LETTRE, XXXIV
Lot mal-occHpès : il f*ucka ^coatmuor à leur faire 1» cHmm après la guerre. Il ne faut plus que des bien-occupés e^ 4es très- . occupés en France, si elle veut se refaire. — Psurole de Joffre. — Utilité d'envoyer des délégations françaises en Amérique.
Une circulaire du Gouvernement français a prescrit à tous les hommes de i8 à 60 ans qui ne sont pas à l'armée de se faire inscrire et de s'apprêter à faire un travail s'ils sont oisifs, ou à changer de travail s'ils sont mal occupés.
Ce mot de mal-occupés est une expression très heureuse ; elle devra subsister après la guerre quand on cherchera des travailleurs, non plus pour faire des munitions mais pour faire des charrues et des machines.
On devra « reconstruire ». ^ — Il y a déjà discussion entre les partisans des villages modernisés, et ceux qui veulent refaire le pays « tel qu'il était » avant la dévastation. On reconnaît bien la préoccupation toute particulière des Français de maintenir leur pays dans son caractère.
Nous comprenons ce sentiment, c'est celui du poète et de l'artiste. Cependant ^sont-ce les poètes et les artistes qui vont restaurer une nation épuisée par des années de guerre ?
Va-t-on rémettre dans les villages des Vosges des tas de fumier à côté de puits contaminés, afin de reconstituer Taspect d'avant-guerre ?
Allez- vous reconstruire des usines mal commodes, des maisons insalubres, des ateliers ^ dangereux, et tout cela, pour le pittoresque ?
Au risque d'être qualifié de vandale, je n*hésite pas à dire que rien ne doit être reconstitué comme avant la guerre, si l'on veut que la France se relève de ses ruines, et si Ton veut qu*elle garde rang parmi les grandes nations.
Le maréchal Jcffre à la veille de la bataille de la Marne, lança un ordre du jour dont le passage suivant s'applique aussi bien à la reprise du travail industriel qu'à la reprise de Fôffensive militaire :
«-Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut au pays, il importe de rappeler à tous que le montent n'est pas de regarder en arrière, »
Cette parole devrait être affichée en grosses
lettres dans tous les ateliers, dans toutes les usines de France. Les ouvriers et les patrons peuvent la méditer avec profit.
La tradition historique n'a rien à faire avec le progrès industriel, ce sont des forces qui s'opposent.
M. William Morriss Hughes, le premier ministre d'Australie, une des figures les plus expressives de nôtre époque, a dit à ses concitoyens : « Reconstruct or decay », « il faut reconstruire ou périr ».
La puissance nationale repose sur le nombre et le travail. Le, nombre vous ne le possédez pas. La guerre vient d'aggraver une situation que votre faible natalité rendait dangereuse. De toutes les nations du monde, vous êtes celle qui peut le moins négliger le machinisme et la méthode.
La France est tellement en retard qu'elle offre un champ illimité au développement de ces deux facteurs.
Où apprendrez-vous à vous servir méthodiquement des machines, si ce n'est aux Etats- Unis ? Vous n'y trouverez qu'encouragement et bienveillance. Rem|>lacez donc le service
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militaire par le .service à Vitranger ; refusez les fonctions importantes à tout homme qui n*aura pas exercé sa profession pendant quelques années, au moins pendant quelques raoîs, dans un pays étranger.
Il est nécessaire qu-à tous les degrés de ViSchelle industrielle et sociale vous visitieaî l'Amérique du Nord ; il est nécessaire que les délégations d'ouvriers français s'y rendeiU pour se pénétrer de cette idée que la machine, la vitesse, le travail intensif sont compatibles et même sont seuls compatibles avec un ha\!t salaire et une courte journée de travail.
Il est indispensable que les patrons ou les futurs patrons aillent en Amérique, qu'ils y fassent un stage industriel et se rendent compte que l'attachement au vieux matériel sera la ruine de leur maison et de leur pays. Il faut que les futurs fonctionnaires visitent l'Amérique et qu'ils sachent qu'un fonctionnaire soucieux de ses devoirs doit aider le commerce et l'industrie, c'est-à-dire la vie commune dt; tous les citoyens qui l'ont mis à la place qu'il occupe, pour aider à la prospérité du pays et non pour l'entr'^ver.
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Ceux-là reviendront en France, et persuaderont leurs camarades, leurs confrères, leurs associés, qu'il est coupable d'employer 4 hommes à faire tourner une vieille machine, quand un seul homme suffit à regarder tourner une machine moderne dix fois plus puissante.
Il faut qu'après la guerre on continue sans trêve la chasse aux mal-occupés, parce qu'il n'y aura pas trop de monde pour assurer la reprise générale, non pas du travail à la papa des ancêtres, mais du travail actif, productif, intensif qui relèvera votre patrie.
Travailler moins longtemps ne signifie pas travailler moins. Un mécanicien qui dirige une locomotive marchant à 90 à l'heure est plus fatigué au bout de 6 heures qu'tm mécanicien qui traîne derrière lui un^ train de marchandises à 20 à. l'heure.
n sera donc naturel que le premier travaille 6 heures et le second 10 heures. Le mécanicien du grand express doit être payé plus cher que le fonctionnaire qui fait des trous dans les billets. De même l'homme qui assume une lourde responsabilité, dont toute l'attentiou et tous les nerfs sont tendus jusqu'à la limite
vers na but difficile, doit être payé plus cher et travailler incnns longtemps que celui qui somnole sans responsabilité dans une tâche quelconque.
Un salaire unique pour le même nombre d'heures de travail est une sottise qu'il faudra rayer du cahier des revendications ouvrières.
244 LETTRES D'UN VIEIt AMÉRICAIN