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LETTRE XXXII

Les Améncains sont un peuple d'idéal. — La Fayette eÈ la guerre actuelle. — Sentimentalité américaine.

On a dépeint les Américains comme des gens ayant un coffre-fort à la place du cœur. On devrait au moins honnêtement remarquer avec quelle facilité ce coffre-fort s'ouvre lorsqu'il s'agit d'une cause intéressante et juste.

L'Américain est sentimental et T Américain est un « peuple d'idéal ».

Ceux qui ont tracé ses règles politiques, avant même de débarquer du « Mayflower n, étaient épris d'un triple idéal de religion, de justice, de liberté.

L^Américain digne de ce nom est un homme qui entend s'imposer certaines règles politiques parce qu'elles sont nécessaires au gouvernement qu'il a créé. En revanche, i! se réserve le droit de faire tout ce qui n'est pas contrake à la règle acceptée librement.

En ce moment le peuple américain tout entier consent à des sacrifices en hommes et en

argent pour défendre une cause qui est celle de son Idéal.

Au sujet de l'entrée dans la guerre des Américains on a dit bien des sottises. Quelques-unes sont si venimeuses qu'on reconnaître cachet germanique, aiasi : « les Américains n'aident la France que pour la dominer, ou par peur pour eux-mêmes ». L'Atlantique n'est il pas une barrière suffisante pour permettre au moins d'attendre ?

Un des principaux mobiles qui décident les jeûnes Américains à s'engager, c'est la dette contractée en 1778 envers La Fayette et ses compagnons.

L'esprit chevaleresque des Français et leur désintéressement ont laissé dans ce pdiys des traces assez profondes pour qu'après un siècle et demi des hommes, dont la plupart ne sont pas les descendants des Américains qui vivaient alors aux Etats-Unis, abandonnent sans hésiter leurs travaux prospères et jettent leurs vies dans la balance.

Il y a peu de pays au monde où un grand mouvement national puisse être ainsi créé pour une idée. C'est le ifiême souffle qui ani-

maît les volontaires Français et Anglais lorsqu'ils combattU'ent pour Tindependance de la Grèce.

Les Américains ne sont pas exempts des défauts humains mais lorsque les événements qui secouent l'univers entreront dans la période des règlements, je crois que dans la bataille des revendications qui suivra celle des armées, les Américains seront les moins avides.

Après l'expédition contre les Boxera, alors

• que toutes les nations européennes exigeaient

de la Chine une indemnité souvent excessive

le gouvernement Américain refusa de se faire

payer son concours.

Après la guerre d'Espagne les Etats- ITnis s*înspirèrent des mêmes principes. L'Amérique avait combattu pour affranchir Cuba du joug espagnol. Elle retira de l'île ses soldats et ^es fonctionnaires aussitôt que sa tâche fut act^>mplie.

J'ai plaisir à vous citer quelques lignes d\m article du « Temps » :

...« L'autre jour, le colonel américain Stanton, devant la tombe du général La Fa\ ttc, au cimetière de Picpus, a dit simplement : a La Fayette, nous voilà 1 » Et ce mot résume, en sa

, ;--f ? .- iV£-!:«ïis»i»^ipe^' •

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brièveté saisissante, tout ce qu'il y a de noble et de généreux dans le geste héroïque de vos alliés d'outre-mer. L'acte des Etats-Unis, c'est un « acte d'amour ».

« L'erreur allemande consiste à croire que le culte du souvenir, le respect des droits acquis, la reconnaissance due aux bienfaits reçus ne comptent pas, dès que la considération des intérêts matériels, le souci du gain, la recherche du succès immédiat peuvent entrer en ligne de compte. Et voici que cet arrivisme grossier reçoit un éclatant démenti de la part d'un grand peuple qui semblait voué, par sa situation géographique autant que par l'immensité des territoires dont* il dispose et des ressources qu'il possède, à des occupations exclusivement commerciales et industrielles... C'est un mouvement d'idéalisme qui a poussé au travers des houles de l'océan Atlantique, vers les rives du Nouveau-Monde, les pèlerins de la May-Flower. Et c'est au même instinct de libération nationale, qn' ont obéilesinsur gents en accueillant avec im enthousiasme fraternel notre La Fayette et ses vadllânts compagnon^ d'àrmeâ »1

Sentiineiitafité américaine.

