‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 26 sur 36 · LETTRE XXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVII

i CcJa ne sera jamais populaire !» — Le Méf o centripète et les environs de Paris inutilisés. — La vie moins chère par le terrain bon marché.

Lorsqu'on -propose une réforme dans votre pays, et que l'on n'a pas la ressource de dire : f Cela n'est pas Français », on dit volontiers : i Cela ne sera jg^mais populaire ! ». Parbleu, lorsqu'on apporte quelque nouveauté, ou que Ton modifie, même pour le mieux de tous, certaines institutions, on dérange toujours des intérêts privés : il s'agit de savoir s'ils sont plus respectables que l'intérêt public.

Si Ton avait écouté les Maîtres de postes, on n'aurait jamais fait les chemins de fer — mais depuis qu'on les a faits on n'a guère amélioré les transports chez vous. Louis XIV ne mettait guère plus de temps pour venir de Versailles à Paris que vous n'en mettez vous-mêmes pour aller du Louvre à Versailles par les transports publics.

Votre chemin de fer métropolitain a été fait sciemment trop exigu. Au Heu de le raccorder avec les grands systèmes le Conseil Municipal de Paris a exigé des dimensions qui rendaient ce raccord impossible. De plus on a dessiné son parcours de manière qu*il ne puisse servir à sortir de la ville. Si on avait tou|ours raisonné de la sorte, les portes de Paris seraient encore dans Tlle Saint-Louis.

Vous possédez une ville magnifique et des environs charmants; vers lesquels on ne peut malheureusement pas se rendre. Ce sont les « mastroquets » de Paris qui ont imposé un chemin de fer centripète qui ramène toujours les gens vers le centre, pour qu*ils ne puissent pas être tentés d*aller boire à la campagne.

Pendant ce temps-là, les amateurs du Vieux- Paris déplorent qu'on démolisse les vieilles maisons, et qu'on change Taspect de la ville. Il le faut bien puisque vous empêchez les gens d'en sortir. La population augmente, il faut la loger quelque part ; alors on détruit des vieilles maisons qui ont du caractère, au centre de la ville, pour construire des maisons à cinq étages. Si l'on pouvait sortir des murailles et

m^ LETTRES d'un VIEIL AMÉRICAIN

aller habiter à Clamart ou à Saint-Germain, on ne serait pas obligé de détruire la partie la plus pittoresque de votre capitale.

C'est pendant les périodes troublées, comme celle que vous traversez, qu'on peut obtenir que les gens consentent à changer un peu leurs habitudes et, qu'on peut juguler les intérêts privés. Vos gouvernants avaient réservé aux seuls propriétaires d'automobiles la possibilité d'aUer respirer dans les bois. Les autres peuvent faire des lieues dans le métro, ils se retrouveront toujours à la Bastille ou à l'Etoile*

Ceux qui détiennent l'avenir de vos grande, villes feraient avec profit un voyage à Chicago Saint-Louis, Boston, Cleveland, Los Angeles.

Vous verriez que la préoccupation des édiles américains a été de faciliter l'accès de la périphérie à toutes les classes. Ils ont résolu la question des logements à bon marché en rendant facile l'accès des terrains disponibles.

Rendre la vie facile et pas chère, cela vaut autant et peut-être mieux qu'augmenter indéfiniment les salaires. Chez vous on a si peu fait dans cet ordre d'idées qu'on peut faire des procès dans les deux sens,

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