‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 28 sur 36 · LETTRES D^UN VISII. AMERICAIN · texte numérisé non relu

LETTRES D^UN VISII. AMERICAIN

Par "contre^ nous recevons volontiers tous les hommes de race caucasique quels qu'ils soient, et nous faisons de notre mieux pour en faire des Américains^

Au début, ces immigrés acceptent des besogne ittéérfettres dont nous isomnte^ iveui^to de hoûs débaïtâssèï-. N'oû§ he Vôyôhli pâà ta nécessité qu'un Américain balaye les rues, creuse des fossés, abatte du charbon dans les mines, quand des Polonais et des Hongrois sont contents de faire ces travaux en échange de salaires bien plus élevés que ceux de leur ancien pays.

L'ouvrier américain ou en voie d'américanisation, ne se rebelle pas contre la manière de travailler avec la machinerie moderne, tandis que l'ouvrier français se cabre lorsqu'on lui propose de ne faire qu'une partie d'un travail qu'il s'est donné la peine d'apprendre tout entier. Il lui semble, non sans raison, qu'il perd le bénéfice de son apprentissage, si au lieu de faire un fauteuil, par exemple, il doit contempler une machine qui fera le même pied de fauteuil, et toujours le même pied, pendant des jours, des semaines et des années. .

Il y a. là un malentendu*. Il îFaut que Tou-

A UK FftANÇAÎS £(^

vrier d'axt> 'l'artisan digne de ce nom, soit maintenu dans sa profession toutes les fois que cela est possible. Ce n'est pas un ébéniste qu'il faut pour surveiller la machine à pieds de fauteuil, c'est un manœuvre. Peut-être un manchot fera-t-il très bien l'affaire. Quant à celui qui sait travailler le bois, on doit et on peut lui trouver autre chose à faire^ mais cette autre chose doit être des fauteuils ou des objets que la machine ne peut pas faire. Un ébéniste habile pourra également être chargé de diriger 25 manœuvres et 25 machines qui fabriqueront des fauteuils Louis XV.

Le développement du machinisme quE a créé cette spécialisation à outrance, n*ii pas supprimé le gagne-pain des artisans capables, mais leur a donné des travaux nouveaux.

Ah temps de notre jeunesse il y avait des lampistes. Cette profession a disparu avec les lampes^ mais personne n'oserait prétendre qu'il y a moins d'hommes occupés par l'industrie de l'éclairage qu'autrefois, car chaque lampiste a été remplacé par dix électriciens : en perfectionnant les machines à éclairer r>n ( n a multifdié le nombre à l'infini, et daim une

maison où il y avait autrefois dix lampes à l'huile, il y a aujourd'hui cent lampes électriques.

Les Français doivent accepter les machines et diriger ceux qui les surveillent.

Jamais dans le pays du machinisme par excellence, on n'a plus recherché et davantage payé, ce qu'on appelle le « skilled labor », l'ouvrier capable de faire autre chose que de regarder la machiife travailler. Mais il est nécessaire qu'un certain nombre d'hommes accep- ' tent les faciles fonctions, et si les Français ne veulent pas les prendre, il faut que des étrangers en soient chargés.

Déjà avant la guerre, de^ Belges venaient arracher les betteraves dans le nord de la France, des Espagnols cultiver la vigne dans le midi, et des Italiens travailler un peu partout.

Après la guerre, il faudra faire venir d'où on voudra des gens pour faire les besognes que les Français refuseront.

Il ne faut pas dire : « Pas d'étrangers en France 1 » parce qu'avec ou sans machines, la France n'a pas assez de bras, pour cultiver son. sol et en mettre ses produits en valeur.

Cet antagonisme vîs-à-vîs de l'étranger provient surtout de la répugnance des individus et des syndicats à voir s'augmenter une main-d'œuVre qu'ils préféreraient raréfiée pour être payée plus cher.

Nous avons ce sentiment-là aus§i en Amérique, mais jusqu'à présent les hommes à la tête de la politique et des affaires ont su encourager l'immigration indispensable.

Lorsque les Français seront tous employés du Gouvernement, des chemins de fer, etc..

il faudra bîên faire venir des ouvriers pour extraire du charbon, abattre du bois et garder les moutons.

Il falidra faire venir des Balkaniques, des Syriens ou des Russes, et ce sont ces hommeslà qui seront le moins rebelles au travail à l'américaine.

Les Français ne doivent pas protester contre ces méthodes, mais les appliquer, occuper les meilleures places, du droit du plus habile, comme cela se passe aux Etats-Unis.

Ce sont les incapables, les ignorants et les paresseux qui s'opposent, à l'arrivée de la main-d'œuvre étrangère. Les autres, les tra-

vailleurs et les intelligents, appellent au Côn* traire de toutes leurs forces ces emigrants qui les débarrasseront des basses besognes et leur permettront de s'élever dans l'échelle industrielle. '

Les Français débrouillards, doués de personnalité, seront les chefs, les ingénieurs, les contremaîtres de ces envahisseurs.

Ceux qui se font de la popularité en défendant le vieux thème : « La France aux Français » devraient d'abord étabUr^ qu'ils ont au moins six enfants. Si on leur impose cette condition le nombre des orjiteurs sera extrêmement réduit.

Inutile d'aborder la question de la natalité, que tout le monde connaît, dont on parle beaucoup,et qu'on ne peut résoudre qu'en prêchant d'exemple.

Je trouve que l'ouvrier français est parfaitement excusable s'il réduit volontairement le nombre de ses enfants.

Il est presque partout logé d'une manière immonde. Les Français qui viendront aux Etats-Unis pourront se convaincre que la France a tout à faire pour donner à ses ôu-

A UN t^lUNÇAlS 2tï

vriers un logement sain^ vaste et convenable.

La Municipalité de Paris en acceptant cet extraordinaire Métropolitain qui tourne en rond au lieu de projeter dés rayons à travers les environs de la ville, où se trouvent à vingt minutes du centre des centaines d'hectares de terrains inoccupés, a toute là responsabilité des logements insalubres dans lesquels grouille la population ouvrière.

Le problème des logements à bon marché est un problème de transports. Partout où l'ouvrier a trouvé des transports rapides et à bon marché, il a été installer sa demeure et sa famille au grand air.

Tant qu'on maintiendra volontairement l'ouvrier dans le centre de la ville, à proximité des cabarets, ce malheureux serait coupable de créer une nombreuse famille, s'il n'a pour l'abriter qu'une seule chambre mal pourvue d'air, de lumière et d'eau.

»t2 LETTRES d'uN VIEIL AuiRICAlM

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