‹ Lettres d'un soldatChapitre 30 sur 30 · SES · texte numérisé non relu

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be Dimanche 28 mars, 2° lelire.

Chère Maman,

Temps radieux qui s’est levé dans la matinée.

. J'ai parcouru notre secteur assez loin et, à l'heure

actuelle, le bombardement recommence progressivement.

Je tends mon âme vers l'espérance quand même. En tous cas, je demande la Sagesse pour toi et pour moi.

Chérie, je sens par moments combien il me serait aisé de me tourner de nouveau vers les occupations qui firent le charme et l'intérêt de ma vie. Par moments, je me surprends, dans ce beau printemps, si orienté vers la peinture que je regrelterais bien de ne plus en refaire. Mais aussi je m'efforce de diriger et maintenir mes ressources d'âme et ma volonté dans la digue

étroite et difficile de cette vie.

1e avril.

Soleil dévoilant la jeunesse du printemps. La Meuse, ruisseau coureur dans la grâce d’un village opulent, où les échos de la canonnade ne parviennent que comme un choc sourd, et perdent leur signification.

Nous avons changé de cantonnement car les

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renforts arrivent en telle abondance sur ce point.

que nous devons faire place à d’autres, et c’est.

toujours notre régiment que l’on déloge.

Mais tout est lumière et fraicheur aujourd'hui. La grande plaine grasse que bordent les Hautsde-Meuse enveloppe ses lointains dans l’argent tendre. |

Je suis content de la lettre de Gabrielle qui montre ce que l’âme française gardera de ces événements. Léon n’a pas encore eu le coup dur (1). Touchante lettre de Pierre enfin réformé après sa terrible blessure. Admirable lettre de grand'mère. Comme elle désire la réunion ! — N'en parlons pas.

Je termine cette lettre au bord de l’eau, évoquant voluptueusement les joies que j'eus à.

peindre. J'ai devant moi les plus jolies étincelles du printemps.

3 avril (carte).

Un mot seulement en deuxième ligne. Séjour dans les bois de printemps. Soleil et pluie jouant

dans le ciel. Courage malgré tout.

- (1) Le Sous-Lieutenant Léon Auzende était tombé glorieuse-

ment depuis le 15 Mars.

— A6G1 — 3 avril, 2° lettre,

- Je voudrais t'avoir mieux écrit ces Jours-ci, alors que chaque minute était douce pour moi, même en premiére ligne. Mais j'avoue que je me suis contenté de me laisser vivre dans la beauté des jours sereins malgré les hurlements de la guerre. Nous ne savons ce qui va se passer. Car les allées et venues se multiplient. Sera-ce encore nous qui supporterons le choc?

Imagine-toi que, pendant notre dernier séjour en première ligne, il nous fallait passer les Journées dans les casemates que l’odieux bombardement nous oblige à creuser à flanc de coteau jusqu'à la profondeur d’une dizaine de mètres. Là, dans l'obscurité la plus complète, on attend la nuit pour sortir. Mais voilà que mes camarades, sous-officiers et moi, nous y avons fait revivre le frémissement des neuf Symphonies de Beethoven. Je ne sais quelles Vibrations nous animaient. La musique mettait un feu d'artifice dans cette cave. Notre supplice chinois de n'être ni assis, ni debout, ni couché était oublié.

“ La vie d'un sergent au cantonnement est fort agréable. Mais je n'usurpe rien. Quant au front,

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j'espère que la Providence me donnera la force” d'âme d'y faire mon devoir jusqu’au bout. Un. bon ami à moi, qui était mon chef de section | est nommé adjudant de compagnie. 1 Tout ceci est vétille, mais, chérie, je suis un. peu faible ces jours-ci ayant été fort souffrant. après les évènements du mois dernier. Aussi je. me laisse glisser sur les douces pentes de la. vie. Tant pis si l’on côtoie un précipice. Veuille la Providence nous en écarter!

4 avril.

Chère Chérie maman,

Période d’expectative anxieuse et grosse des menaces prochaines. Mais en attendant, calme, et oisiveté. Je ne puis penser, et me livre à la4 destinée. Chérie, ne m'en veuille pas si, depuis. un mois, Je suis très inférieur. Aime-moi et dis

à nos amis de m'aimer. ;

As-tu reçu ma photographie? C'était à l’heureuse époque de la guerre de position, alors que nous coulions des jours paisibles, ayant pour seuls ennemis les rigueurs de la température. Peu de jours après je devenais caporal et une vie très dure, lourde de labeurs

ingrats, commençait pour moi. Puis, l'orage, dont au moins les lueurs éclairent ma vie.

4 avril, au soir.

Dimanche de Pâques.

Chère mère, nous voici de nouveau sous la garde de Dieu. Nous partons à deux heures pour la tempête. Chérie, je pense à toi, je pense à vous. Je vous aime et je nous confie tous trois à la Providence. Que tout événement nous trouve prêts! En pleine force d'âme, c’est ma prière pour vous comme pour moi. Espoir quand même, mais, avant tout, sagesse et amour.

Je vous embrasse sans rien formuler d'autre.

Toute ma pensée se concentre vers un devoir laborieux.

9 avril, 1° heure.

Chère mère et chère grand'mère,

. Nous partons. Courage. Amour et Sagesse.

Peut-être que tout ceci est écrit pour le mieux

de tous. Je ne puis que vous envoyer tout mon.

amour, ma vie ne subsiste qu'en vous.

5 avril, vers midi.

Chère mère,

efforcer toujours de les HAN Cet après-midi nous aurons besoin de toute notre volonté et de

Votre fils.

6 avril, midi.

hère mère bien-aimée, à midi, nous voici

(4) C'est dans le combat de ce même jour, 6 avril, que disparu 1 aute ur de ces lettres.

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