On représente toujours chez vous VAmericain moderne comme un homme sans cœur, sans pitié, et parfois même sans conscience.

Voyez nos magazines, nos chansons populaires, notre théâtre. Voyez la place que la femme tient dans notre société : tout cela c'est du sentiment, et ce n'est pas du business- Cet hiver, sur le toit d'un de nos théâtres, dans im cabaret de nuit qui était un peu le comble de la no^e New-Yorkaise, on chantait des chansons d'autrefois. Le texte était projeté sur un écran et toute la salle les reprenait, la plupart des spectateurs les ayant entendu chanter dans leur enfance par leius grand* mères.

Elles étaient vraiment rafraîchissantes. Il n'y était pas question de dollars mais plutôt d'une vieille tante qui raccommodait les bas, d'une cuisinière nègre qui savait très bien faire les crêpes, d'un baiser pudiquement donné sous le vieux pommier en fleurs.

Parbleu, quand les Américains font des affaires ils s'y donnent entiers, ils ne pensent

qu'à cela et ils essayent de les faire bonnes. Comme dit leur proverbe : / am not in business for my health, (je ne suis pas dans les affaires pour ma santé), mai^ une fois hors des affaires ils sont pleins de bonhomie et de sentimentalité.

LETTRE XXXlîî

Là feifttfte atiiéritâliie» — L*AmérltaiH« fegète et te f^'tâhçais léger «Mt léi Miiift t^pëfc ëëim«u ft rétranger. '^ Rareté «ks dûmes, tiques» tâche difficile de la maîtrewe de maison. — La vraie femme américaine.

Dans les grandes villes, à New- York surtout» quantité de gens vivent à l'hôtel, ou au boarding house. Parmi les femmes exemptes du souci de tenir un ménage, celles qui n'exercent pas de métier sont désœuvrées tout le jour^

Aussi les rencontre-t-on partout : dans les magasins où elles vont se. distraire et où elles finissent par faire quelque emplette inutile, dans les restaurants, les hôtels désertés par les hommes aux heures d'affaires. Elles trompent leur ennui dans les « bridge parties », les a musical parties » et autres parties. Elles s'habillent et se parent, moins pour plaire au mari qui subvient à leurs fantaisies, que pour rendre jalouses leurs meilleures amies.

Bientôt l'Amérique ne les amuse plus. Elles

viennent en Europe, à Londres, à Rome, à Paris surtout.

Elles rencontrent là des désœuvrés des deux sexes, nés dans lé loisir et pour le loisir, appropriés à leur fonction dès le plus jeune âge. Ces hommes leur apparaissent plus séduisants que le solide et sûr époux dont le labeur entretient leur luxe. L'Anglais leur apparaît plus aristocratique. Habitué dès l'enfance à aimer les femmes plutôt qu'à les respecter, quelque peu lettré, d'un goût suffisamment éclairé grâce à l'atmosphère dans laquelle il vit, le Français oisif amuse souvent l'Américsdne et finit parfois par la captiver. Elle trouve du charme dans la société d'un homme qui sait causer de tout, même de ce qu'il ne connaît pas, sans dire trop de sottises, et qui ne parle pas exclusivement sport comme l'Anglais, ou business comme l'Américain.

Ce sont ces hommes que le touriste rencontre tout d'abord lorsqu'il voyage. Ce sont eux que le dramaturge ou le romancier peignent le plus volontiers. Ils sont le type du Français le plus connu à l'étranger.

Et c'est cette Américaine^ qui a gagné en

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France une réputation de femme légère, superficielle, sans foyer, incapable d'élever ses enfants et de tenir sa maison.

Quelque injustice qu'il y ait à juger toute ime nation d'après quelques centaines d'individus, ces préjugés existent et on ne saurait assez les combattre.

Aux Etats-Unis, pays d'affaires et de réalités, on commence à se douter qu'un pays riche et économe comme la France ne peut être habité exclusivement par des buveurs d'absinthe ou des danseurs de tango.

