FRAIS
toutes celles de nos soldats nous l’apprennént aussi. Il dit aux siens l’élan des hommes, leur fusion en une seule idée fervente, l’impérieux
devoir, sa volonté de « porter une conscience
droite aussi loin que ses pieds pourront la
mener ». Déjà pourtant, on le voit qui cherche
à maintenir la direction de son être intime con-
tre les influences et les excitations de foule. Et
il y réussit. Se gardant, s’isolant « Le plus qu’il peut, » au milieu des autres, il constate qu’il reste intact au point de vue intellectuel. Mais il est entre des murs de caserne, ou bien il écrit dans les gares, aux étapes d’un interminable voyage en chemin de fer (« quarante hommes par wagon »). Pour commencer à le connaitre vraiment, attendez qu’arrivé dans la zone de guerre, au cantonnement, et puis en première hgne, aux longues heures de gardeet de veillée, il ait repris contact avec la terre. Aussitôt qu'il
respire l’espace, son instinct s’éveille : c’est
« d'extraire de la beauté », et devant l’ombre où l’avenir s'enfonce, « d’en extraire le plus et le plus vite possible ». « J'ai cueïlli des fleurs dans la boue, gardez-les en souvenir de mot»,
dira-t-il en un jour de sombre pressentiment. Trait significatif, c’est dans la monotonie des jours de tranchée, quand le danger supprime les bavardages, qu’il en trouve le plus, de ces magiques fleurs. Alors, dans le silence où tombent les hommes, la sérénité revenant, hbrement il peut « laisser vibrer son âme », et l’on en perçoit tout de suite la sonorité caractéristique. Cette.
âme ne nous avait d’abord que répété les notes
de courage et de fraternité montant de nos armées
qui se rassemblent. La voici, en pleine guerre,
qui se retrouve en face des choses éternelles, et soudain, c’est comme une corde frôlée dont on percevrait pour la première fois le timbre original et l’infinie sensibilité. Mais ces notes ne restent pas fortuites et discontinues ; bientôtune musique s’assemble, de plus en plus précise, pleine, chargée de sens émouvant, à mesure que, . par un entraînement de tous les jours, il apprend à mieux s’abstraire des circonstances les plus …
opprimantes. Un moi tout impersonnel semble
alors se détacher du moi particulier qui peine et qui risque, pour regarder avec désintéressement les choses, pour l’apercevoir lui-même, à sa