SUR DOTE
telle détente nerveuse que j'ai pleuré sans savoir pourquoi. C'est ce qu'on appelle prendre les avant-postes après un combat.
25 septembre
Enfer dans le lieu le plus calme et le plus agreste. Gampagne automnale que Ile canon troue et déchire !
27 septembre.
S'il est en dehors de l'enseignement magnifique qui se dégagera de cette guerre quelques avantages immédiats, celui auquel je suis le plus sensible est la contemplation du ciel nocturne. Jamais la majesté de la nuit ne m'apporta
autant de consolation qu'en cette accumulation
d'épreuves. Vénus, étincelante, m'est une amie.
Maintenant je suis familier aux figures des constellations. Il y en a qui tracent de grandes courbes dans le ciel comme pour encerclér le trône de Dieu. Quelle gloire! ét comme on
. évoque le pâtre chaldéen.
Le
0 figures ! premier alphabet!
4er octobre.
Je puis te dire qu’au point de vue de l'esprit, je viens de vivre des journées admirables au cours desquelles tout ce qui était vaines préoccupations fut balayé par un esprit nouveau.
Si tu as jamais une défaillance et qu'une seule de mes lettres te parvienne, qu’elle te dise combien édifiants et précieux auront été ces tourments.
1er octobre, (d'un carnet de notes). -
….. H résulte de ceci que notre souffrance doit être considérée, en chacun de ses instants, comme la plus merveilleuse source d'émotions et de formation pour la conscience... |
Je sais maintenant dans quel domaine ma destinée me conduit. Ce n’est plus vers la hautaine et factice région des spéculations pures, mais dans le chemin de toutes les petitesses journa-
lières, et là, je dois apporter les services d'une sensibilité toujours éveillée.
Je vois combien une nature droite se passe aisément d'artifice dans l'expression pour agir et exercer une influence salutaire. Précieux renseignement, qui me permettrait, en cas de retour, de
UE souffrir moins si le sort ne me permettait plus de peindre.
9 octobre.
… Il paraît que nous avons l'ordre d'attaquer. Aussi, je ne veux pas risquer cette grosse partie sans t’adresser ma pensée dans les quelques instants de tranquillité que nous avons... Tout ici
* concorde à maintenir la paix du cœur : la beauté
des bois où nous vivons, le manque de complications intellectuelles... C'est paradoxal, comme tu le dis, mais les plus beaux moments de ma vie morale viennent de s'écouler…
Sache qu'il y aura toujours de la beauté sur terre et que l’homme n'aura jamais assez de méchanceté pour la supprimer. J’en ai recueilli assez pour meubler une vie. Fasse notre destinée :
que j'aie plus tard à faire fructifier tout ce que
j'ai recueilli à présent. Il est une chose que nul
ne pourra nous arracher, c'est le trésor d’âme que nous avons amassé.
12 octobre.
Jusqu'ici ton amour et la Providence ne
m'abandonnent pas... Nous sommes toujours
dans des bois magnifiques et dévastés, au milieu du plus bel automne. La nature apporte bien des joies qui dominent ces horreurs. Espoir profond et puissant, quelque souffrance qui nous soit réservée.
14 octobre.
Sans doute, chère mère, il y a des renoncements qui coûtent beaucoup d'effort, mais sache que nous possédons tous deux la force d'âme nécessaire pour vivre ces heures difficiles sans haleter d'angoisse à l’idée du retour que nous espérons tous deux.
L'essentiel est de sentir le prix du moment présent et de lui faire donner tout ce qu’il peut avoir de bon, de beau et d’édifiant. Pour le reste, nul ne peut engager l'avenir, et ce serait une torture bien inutile et vaine que de vivre en se demandant ce qui pourra nous arriver. Ne
es
trouves-tu pas que la vie nous a dispensé bien des bonheurs, et qu'un des derniers, et le plus grand, a été de pouvoir enfin communiquer ensemble et sentir notre union? Il y a ici beaucoup de pauvres gens qui ne savent pas où se trouvent leurs femmes et leurs enfants, qui sont
% RU RAR M de
MEN 7 Li He isolés de tout depuis des mois. Tu vois que nous sommes encore des privilégiés.
Chère mère, moins que jamais nous devons désespérer, car Jamais nous n’aurons mieux eu
l'impression que toutes ces agilations et tous ces délires humains ne sont rien en regard de
la part d'éternité que chacun porte en soi, et
que toutes ces monstruosités aboutiront à un devenir meilleur. Cette guerre est une forme de cataclysme qui succède aux anciens bouleversements de notre globe; mais as-tu jamais
vu qu'au milieu de tout cela il y ait une par- celle d'âme de perdue, et que le sentiment d’un
ordre supérieur s’en soit trouvé amoindri? Nos souffrances viennent de ce que notre petite patience humaine est orientée du côté de nos appétits, même les plus nobles. Mais dès qu'elle interroge les choses pour découvrir l'harmonie, elle rencontre le repos parfait de l’âme. Nous
» ne savons pas si cette violence et ce désordre
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n’acheminent pas notre destinée universelle vers le bien définitif.
Chère maman, en conservant le plus ferme et
le plus humain espoir, je t'envoie, ainsi qu’à
orand'mère aimée, mon profond amour.
Envoie également tout mon cœur à nos amis
PR Ne
qui sont dans la peine. Aide-les à tout Supporter : deux croix sont moins lourdes à porter . qu'une seule. Et confiance en notre joie éter- : nelle.
15 octobre, à 7 heures.-
J'ai reçu une carte de toi du 1%. Comme jai de la joie de nous voir enfin reliés l’un à l'autre! À vrai dire, nos pensées ne se sont jamais quittées. Tu m'y apprends le malheur de Marthe, et je suis heureux que tu puisses lui être utile. :Chère mère. voilà notre tâche à tous deux : être utiles dans la minute présente, sans escompter rien de la minute suivante.
. … Oui, sans doute, je sens profondément comme .: loi, que je porte une mission dans la vie. Mais il faut agir à chaque instant comme si cette mission se remplissait immédiatement. Ne réservons aucun petit coin de notre cœur pour . nos petites espérances. Il faut absolument parvenir à ce que nulle catastrophe ne puisse faire . de notre vie quelque chose de tronqué, d'inter- : : rompu, d'inharmonieux. C’est la plus belle : œuvre, c'est celle de ce moment. no A Le reste, cet avenir qu'il ne faut pas inter- FREE tu verras, mère chérie, ce qi al réserve 4