‹ Lettres d'un soldatChapitre 13 sur 30 · EE 1 CS · texte numérisé non relu

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française, malgré ses fautes, malgré certains reculs dans l’ordre pratique, certaines infériorités de construction, n’en a pas moins fixé dans l'âme humaine cette admirable postulation de l'unité nationale. Eh bien! les horreurs de la guerre de 1914 conduisent à l’unité européenne, l'unité de race. Ce nouvel état ne S’établira pas sans heurts, spoliations, litiges, pour des temps indéfinis, mais, indubitablement, la porte s’est maintenant ouverte sur ce nouvel horizon.

16 novembre.

à Madame C...

Bien chère madame et excellente amie,

. Combien votre lettre me fait de plaisir et de réconfort, et comme votre chaude amitié soutient mon courage |

Ce que vous me dites de ma mère est ce qui pouvait me rattacher le plus à la vie. Merci de votre constante et magnifique affection.

. Que vous dirai-je de ma vie? À travers les fatigues et les vicissitudes, je suis soutenu par la contemplation de l’admirable nature qui, depuis deux mois, accumule les émotions et le Docu de cette saison passionnée. Un de

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mes emplacements habituels se trouve sur les hauteurs qui dominent l'immense plaine de la. = Woëvre. Que c'est beau! et quelle bénédiction de suivre, chaque heure de la journée et de la nuit, de suivre l’embrasement du feuillage, à chaque jour de l'automne! Comme l’affreuse.

turbulence humaine ne parvient pas à troubler: la sérénité majestueuse de la nature! Certes il. est des moments où l'homme paraît excéder ce . que nous pouvions en imaginer; mais une âme } ‘avertie distingue rapidement l'harmonie qui. domine et concilie toutes ces dissonances. Ne. croyez pas que je reste insensible à la navrance : des spectacles dont nous sommes rassasiés :, villages anéantis sur lesquels s’acharne l'artillerie ; fumées dans le jour, lueurs dans la nuit "| misère des populations évacuées sous les obus. .

À chaque instant on reçoit un choc en plein cœur. . Mais c’est précisément pourquoi je me réfugie dans cette consolation supérieure, car, souffrant.

également, je ne pourrais, sans celte discipline |

du cœur, supporter sans désarroi notre situation.

17 novembre, au malin.

Chère mère... Je t'écris en plein bonheur d’une aurore sur mon cher village. La nuit, qui nous avait laissés dans la pluie, nous a rapporté ‘un temps pur et glorieux. Je retrouve mes horizons éperdûment lointains, mes collines ciselées, mes vallons si harmonieux de ligne. Qui dirait, de la hauteur où je suis, que cet agreste et pai- ’sible village n’est en réalité qu'un amas de ruines, ‘qu'il n’en reste pas une maison épargnée, que, depuis deux mois, personne ne peut y séjourner dans l'enfer d'artillerie?

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