LE GÉNÉRAL HUSSON
Le Sénat vient de perdre un membre ! le reste du corps se porte bien, ce qui n'est pas une mince consolation dans une si grande douleur. Le général Husson est allé voir dans l'autre monde ce que Ton pense de celui-ci, et il vient, j'aime à le croire, d'échanger sa stalle de sénateur contre une lyre de séraphin. M. Troplong, prononçant l'apologie du défunt, a saisi l'occasion de faire applaudir et de chanter son morceau d'éloquence sucrée. Le Mathusalem du Sénat excelle dans les braisons funèbres, et sa manière consiste à peindre des sentiments qui n'ont plus cours dans un français qui n'a pas de sens. Il ensevelit les mémoires des trépassés sous une jonchée de lieux communs, et il semble que ses paroles aient le don d'adoucir les regrets et d'avancer l'oubli. Il est difficile, je le sais, de louer des morts inconnus, quoique sénateurs. Où il n'y a rien M. Troplong perd son droit, et je ne crois pas qu'il l'ait jamais bien su.
En tout cas, s'il Ta bien su, il l'a bien oublié. C'est le petit Bossuet du petit Luxembourg ; mais on n'ob-
tient que des diminutifs dans des temps comme les nôtres. M. Troplong est cependant un fonctionnaire de premier ordre et d'un agréable spectacle. Seul immobile au milieu de ses collègues sans cesse renouvelés, il siège comme un immortel parmi des éphémères et oppose orgueilleusement à la fragilité cTautrui sa résistance séculaire. On sent qu'il a dans sa poche autant de discours nécrologiques que de sénateurs sous sa férule, et il les placera, pour peu que Dieu, qui lui prête vie, n'exige pas de remSoursement. Il est solide comme sa chaise curule et blanc comme les pommiers en fleurs. Il sait qu'un peu d'égoïsme ne messied pas à ceux qui veulent longtemps vivre, et il a heureusement justifié ce joli mot d'un homme d'esprit : « Le Sénat a soin de la Constitution de l'Empire « et M. Troplong de la sienne. »
Le général Husson, dont j'ai dessein de dire quelques mots, n'a pas attendu son honorable président. Il est parti devant, comme un courrier qui précède son maître. Ce brave s'est éteint à Fontainebleau sans avoir pu achever le printemps de sa quatre-vingtdeuxième année. Il eut dès sa jeunesse la vocation militaire et, soldat comme tant d'autres, il suivit le vol rapide des aigles victorieuses. Il vit le soleil d'Àusterlitz et les neiges d'Eylau. Sa vie tient dans ces deux lignes : « Il commença par donner des coups de sabre « et finit par en recevoir. »
La fortune ne lui fut pas longtemps fidèle : fait prisonnier en 1808, il connut, six années durant, le régime des pontons anglais. Il en sortit, ayant au cœur
la haine d'un peuple auquel il attribuait à tort les infortunes de son pays, et avec raison les siennes. Ses rancunes étaient plus profondes que celles du marquis de Boissy et plus légitimes aussi. Jamais, depuis son malheur, il ne put supporter ni reloge, ni la présence, ni la photographie d'un Anglais. Il unissait, comme de raison, sa haine de l'Angleterre à son amour de l'Empereur, et il était de ceux qui disent encore : « La perfide Albion et le petit caporal ! » Brave général Husson!
Sa maison de Fontainebleau était remplie de marbres et de portraits, de lithographies et de gravures représentant Napoléon à tous les âges, dans toutes les poses et dans tous les costumes. Il y avait quelque chose de touchant dans cette dévotion d'un fanatique à une idole et dans ce respect d'un vieillard pour un mort. Sur un buste de l'Empereur qui décorait le fond de son jardin, il avait tracé de sa main ces paroles étonnantes : « Il mourut assassiné par l'oligarchie « britannique. » A la lecture de cette prodigieuse inscription, on devine que son auteur est de la race des naïfs, des crédules et des fidèles. Et de fait il avait appris dès l'enfance à obéir sans discuter, à croire sans comprendre, à se dévouer sans réfléchir. Comme il avait appris, il agissait. Brave général Husson !
