‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 29 sur 36 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Ce cfae iés Améfibaihé appfèndroitt des Français : économre des ' âéA0i$t i9*tèm9 méui^mt L*h«tie eU^fiMmâ à k maiir TéHeuèfi, 1H1 jour pour vous.

Si les Français ont beaucoup à apprencjje des Américains au point de vue de l'iust^dlation et de l'exploitation modernes des industries, du développement du machinisme, les Américains de leur côté. pour3:ont recevoir de» Français quelques leçons salutaires. Un exemple : si le Français gâche le temps, il ne g^che pas la marchandise, et le pourcentage des déchets dans les industries françaises est gén^r^^ lement inférieur à celui des usines américaines.

Vous nous enseignerez votre Système Métrique, si supérieur à notre système archaïque de poids et mesures. Il n'y a pas un Anglo- Saxon qui ne soit persuadé de la supériorité du Système Métrique. Malheureusement il faut un effort de volonté considérable jpour qu'im peuple accepte la confusion qu'appor-

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tera dans ses habitudes tin changement complet de son système de poids et de mesures. C'est dans des moments de perturbation générale que de pareilles réformes sont possibles. La présence des soldats anglais et américains en France décidera l'Angleterre et TAmerique, espérons-le, à adopter cette réforme. L'Amérique a sur l'Angleterre l'avantage d'avoir sa monnaie basée sur le système décimal, Noos n'avons qu'à nous incorporer une des plu$ admirables choses que le génie français ait inventées : le « Système Métri(jue p.

Nous reconnaissons volontiers que rattachement que vous avez montré, dans vos industries, au vieux système familial a développé chez vous beaucoup plus d'invention, de personnalité et de charme qu'on n'en trouve dans l'industrie ultra-moderne, où la spécialisation et la série tendent à créer Tuniformité. Et nous croyons qu'un jour, lorsque le travail en grandes séries aura envahi le monde entier — mais pas avant — une réaction se produira en faveur des ouvrages originaux, faits à la main ou faits en petites séries, et que tout votre goût trouvera alors son emploi.

En attendant il importe à votre force et à ^votre salut que vous passiez par la production en série pour la plupart des articles que vous consommez.

Vous nous apprendrez à manger, chose que nous ignorons ou plutôt à laquelle nous n'attachons, bien à tort, que trop peu d'importance. Nous prenons de l'extérieur de notre corps un soin méticuleux et nous soucions assez peu de ce que nous introduisons à l'intérieur^ Chez vous nous remarquons des préoccupations inverses. Espérons que nos gars apprendront aux vôtres les jouissances trop ignorées chez vous de la douche quotidienne, mais en revanche qu'aucun d'eux ne nous reviendra sans rapporter à la maison quelques recettes culinaires. Dites-leur, entre autres choses, que la place de l'eau est dans le tub et non pas dans le saladier. Apprenez-leur à faire la salade. Dans le royaume du « bien manger » Français ! vous régnez sans conteste.

Le Français n'est pas assez pratique. L'Américain est pratique, et il vit moins dans le* domaine des idées. Les études classiques, la

vie avec les Anciens ont produit en France des esprits cultivés, mais un peu abstraits. Quel est donc Thomme parfait ?

C'est celui, à mon avis, qui est à la fois pratique, c'est-à-dire de son temps, connaît bien le Passé, qui l'aide à entrevoir et à préparer l'Avenir.

Pour l'homme vraiment distingué, l'argent est un moyen et non un but. Je crois que l'Américain finit souvent par confondre le moyen avec le but. Il court après l'argent et quelquefois, lorsqu'il l'a, il ne sait qu'en faire. Dans son ignorance, il en fait cependant souvent meilleur usage que le bourgeois français cultivé mars rapace et timoré. Le Français sort l'argent de son industrie pour acheter des valeurs à. lots et des maisons de rapport, mais il ne sait pas le sortir de sa poche. Naturellement, ceci souffre beaucoup d'exceptions.

