LETTRE VI
Quelques bons livres. — Nos architectes vont chez vous depuis longtemps, mais les vôtres peuvent aussi apprendre chez nous.
Depuis la guerre, des auteurs français, et non des moindres, ont écrit des livres remarquables, dans lesquels ils ont eu le courage de (lire la vérité à leurs compatriotes. « Notre A\'enir » par Victor Cambon, « Agir » par Herriot, « Pour Renaître » et « Vers la démocratie nuiivelle » par Lysis, ne mâchent pas la vérité ;l vos concitoyens.
C'est pourquoi je pense que des observations, même venant d'un étranger, peuvent ùtre reçues sans mauvaise humeur, surtout lorsque cet étranger, qui a vécu longtemps dans votre pays, en reconnaît les charmes plus encore que les défauts, et ne s'illusionne pas sur les al>iis qui existent aussi en Amérique.
La France serait un pays incomparable si t'ih- acceptait de rejeter quelques vieilles traditions pour adopter des méthodes plus modernes.
L'Amérique a plus à prendre de la France que la France de l'Amérique, mais elle le sait et elleM prend.
Nous envoyons beaucoup plus' de nos jeunes gens étudier en France que vous n'envoyez de jeunes Français étudier en Amérique. De plus, votre pays est si attrayant qu'une grande partie d'entre nous le visitent en touristes, et emportent une impression heureuse de la France.
Un voyage d'affaires même, qui amène en France un acheteur américain, est un véritable plaisir. Notre pays offre moins de ressources au point de vue pittoresque et artistique, vos compatriotes esquivent autant qu'ils le peuvent un voyage outre-mer.
Ce ^ont donc des Américains qui viennent en France pour acheter, ce sont aussi des Américains qui viennent en France pour vendre.
Il y a dans votre capitale, dans vos principales villes, des colonies américaines importantes. Ce sont des jeunes gens qui viennent apprendre l'architecture, la peinture, la musique. Ce sont des Américains qui viennent acheter vos modes, vos nouveautés ; ce sont les Américains riches
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qui viennent passer l'hiver dans votre Riviera, chasser le renard à Pau, prendre des eaux à Vichy, 'à Aix-les-Bains, des bains de mer à Dînard, et laisser pas mal d'argent au Casino de Deauville. Ce sont enfin ceux qui, trouvant la vie moins fiévreuse, plus câline, plus douce, transportent leurs pénates à Paris dans le fjuartier dit : des « Etats-Unis » et dépensent chez vous l'argent qu'ils ont gagné chez eux.
De tout cela certains Français ont tiré des conclusions fausses : « Pourquoi, disent-ils, irions-nous apprendre Tarchitecture aux Etats- Unis, puisque trois cents Américains sont en permanence à Paris pour recevoir notre instruction à l'Ecole des Beaux-Arts ? »
Les architectes français qui iraient en Amérique apprendre nos manières de construire ne perdraient pas leur temps. Certes, ce n'est pas là qu'ils apprendraient l'art grec ni la connaissance des styles, mais ils apprendraient avant de construire une maison, à faire le plan complet de l'électricité, du chauffage, de l'écoulement des eaux, etc.
Ils apprendraient la méthode rapide de faire
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des constructions. Ils apprendraient aussi une multitude d'emplois de matériaux qu'on ne connaît pas chez vous où Ton construit encore trop souvent comme au moyen âge.
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