous garder rancune : seu lement souvenez-vous toujours que, dans le doute, on doit s'abstenir, et qu'il est prudent et sage de ne porter aucun jugement sur les choses qu'on ignore. A

— 17.3 — présent, tout est dit, buvez, et soyons amis. ))

Alors les voyageurs reprirent l'usage de leurs bras, dontils avaient élé un instant privés par la volonté de don Burntco Fera.

Mon Fnkr.E,

Réjouisfez-vous tous! la Cour sup; ême

vient de casser les sentence* de Bressuire et de Niort.

Dieu est juste !

Recevez, etc.

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