L'erreiu- des Français sur les Américaines sera difficile à combattre, car ils n'ont pas l'occasion de pénétrer dans des intérieurs purement américains, et pendant longtemps encore ils jugeront d'après les globe-trotters et les femmes qu'ils ont rencontrées en Europe, où elles ont généralement emprunté à vos mœurs ce qu'elles ont de moins respectables.

Comme dans tous les pays neufs et prospères, a main-d'œuvre est rare aux Etats-Unis. Les serviteurs y sont presque introuvables, et ceux qui exercent cette humble et peu enviable profession en sortent dès qu'ils en trouvent

l'occasion. Celle-ci se présente chaque jour* et les maîtresses de maison qui peuvent s'offrir le luxe d'un ou de plusieurs domestiques, doivent s'attendre à les voir partir avant d'avoir acquis une compétence même élémentaire.

Aucun enfant élevé dans une école publique américaine n'envisage l'idée d'entrer au service d'autrui, c'est donc parmi les nègres ou les étrangers que se recrutent les domestiques.

Il n'y a pas de place pour la « résignation » dans notre pays.

Chacun y veut améliorer sa vie, et les exem* pies sont si nombreux d'hommes et de femmes qui se sont élevés au sommet de la fortune, qu'il n'est pas une « bonne à tout faire » qui ne rêve de trôner un jour dans une loge à l'Opéra avec chalet à Newport et hôtel sur la cinquième avenue.

Cette situation aggrave les charges qui pèsent sur la maîtresse de maison américaine.

Quelques milliers d'entre elles désertent le combat, se réfugient à l'étranger ou dans les hôtels et boarding houses des grandes villes, et constituent le type absurde de l'Américaine paresseuse et légère.

Mais la vérité est que les Etats-Unis sont un pays de « homes i et que les femmes qui régnent dans ces « homes » et sayent les rendre confortables et attrayants à leurs maris et à leurs enfants, doivent faire preuve de plus de courage moral et d'activité matérielle que • n'importe quelle Européenne à égalité d'éducation et de condition sociale.

La jeune fille du monde élevée dans le luxe qui accepte les devoirs d'épouse et de mère avec la certitude d'avoir parfois à prép'^^er les repas, laver les plats, rincer les verres, t ut en s'occupant de ses mioches, accepte de gaieté de cœur une situation qui ferait peut-être reculer nombre de jeunes filles françaises de la bourgeoisie. Et ce n'est pas l'exception, c'est la règle.

Les stores de maint joli cottage américain abritent une femme active et affairée, d'excellente iamille, qui a étudié au collège les arts d'agrément, les lettres, et qui parle plusieurs langues.

Le matin, elle partage avec son mari et ses enfants un déjeuner qu'elle a préparé ellemême. Elle balaie, aèr» les chambres. Elle

fait le lunch et le dîner du soir, qu'elle préside, habillée d'une gaie robe blanche qu'elle a lavée et repassée elle-même, car elle veut continuer à plaire à l'homme qu'elle aime, et pour qui elle a sans hésiter abandonné le luxe dans lequel elle vivait. Elle ne sera jamais une entrave à la profession de son mari, elle l'accompagi^ra dans l'est ou dans l'ouest, dans une grande ville ou dans un hameau, dans un ranch ou à une mine, à la ferme ou à l'usine.

On sait que la ménagère française a fait la fortune de la nation par son esprit d'ordre et son économie, mais la femme américaine, elle aussi, a sa belle part dans la prospérité formidable qui est échue à son pays. Elle l'a méritée par son courage, son abnégation et son endurance. Elle est vraiment l'associée de ceux qui forment la partie saine de la nation, de ceux qui veulent s'élever toujours plus haut par le travail au service de l'audace.

Il existé aux Etats-Unis des jeunes filles riches qui épousent des hopimes pauvres et qui entendent que leur mari travaille et fasse sa situation. Il y a des hommes riches qtii épousent des filles sans fortune.

Toutes ces jeunes filles en allant au mariage, connaissent les devoirs que le mariage et la maternité leur imposeront, et les dures conditions dans lesquelles ces devoirs devront s'accomplir.

Elles les acceptent cependant et bien peu désertent leur poste, car même aux Etats- Unis, dans le pays des affaires, il existe une force plus grande que le dollar, c*est Tamour.

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