Pour moi je trouve qu'un Français moderne, riche, est souvent un gentleman plus complet qu'un Américain. C'est pourquoi je crois que si les Français ont avantage à se mélanger à nous pour moderniser leurs industries, nous avons avantage à nous mêler à eux pour ap-

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prendre ce qu'on peut appeler : Icf. vie en beauté.

Nous pouvons vous apprendre à jéconomiser le ten^ps, vous pouvez nous enseigner à Tutilisj^y ^vec intelligence.

La plupart dçs Américains, même ceux qui ont des galeries, ignorent ce que c'est que l'art. Bien conseillés, avec beaucoup d'argent, ils peuyent acheter des tableaux magnifiques, mais souvent ils ne comprennent pas la « vie » que ce tableau exprime, ni 1' « époque » qu'il res^ijscite. Ils n'ont généralement pas le sens (Je l'harmonie. Cela fait sortir un Français de ge§ ^onds (Je vojr au ciné sa Majesté le roi CJbarles VII entref dans la Cathédrale de Reims aux sons de la Marseillaise. L'Américain ne ^)roRc^e pas.

Nqus vojis aiiïîpns, même pour vos défauts, (jyi, soit dit ^^ passant, sont un peu les nôtres.

Votre araour de la tradition qui rend votre pays si Jiitéressant, et que vous devez conserver dans tout ce oui n'est pas affaires ou progrès, vous devez le rejeter lors(jue la science est en

Dans l'art de la cuisine, vous êtes incontestablement les maîtres, et nous avons tout à apprendre de vous. Ici, conservez bien entendu la tradition ; vous ne devez pas seulement la conserver, vous devez l'honorer.

Dernièrement à New-Yojk, dans un de nos cercles, un Français qui nous recevait à déjeuner, fit mander 4 la fin du repas le Chef, pour le féliciter au sujet d'un plat qu'il avait particulièrement bien réussi.

Cette idée ne serait jamais venue à un Américain. Il aurait pensé qu'en payant la note et en laissant un fort pourboire qu*aurait empoché le seul maître d'hôtel, il aurait rempli tout son devoir.

Votre compatriote nous expliqua que son geste n'était autre chose que la vieille tradition française, et que les plus grands seigneurs et le* Roi lui-même, n'hésitaient pas autrefois, à faire comme il l'avait fait, c'est-à-dire, féliciter l'auteur responsable d'un bon plat ou d'un repas bien ordonné.

Nous sûmes, de lui, qu'il s'était préoccupé du bonheur de ses convives plusieurs jours à l'avance, qu'il avait eu une entrevue*^parti-

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culière avec le cuisinier pour préparer le repas exquis qu'il nous avait offert.

Il nous apprit également l'importance de la ponctualité dans les repas, sans laquelle il n'y a pas de bonne cuisine possible. La plupart d'entre nous ne savaient pas ces choses, et n'auraient pas compris l'importance de ce détail ; alors notre ami Français nous fit une petite conférence, et nous fûmes surpris autant que charmés de l'entendre.

Nous fûmes stupéfaits d'apprendre qu'il y avait toute une Uttérature française spécialement consacrée à la cuisine. Ceux d'entre nous qui n'avaient jamais visité la France, furent surpris de l'érudition de ce bon Français qui avait recherché avec soin les vins qu'il convenait de boire avec chaque plat, qui avait surveillé lui-même la température des bordeaux, des bourgognes et du champagne. Nous comprîmes la raison du refus autocratique qu'il avait opposé à l'ingurgitation d'un cocktail, pratique néfaste, nous expliqua-t-il, dont le résultat était de détruire et de faire sortir de l'estomac les sucs digestifs, qui donnent la sensation de l'appétit, et qui en même temps

A UN FRANÇAIS âlÇ

se préparent et se concentrent pour digérer les mets. Cette conférence nous fit paraître la France plus belle et plus grande.

Nous comprîmes que si de telles notions sont répandues dans votre pays, et il paraît qu'elles le sont, vous êtes supérieurs à nous, qui d'ordinaire ne mangeons, que pour nous nourrir, et nous observâmes nous-mêmes combien ce repas délicieux fut facile à digérer, et combien la conversation fut brillante à cause de la gradation savante des vins qui apparurent à leur tour et à l'heure voulue.

