‹ Lettres d'un vieil Américain à un FrançaisChapitre 8 sur 36 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Eloge de la France par Edison. — Les Français sont d'admirables patriotes, des hommes bien élevés, instruits^ mais passifs et bureaucrates.

Notre illustre savant Edison a parlé de la France en ces termes, auxquels nous souscrivons tous avec tout notre cœur et avec toute notre conscience.

« Pour moi cette guerre a prouvé que la France est Tétendard du monde. En elle nous voyons une nation, réellement gouvernée par un peuple qui Taime sincèrement, combattre et se sacrifier avec un enthousiasme sans ègoïsme, qu'on ne rencontre nulle part ailleurs.

On trouverait peut-être un équivalent dans les exploits de nos Américains aux jours de notre guerre révolutionnaire, mais je doute même de cela. A mes yeux les Français prouvent qu'ils sont le vrai peuple du monde, le

peuple le plus magnifique peut-être que le

monde ait jamais connu, car il joint à un pouvoir merveilleux le dévouement absolu qui le porte au sommet du sacrifice presque fanatique.

Dans la France^ je vois la nation qui a cherché et a trouvé plus de réahté qu'aucune autre nation. Les Français possèdent une culture réelle et non V habileté commerciale et la réalisation pratique seulement comme les Américains, et non la tradition de l'argent venu par héritage comme les Anglais. Ils ont une véritable aristocratie, non d'argent comme la nôtre ou de naissance comme l'Angleterre, mais d'une valeur pure.

Et ils nous montrent, en ces jours, l'avan-p tage de ne pas adorer l'argent comme nous en Amérique ou la caste comme les Anglais, ou le militarisme comme les Allemands ; ils nous . montrent encore plus clairement un patriotisme admirable, dévoué à un degré superbe.

Et peut-être le mieux de tout est qu'ils se sont montrés dans cette guerre terrible exempts d^ cette brutalité qui a caractérisé si générald^» ment leurs ennemis allemands. Ma ferme conviction est que la destruction de la France

'•^vj'^^

70 I^ETTRES d'un VIEIL AllÉRICAIN

serait le pire désastre que pourrait subir le monde. » (i)

De cette citation nous voulons retenir ceci : te La France possède une culture réelle et non pas seulement Thabileté commerciale et la réalisation pratique comme les Américains* »

Pour moi j'accorderais aux Français toutes les qualités que leur donne Edison et en plus j'ajouterais que les Français possèdent parfaitement l'habileté coitimerciale et la réalisation pratique. Quand ils y ajoutent encore l'avantage de la culture réelle, ce sont des hommes tout à fait supérieurs.

Malheureusement, ils sont généralemenl écrémés et endigués vers le fonctionnarislne. Ils deviennent professeurs, juges, officiers, diplomates, préfets. Parfois même, après avoir atteint le plus haut degré de culture, ils ne font rien que de toucher les loyers et les coupons des obligations que leur ont laissés leuts pères. A ceux-là nous n'avons rien à dire et rien à apprendre, s'ils sont satisfaits de leur sort ; nous ne les envions pas, et nous regret-

Ci) E*lrail de ï Observer efeJLondtej,

ACHMAUÇAld 71

tons de voir de belles intelligences, admirablement cultivées, qui ne sont pas employées.

Je parle pour ceux qui ont besoin de faire leur situation, pour ceux qui n'ont pas été pourvus par leurs parents. Le nombre des fçremiers va âù teste diminuer, par suite des impôts formidables que TÉtat devra mettre sur les revenus et sur les héritages. Et, lorsque ces Français bien, élevés et bien ëduqués devront tirer parti de leur instruction et diriger leur activité sur un terrain pratique, je leur répéterai qu'ils ont tort de tourner le dos à notre pays,, où leurs véritables qualités sont appréciées à leur juste prix, et où leur nationalité^ Idin d'être uhe gêne, leur créera une sympathie générale et ouvrira devant eux toutes, les portes.

72 LETTKM B'VN YUUl. AMiueAIlf

Page 1