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les poésies d'Albert Samain, tu trouverasune épigraphe de Villiers de l’Isle-Adam : « Sache qu'il y aura toujours de la solitude sur terre pour ceux “qui en sont dignes. » Cette solitude d'une âme qui peut oublier tout de ce qui ne vibre pas comme elle.
J'ai recu deuxlettres de toi du 6 et du 7. Peut-
être ce soir en aurai-je encore. Qui, ne mettons pas notre courage à ne pas attendre une lettre l'un de l’autre. Les lettres sont notre vie, ce sont elles qui nous communiquent nos joies, nos bonheurs, les ressources de plaisir que nous apportent les spectacles du monde et de cette époque.
: Si tes yeux ne vont pas, c’est une raison majeure, mais en dehors de ta santé, ne me prive pas de ton cœur que tes lettres m’apportent.
14 novembre, 2e lettre.
: Chère Mère que j'aime, … Nous voici de nouveau à notre cantonnement habituel et mon cœur est tout entier rempli “de pensées qui tendent vers toi. Je ne peux pas te dire tout ce que je pense à chaque instant, en désirant partager avec Loi les joies multiples
qui s’égrènent, au muilieu de Us existence.
monotone, comme un fil cassé laisserait tomber des perles sur le sable. | Je voudrais pouvoir dire avec toi combien ce. nuage est beau, combien l'étendue nous impose. de respect, entendre la poésie du vent d'outre-, mont comme dans notre promenade à Boulogne.
Et puis, quand nous sommes ici, tant d’occupa-. tions prosaïques ne me laissent pas te parler! comme je sens. Fr
C'est pourquoi je L’ai encore adressé mon.
cobs, avec mon cahier de notes du 18 août au 20 octobre (1). Ces notes furent prises à un moment où nos sacs moins chargés s'ouvraient plus facilement, et où, dans la sérénité d’ âme des journées de tranchées, alors que le danger supprimait les bavardages, je pouvais spontané
ment faire vibrer mon âme. Depuis, j'ai décou-
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vert une joie bien plus intense, et large, ch pleine à t'écrire. Pour moi cette nouvelle pé-. riode est devenue un paradis. Mais je n'aime. pas les cantonnements, parce que le confort ct la sécurité qui détendent les tempéraments sus- :
fi,
citent un brouhaha dont je soufre. 4
(1) Une partie de ce cahier a été donnée plus haut.
Tu sais le besoin de recueillement, de solitude que j'aitoujours eu. D'ailleurs j’ai d’excellents amis et les officiers sont très bons.
Enfin il suffit d'un peu de patience, de
- quelques instants de pensée vers toi pour être
heureux. Comme cette première moitié de novembre a été indulgente! Je n’ai pas souffert une seule fois du froid. Et que de beautés! Ce
jour de la Toussaint ne fut qu'un long can-
tique, depuis la nuit lunaire et pure sur l’ambre
. foncé des arbres d'automne, jusqu'au crépuscule
d'une sonorité tendre. L’immense rêve rose de cette plaine voilée s’accotant aux buttes prochaines... Quel hymne! et bien des jours, depuis, chantent la gloire de Dieu! Cœli enarrant…
Ce fut l'apport de ces époques.
15 novembre, 7 heures.
Hier, le temps mouvementé, admirable à voir
d'un cantonnement où l’on peut s’abriter, me * donnait des appréhensions pour le départ de
cette nuit, et quand je me suis réveillé, il y avait le ciel le plus pur et le plus étincelant qu'on
puisse rêver! Corame j'ai été reconnaissant!
De
Ce que nous craignons le plus, c'est la pluie |
qui transperce tout sans qu’on puisse avoir de feu ni d'abri. — Le froid n'est rien — nous sommes armés en prévision.
.… Malgré tout, comme j'ai apprécié le spec- |
| ue de cette énorme plaine où nous étions descendus, cinglés par le grand vent. L’horizon bas libérait le grand ciel gris où de rares échappées blafardes rappelaient l’azur disparu.
— Un calvaire tragique et noir en silhouette — puis des arbres squelettiques! Quel site! Voici
où je puis penser à toi, à ma chère musique.
Aujourd’hui, j’ai l'atmosphère qu’il me faut. oui Je voudrais préciser la forme que prendra ma conviction d’un mieux prochain amené par cette guerre. Ces événements préparent l’éclo-
sion d'une vie nouvelle : celle des États-Unis |
d'Europe.
Après le conflit, ceux qui auront pleinement |
et filialement rempli leurs obligations envers leur pays se trouveront en face de devoirs autrement graves et de réalisation impossible quant au présent. Mais précisément là sera le devoir de projeter notre effort vers l'avenir. — Ils devront
tendre leurs énergies à effacer la trace des con-
tacts blessants entre nations. La révolution