Le général Husson, simple capitaine à la chute de l'Empire, n'eut pas à se plaindre des monarchies suivantes, dont l'une grossit, l'autre étoila ses épaulettes. Plus il avançait dans sa carrière, plus il reculait dans le passé. Dans son esprit peuplé des songes d'autre-
fois, il remuait incessamment le souvenir des victoires gagnées et des batailles perdues. Dieu réservait une grande joie aux derniers jours de ce vétéran. Le prince Louis-Napoléon, sorti de prison et revenu d'exil, avait donné le deux décembre pour pendant au dix-huit brumaire, et mis du même coup d'État les représentants à l'ombre et 1 Empire en lumière. Le général Hussbn se sentit rajeuni à la pensée qu'il allait servir le neveu comme il avait servi l'oncle. Ébloui à la vue des soldats en armes et du peuple en désordre, il pensa que depuis Strasbourg on n'avait rien entendu d'aussi fort et rien vu d'aussi grand. Brave général Husson !
Il croyait voir la redingote grise redevenue de mode et le petit chapeau remis en forme. En regardant la colonne avec l'orgueil d'un Français, il lui semblait que les victoires sculptées sur les spirales d'airain allaient reprendre leur vol et continuer leurs voyages. Il s'attendait à de grandes choses et à de hautes fonctions: on le nomma du Sénat et on l'entretint du Mexique. Fut-il satisfait de la politique suivie et des guerres entreprises? Je le crois, car il n'avait ni la volonté d'être exigeant, ni le courage d'être sévère. Il vota comme il se battait, par enthousiasme, et sénateur, prit la douce habitude de ne jamais parler et d'approuver toujours. Brave général Husson !
Malgré le silence régulier dont il était observateur, il sentait parfois poindre en lui des velléités belliqueuses. C'était un volcan mal éteint dont le cratère s'ouvrait encore. Malgré leur innocuité bien connue, ses éruptions avaient le don d'étonner le public et d'in-
quiéter les voisins. Souvent, dans les discussions du Sénat, il sautait sur son banc comme un poisson sur l'herbe et mêlait aux discours de ses collègues des interruptions vigoureuses qui joignaient au retentissement du tambour les douceurs de l'imprévu. A un sénateur essayant de définir le patriotisme, il lança un jour cette foudroyante apostrophe : « Le patriotisme, c'est de se taire. » Ses mots brillaient par une concision militaire et une fermeté virile. Il disait aux ministres vantant leur administration : « Donnez-nous « de bons préfets. » Hélas! les ministres ressemblent aux plus belles filles du monde : ils ne peuvent donner que ce qu'ils ont. Ils avaient M. Limayrac, ils l'ont donné. Aussi lés préfets montrent souvent un excès de zèle compliqué d'un défaut d'aptitude; c'est ma pensée; c'était aussi la tienne, brave général Husson !
Il ne convient pas de le juger sur ses allures de guerrier et ses boutades de sénateur. Chez lui le fond valait mieux que la surface, et il rachetait largement ses ridicules apparents par ses vertus discrètes. Bien peu savent ce que le mur de sa vie privée abritait de nobles œuvres et d'expansive bonté. Sa charité n'exceptait personne, et ses bienfaits dépassaient sa fortune. Les malheureux aimaient son hospitalité, et il appliquait au soulagement des souffrances humaines tout ce que son traitement lui faisait de ressources, la vieillesse d'activité, et le Sénat de loisirs. Il a obtenu la double récompense du rôle qu'il a joué et du bien qu'il a fait : un discours de M. Troplong et les regrets des
pauvres. Les regrets en disent plus et valent mieux. Brave général Husson !
En dehors de toute attache officielle, il fut honnête, simple et bon ; c'est pourquoi il se prolongera longtemps dans le cœur des amis qu'il laisse et des heureux qu'il a faits. Il fut général et sénateur dans un temps qui fourmille de sénateurs et regorge de généraux. Ni le grade, ni les fonctions ne font le bonheur et ne donnent la gloire. Les grands hommes du jour rendent au même moment leur corps à la terre et leurs noms à l'oubli. Gomme des vaisseaux que chasse le vent, ils disparaissent de l'horizon sans laisser leur souvenir aux rives parcourues et leur sillage à la mer oublieuse.
