X^KXTRfiS , d'^N. VIEIL AMÉRICAIN
a fartage sa vie depuis vingt-cinq ans entre la France et V Amérique, it nous connaît, il est à même de juger de nos défauts et de nos qualités mieux que nous-mêmes qui serons toujours trop sévères ou trop indulgents, N* est-ce pas du reste une condition rare et qui ouvre étonnamment V entendement que de connaître deux civilisations à fond ?
Comme M. Jouû^dain faisait de la prose sans le savoir, le vieil Américain a produit un livre sans s'en douter : il n'avait pas la moindre idée que ses lettres seraient publiées ; quand il les écrivait, il 'mettait ses réflexions sur le papier^ comme elles lui venaient, pour catéchiser un ami Français ; il cédait sans doute au besoin qui pousse rhomme de bien à faire quelque chose pour aider son prochain dans un moment critique, car c'est une grande angoisse de rester inerte devant un mal qui s'étend et qui poursuit sa marche inexorablement, quand on aperçoit les moyens de l'arrêter.
Comment une lettre du vieil Américain tombant sous les yeux de M. Payot, ce dernier voulut connaître les autres et s'offrit à publier l'ensemble après l'avoir abrégé, serait une histoire
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anecdotique assez pittoresque à raconter y si nous n'étions pressé de parler du fond de V ouvrage et s'il n'y avait en nous V appréhen^on de désobliger un sympathique éditeur qui goûterait peut-être médiocrement d'être montré sous l'aspect d'un esprit actif et curieux dont il n'est pas sûr qu'il soit prudent d'approcher, quand on a, dans son tiroir un manuscrit intéressant qu'on hésite à publier,..
Le vieil Américain dit aux Français : « Vous êtes une race 4ntelligente, aux goûts affinés, supérieure dans le domaine des arts et des idées : le malheur est que vous oubliez le principal, le progrès matériel, sans lequel il n'y a ni bien-être, ni liberté, ni sécurité pour un peuple dans l'état du monde actuel ».
Il fait alors une démonstration de nos faiblesses en termes bienveillants, affectueux, qui procèdent d'un désir évident de nous remettre dans la bonne voie, soit qu'il signale l'état primitif de nos ports dépourvus d'un outillage de déchargement rapide, ou les lenteurs, les complications, V esprit tyrannique de nos services
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administratifs, soit qu'il dénonce les préjugés de nos patrons et de nos ouvriers A l'égard du machinisme ou de la spécialisation du travail, soft qu'il se révolte en cofistatant la survivance des notaires, des avoués et des huissiers qui continuent à opérer dans notre pays d'après les règlements de l'ancien régime,
A ce sujet, une réflexion : comme tout est relatif, il arrive que bien des Français n'ont pas conscience de notre insuffisance économique.
Cela se conçoit, car nous ne sommes pas sans progresser et nous avons aussi de belles usines, des trains rapides, des a^utomobiles, des tramways électriques, des téléphones, des machines à écrire, etc. Il est donc vrai que la civilisation industrielle ne nous est pas étrangère et qu'elle a poussé quelques racines dans notre sol, mais il échappe à la plupart des Français qu'elle n'y prospère pas comme ailleurs et que, devenue sur certains points du globe haute futaie, elle n'est chez nous le plus souvent que broussaille.
Autrefois les progrès étaient lents et devaient s'accumuler pendant un siècle ou deux avant d'en venir à modifier les rapports de grandeur entre les puissances ; aujourd'hui ces progrès
sont si rapides que dans l'espace de vingt ans im Etat peut se trouver en danger pour la seule raison qu'il aura travaillé mollement au lieu de tendre son effort : à proprement parler il n'y a plus de pays immobiles et tous avancent, mais i^eux qui ne suivent pas Voilure, en sont au même point que s'ils reculaient, puisque leurs voisins les éliminent.
La notion de temps est la première de toutes à l'époque oil nous vivons. Un penseur retrouve dans tous les détails de la vie moderne la même préoccupation d'aller vite : qu'il s' agisse de rapprocher les distancer en construisant des véhicules ou des bateaux perfectionnés, de substituer la mécanique au bras de l'ouvrier ou d'introduire une division savante dans les opérations des usines, de quoi s'agit-il en dernier ressort, si ce n'est de gagner des minutes, des heures, des années, c'est-à-dire d'économiser la vie ?
IPour faire voir aux Français qu'ils se sont laissés distancer sur le terrain de la production il importe moins de dérouler devant eux des statistiques et des raisonnements abstraits que de
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placer sous leurs yeux les réalités de tous les jours ; cest la méthode de V enseignement^ par le fait. Rien d'étonnant que le vieil Américain y ait recours : cest celle de son pays y disons aussi que c'est la plus efficace de toutes et que nulle autre ne peut V égaler pour former des esprits justes.
Que fait V auteur 1 II dit '.nous sommes des hommes comme vous, nous avons les mêmes pro- ^ blêmes à résoudre. Eh' hien, chez nous on procède de cette manière, chez vous on agit de telle autre et quel est le résultat ? Aux Etats-Unis le travailleur peine moins longtemps, il est mieux logé, mieux payé, plus apprécié, plus encouragé, plus heureux. Est-ce vrai ? Oui. Regardez ces visages des jeunes Américains qui viennent combattre noblement à nos côtés ; comme ils sont sains et comme ils respirent la bonne humeur !
