‹ Lettres d'un soldatChapitre 10 sur 30 · SOU · texte numérisé non relu

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journée, à cette dévastation, tandis que, sur nos têtes, les petits mulots profitent de la paille où nous allons coucher.

Notre existence de fantassins est un peu celle des lapins pendant la période de chasse. Nous y avons acquis, du moins les plus froussards, une tension perpétuelle vers la recherche d’un trou. Dès que nous y sommes enfouis, on nous recommande de n'en plus bouger. Ces sages recommandations ne sont malheureusement pas toujours appliquées avec discernement; ainsi, hier, nous étions quatre dans une tranchée avancée, située dans un endroit magnifique et parfaitement dissimulé sous des feuillages.

Nous pouvions donc goûter la joie du paysage, sans le brave garçon de caporal qui tremblait de nous laisser vivre un peu. Heureusement les artilleurs et les mitrailleurs sont venus à notre

emplacement faire un chambard terrible et nous

montrer le cas à faire des précautions superflues.

Aussi, fort de cet exemple, ai-je pu jouir en toute liberté du paysage, hélas tragique et fumeux hier. Note bien, chérie mère, que je ne veux faire aucune imprudence, mais vraiment cette guerre est le triomphe du sort, de la Providence et de la Destinée.

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