Le général Husson est mort avant d'avoir appris la défaite de Théodoros et la prise de Magdala ; PÀbyssinie lui eût rappelé le Mexique. En comparant les triomphes anglais à nos propres échecs, il eût senti se réveiller ses haines et son orgueil gémir. Pourtant la réflexion vaut mieux que la colère, et dans chaque événement que Dieu accomplit par les hommes, il y a, pour qui veut méditer, une leçon ; pour qui veut profiter, un exemple. Tout contraste a ses raisons et porte ses fruits. La sagesse et l'erreur ont pour résultat le succès, qui est la récompense de l'une, et la défaite, qui est le châtiment de l'autre. Ma conclusion se devine : ce sont les peuples libres qui sont les plus sages. Les Anglais se gouvernent et nous sommes gouvernés ; nous proposons et ils disposent. Chez eux la reine, comme celle des abeilles, tient le sceptre et non
le glaive, la place et non le pouvoir, la couronne et non l'aiguillon.
Chez nous, c'est autre chose ; toutefois, je discute non sur le mérite des gouvernements, mais sur le sucées des entreprises. Les Anglais sont allés en Abyssinie pour la délivrance de leurs nationaux captifs ; nous sommes allés au Mexique pour le recouvrement d'une créance contestée. Ils n'ont pas cherché k susbtituer la race anglo-saxonne à la race abyssine, et, trop pratiques pour être rêveurs, ils se sont contentés de battre un empereur sans essayer d'en implanter un. Ils furent économes, nous avons été prodigues; nos victoires furent chèrement achetées, leur triomphe fui sans larmes ; leur expédition dura trois mois, la nôtre six ans ; ils ont eu des généraux habiles, nous n'en avons eu que de braves; enfin leur ennemi Théodoros se donna la mort, et notre protégé Maximilien la reçut. Sans prolonger plus longtemps ces douloureuses oppositions, je demande de quel côté se sont trouvées la raison, la sagesse et la fortune? Je n'ose répondre. Toutefois, l'étude de cette question peut servir à l'instruction de ceux qui jugent les hommes, comme à l'intelligence de ceux qui les gouvernent.
Hélas! M. Devienne, rapporteur de la loi sur la presse, a déposé son mémoire, et les princes et les juges liront de préférence ce remarquable opuscule. M. Devienne, conjuguant son verbe jusqu'au bout, est devenu un personnage qui réunit dans une garde-robe d'élite l'habit brodé du sénateur à la toge du président. Dans un style aussi châtié qu'un con-
damné de la sixième chambre, il oppose les dangers de la liberté aux agréments du pouvoir. Tons les goûts sont dans la magistrature. Si les anciens partis effrayent le président, les nouvelles lois le rassurent. Allons! il y aura encore pour la presse de mauvais jours et de bonnes condamnations. Qu'importe! en manière de consolation nous pouvons répéter le vieil adage de nos pères : t Écris ce que dois , Devienne que € pourra. »
Mai 1868.
COMMENT S'EXPRIMA LE GRAND BRABME A i/ OCCASION DU PRE- MIER BAIN QUE PRIT DANS LE GANGE L'HÉRITIER DU TRONE DU BENGALE. LES VARIATIONS DE M. ROUHER, LES DÉMOLI- TIONS DE M. HAUSSMANN. M« LE COMTE DE CHAMBORD ET SON VOYAGE EN GRÈCE.
Il y avait au siècle dernier un voyageur curieux de s'instruire et pressé de raconter. Il parcourut le monde plutôt dans son intérêt que dans celui de la géographie, et eût mieux aimé découvrir une jolie femme qu'un grand fleuve. Il était aimable et philosophe; mais ces détails importent peu. Ce voyageur nous apprend que jadis , au Bengale , florissait un prince majestueux, redouté de ses voisins et même de ses sujets, ce qui généralement pour un prince est le comble du bonheur et le signe de la puissance. Le monarque en question préférait les guerriers à la guerre et les maçons aux laboureurs. Il s'était marié suivant
son penchant et gouvernait selon l'usage. Il possédait une armée innombrable et un fils unique. Si le choix lui eût été laissé, il eût préféré peut-être un soldat de moins et un fils de plus. Mais le choix ne lui fut pas laissé.