U auteur revient sur une idée profonde : on observera V insistance avec laquelle il conseille aux jeunes Français d'aller en Améfique et d'y rester quelques années à travailler, à s'imprégner d'un nouvel esprit qu'ils rapporteront au pays natal. Aimable invitation dictée par la politesse QU la sympathie, peut-on penser. Détrompez-
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VOUS : le vieil Américain n'aime pas les phrases, il répugne aux démonstrations platoniques et quand il préconise d'envoyer notre jeunesse à V étranger, nous sommes d'avis qu'il met le doigt sur le ntoyen le plus puissant dont nous disposions pour changer notre pays, car s'il est vrai que les méthodes américaines ou dénommées Mlles, parce qu'elles atteignent leurs formes les plus parfaites aux Etats-Unis, sont le produit d'expériences accumulées pendant une trentaine d'années par des races énergiques et que nous aurions à passer par autant d'épreuves que ces dernières, en mettant les choses au mieux, si nous ^devions les découvrir, n'est-il pas plus simple d'aller les étudier de suite dans les pays qu les pratiquent! Est-ce que les Américains fie viennent pas apprendre chez nous le manie- ' ment de l'artillerie ?
Le séjour à l'étranger obligatoire pour l'élite de la jeunesse française de toutes les classes et de tous les. milieux, idée juste, moyen infaillible de dissiper les préjugés dont sont imbus nos patrons, nos ouvriers, nos fonctionnaires et nos professeurs qui ne peuvent se rendre compte de leur recul que s'ils sont instruits des résultats
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d'aller nulle part. S'ils vont en France, ce sera à l'appel des Français et avec la conscience de bons parents et de bons amis, riches et prospères, se portant au secours deâ plus^ympathiques des ïrères pour les aider à relever leurs ruines.
La France est prête à s'instruire. Avant tout les Américains - apprendront aux Français à ne jamais faire exécuter par des hommes ce qui peut être fait par une macHtne. Grands économiseurs de main-d'œuvre, riches en matières premières, mais toujours à court de bras, ils ont été, depuis cinquante ans, à la tête de toutes les nations dans l'art d'utiliser le machinisme. Ils ont porté le rendement de leurs machines à un point qui, en France, est presque insoupçonné. Ils apprendront aux Français à organiser leurs ports, à les pourvoir de voies ferrées et d'appareils permettant de charger et de décharger les navires avec peu d'hommes et en peu de temps. Vous connaissez l'état primitif dans lequel se trouvent aujour^ d'hui le plupart de vos ports ? En août 1916 il n'y avait pas de voies ferrées sur le port de commerce de Brest. Les navires étaient dé
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chargés à hras d'hommes et les marchandises entasséeâ sur des voitures traînées par des chevaux. Ce travail était interrompu au coucher du -soleil. Dans le port de La Pallice les rares grues à vapeur étaient fixes, de telle sorte que chaque navire devs^it se placer à son tour devant la grue et se déplacer une seconde fois quand une de ses soutes était vide.
Mes compatriotes apprendront aux Français à se servir du téléphone, dont on fait en France un usage modéré -^ et pour cause.
Dans une maison américaine le téléphone n'est pas dans chaque maison mais dans chaque chambre, et sll y a dans une pièce plusieurs bureaux il est sur chaque bureau. Lorsqu'il y a plusieurs compagnies de téléphones, il y a parfois deux et trois téléphones sur chaque bureau, à portée de, la main, de manière à permettre d^atteiridre, non pas une maison de commerce, mais un employé quelconque de cette maison à Tendyoit même où il travaiDe,
Le système d'abonnement français au téléphone à forfait est absurde et devrait être changé. Il est ridicule qu'un particuHer qui téléphone une fois pcgr jour paye le même prix qu'un
hôtel, un magasin de détail, un député, un' journal, ou une banque, qui peuvent demander ou recevoir des centaines de communications.
Un haut fonctionnaire du Ministère des Postes et Télégraphes, dont dépend le service des téléphones, à qui je me plaignais du service, me fit cette réponse admirable : « Oui, Monsieur, le téléphone marche mal et il marchera de plus en plus mal à mesure que l*on augmenter a le nombre des abonnés. C'est fatal. » Ici, en Amérique, le nombre des employés, des fils, des tableaux, augmente en raison du nombre des abonnés. Il ne faut que quelques heures pour s'abonner au téléphone et l'avoir installé chez soi, en France un mois. L'administration du téléphone fait un certain crédit et n'exige pas que les communications soient payées d'avance. Elle ne court, du reste, aucun risque puisque l'abonné en retard dans ses payements risque de se voir refuser toute communication jusqu'à ce qu'il ait acquitté sa facture, ce qui équivaudrait en Amérique à une sorte de bannissement. On trouve le téléphone dans toutes les chambres d'hôtel, dans les gares, dans lés magasins de détail,
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chez les pharmaciens ; mieux encore sur les quais, et même dans la rue. Un système très ingénieux permet de demander la communir cation et d'en acquitter le prix dans l'appareil lui-même, qui enregistre le paiement et fait connaître automatiquement au bureau central que l'argent est encaissé. Ce sont là des petites choses auxquelles nous ne faisons plus atten* tion en Amérique mais que nous apprécions lorsque, voyageant en France, nous en sommes privés. *
Nous avons, nous autres Américains, tant de choses à apprendre des Français que c'est sans orgueil, avec la conscience d'accomplir un devoir de réciprocité, que nous nous efforcerons d'amener les Français à adopter quelques-unes de nos méthodes à gagner du temps et à économiser cette main-d'œuvre qui, dans le monde entier, va devenir si rare.
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