Nous sûmes aussi que notre amphitryon était membre d'une Académie célèbrç qu'on appelle le « Club des Cent », et dans laquelle on ne peut entrer que si l'on a fait ses preuves comme connaisseur de bonne cuisine, comme appréciateur des plats bien faits, et dans laquelle on ne peut se maintenir que si Ton procure aux autres académiciens les joies de la bouche, non pas en leur payant des festins coûteux et pantagruéliques, mais en leur indiquant les bons endroits où on trouve les bonnes choses et les bons cuisiniers qui font les bons plats. Ceux-ci se trouvent encouragés dans leur art par

la clientèle de ces gourmets et de leurs amîs.

Ce sont là des choses qui paraissent incroyables à des Américains surtout. Nous sûmes que ce groupement n'était pas composé de snobs, de viveurs ou d'oisifs, çiais uniquement d'hommes ayant fait leurs preuves dans toutes les branches de l'activité. Nous apprîmes qu'il y avait parmi les Centistes, des Journalistes, des Conseillers d'Etat, des Sénateurs, des Fabricants d'Automobiles, des Epiciers, des Hommes de loi, un Restaurateur, et même un Fabricant de Soieries.

Pareille institution ne pourrait pas exister dans notre pays. Avec notre tournure d'esprit, elle serait envahie par V argent, et du reste on ne trouverait pas en Amérique, cent Américains sachant manger, et se préoccupant à l'avance de ce qu'ils mangeront le mois suivant.

On confond trop souvent en Amérique ce (jui est cher avec ce qui est bon, et si l'on fait parfois de la bonne cuisine, cela arrive, il est bien rare que ceux pour qui elle est faite, soient capables de l'apprécier.

La bonne cuisine ne se fait pas « en grande série ».

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Lettre xxx

Ld^ \mm syftèiriM àont U» plus pHtôMlqueff^ ijs (V*çiii 9q«it pâ^ moins condamnée.

Il ne faudrait pas que les Français comprenneî^t mal les raisons qui attirent les. Amcricains Q^ez eu?:. Ou aûxie parfois le^ gens pinir leurs vices et les nations pour leurs défauts. Lorsque les Parisiens s'en- vont çn Bretat^iie et qu'ite soï}.t ch^ariflés par les. vieux costumes, les vieilles traditions et les vieux usages âcs populatigns bretonne3, ils ^'emportent pas pour cela en rentrant chez eux; une très haute id^ de lOr civilisation 1;>retonne.*..

Souvent' votre attraction consiste dans votre f^iWesdç,, dans votre inaptitude à la grande in4ustj»ie.

La petite industrie m&nuelle des bazarâ ar^]3ies ^ beaucoup {^ua amus^^te pour le tp.urij|i;e q^ h Cc^uj^et p:a les usines Knipp. Il est pli|& intéressant de regarder un gnai qui ressemelé ime pa^jce de bottes que dd voir mui -

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cher des machines automatiques, dans lesquelles le travail même de la machine échappe aux yeux du visiteur.

Le travail qui se produit à l'intérieur d'une locomotive ou d'un moteur est beaucoup tnoins joli que l'effort d'un attelage qui démarre sur une côte un peu raide.

Si des Américains viennent visiter la France et y vivre, c'est souvent parce que c'est plus drôle chez Vous, ce n'est pas parce que c'est mieux.

Ce sont nos succès industriels qui nous permettent un pareil luxe. Notre présence chez vous loin d'in£b:mer la puissance du machinisme, en est la preuve. Si Vanderbilt ou Gould n'avaient pas construit nos chemins de fer avec l'ardeur que l'on sait, leurs descendants n'auraient pas de châteaux en France.

Mme Gould a fait construire ime reproduction de Trianon dans les Champs-Elysées, c'est un hommage que le machinisme rend à la tradition.

A force d'être traditionnels, vous vous trouverez dans l'obligation de vendre tout ce qui est transportable des monuments du passé aux gens qui n'ont pas de tradition.

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