‹ Lettres d'un soldatChapitre 3 sur 30 · TE · texte numérisé non relu

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ar. Von

place dans l’ordre général, onde éphémère dans le flux qu’une raison mystérieuse dirige. Etrange faculté de dédoublement et de rêve ! Elle arrive à s'exercer dans la bataille même où sa bravoure et son activité de soldat lui valent les félicitations de son chef. Dans la fournaise où sa chair peut fondre, il ne cesse pas de regarder, et le lendemain, 1l peut écrire : « Eh bien! c'était une chose intéressante »! Et il ajoute : « Ce que j'avais conservé d’individuel, c'était une cerlaine sensibilité optique qui m'a fait enregistrer certains décors dont le dramatique se composait spontanément de façon aussi « artistique »

que nimporte quelle combinaison humaine.

Mais à l'ordinaire de ces minutes, je n'ai jamais

abandonne l'intention de voir comment c'est ».

Alors lui apparaît la signification de la violence.

. À cette tendre nature méditative, elle fait hor-

reur. C’est pour cela, peut-être, que son esprit en a cherché le pourquoi. Par la violence, un ordre imparfait et provisoire est rompu, et les choses qui se figeaient se remettent en mouvement. La vie reprend, et un ordre supérieur devient possible. Acceptation encore, soumission :

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à la raison de l’univers, confiance en ce qui se réalise, c’est la conclusion à laquelle il revient

toujours.

Ce sont là les moments d'observations proprement dite, de pensée pure où ne passent pas les mouvements de l'artiste et du poète. Elle n’est pas rare chez lui, mais, alors, c’est qu'il s’agit comme ici du monde et des évènements humains. Elle nait d’un spectacle de guerre, d’un trait de mœurs, d’une lecture, d’un souvenir d'art et d'histoire (souvent c’est la Bible qu'il évoque et, dans le pire « brouhara », de beaux

mythes plastiques de la Grèce). On admire cette

sereine énergie d’un esprit qui a su reprendre sa vie d'esprit pur. Cest très beau, mais ce n’est pas unique : la grande activité intellectuelle

n’est pas rare en France; d’autres de nos soldats

ont philosophé sous les obus. Ce qui semble mettre ces lettres à part, c'est ce qui s’y traduit de bien plus organique et profond que la pen-

sée; c’est le sentiment, l'infini et l'indéfin: de ses nuances, ses accords avec les aspects du pay-

sage, cette puissance, enfin, de poésie qui par-

: ticipe de la faculté musicale, car elle procède du

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