L'héritier du trône de Bengale atteignit vite l'âge heureux où la raison vient aux princes. Déjà son royal esprit éclatait en mots charmants et sa jeune renommée courait de Madras à Bénarès. Les poètes qui ne cherchent que la vérité le comparaient aux fleurs qui s'ouvrent, mais les poètes qui voulaient une récompense l'assimilaient au soleil qui féconde. Ce dernier parallèle était de beaucoup le plus flatteur, car si le Bengale a des feux sans rivaux, il a des roses sans parfum. Les sages qui lisent dans l'avenir prétendaient que l'enfant serait plus grand que son père, espérance irrévérencieuse peut-être, mais réalisable pourtant. Les guerriers et les brahmes le comparaient à Vichnou dans sa deuxième incarnation. Quant aux opprimés, ils ne disaient rien, par la simple raison qu'il ne pouvaient rien dire.
Quand le prince eut, pour la dixième fois depuis son enfance, vu le retour des hirondelles, on jugea qu'il était temps de l'initier aux mystères que Brahma communique aux seuls élus sortis de sa cuisse. Quelques lunes après on résolut de le plonger pour la première fois dans le Gange aux eaux sacrées qui purifient le corps de ses souillures et l'âme de ses erreurs. Ce fut une cérémonie touchante dont le Bengale reconnaissant ne perdra pas la mémoire. Une foule immense accourue des extrémités de l'empire bordait les deux rives de la
divine rivière ; le flot sur lequel glissaient des barques pavoisées réfléchissait dans son cours les ornements des brahmines et les casques des guerriers. Partout des femmes, dont la toilette rivalisait avec le plumage et la voix avec le chant des oiseaux. Enfin la trompette belliqueuse retentit dans le lointain et le roi parut entouré de ses courtisans, comme le soleil des étoiles. A son apparition, toutes les têtes se courbèrent jusqu'au sable du rivage et se relevèrent trois fois pour s'incliner encore. Cette preuve évidente d'amour sembla réjouir le monarque, dont le visage s'éclaira d'un de ces sourires étranges dont aucune image ne saurait rendre l'expression et aucune langue la douceur. Bientôt s'avança le grand brahme, dont les austères vertus faisaient l'admiration du religieux Orient. Pendant dix années consécutives il avait conservé son pied droit dans sa main gauche. Grâce à la faveur de Vichnou, il avait gardé pendant dix ans cette position, plus gênante qu'il ne semble au profane vulgaire. Jamais, soit par un mouvement, soit par une parole, il n'avait rompu son immobilité de statue et son silence de muet. Depuis, il avait prononcé tant et de si beaux discours et couru aux honneurs d'un si rapide galop, qu'on sentait ce qu'avaient dû lui coûter l'obligation de rester en place et le devoir de se taire. Il recevait année commune un million de roupies neuves, dont il remerciait le prince et rendait grâce aux dieux. Il n'aimait pas les parias, c'est-à-dire ces personnages singuliers qui, retirés du monde et de ses affaires, s'éprennent de la solitude, du silence et des ruines. Mais tous les goûts
sont dans la nature des brahmes, laquelle est une belle nature.
Au milieu des brahmes se tenait le fils du roi, montrant ses membres gracieux à la lumière d'un jour d'été. L'enfant tremblait comme s'il eût eu le sentiment de la petitesse de son être mise en regard de la splendeur des choses. Le Gange sinueux déroulait à l'infini ses larges eaux, dont la source est le front d'un dieu. Le grand brahme saisit l'enfanl et le plongea trois fois dans les flots consacrés, où depuis tant de siècles les fidèles viennent chercher l'expiation qui rachète ou la mort qui délivre. A chaque fois le peuple baisait la terre, et le . chant des brahmes se mêlait au retentissement des cymbales. Quand tout fut fini, le fleuve continua de pousser vers la mer ses ondes, que le contact d'un prince ride moins que la chute d'une feuille ou le souffle du vent.
Alors le grand brahme, tourné du côté de l'Orient vermeil, saisit l'occasion de prononcer un discours qu'il avait préparé dans le silence du temple et les loisirs de sa charge. S'adressant au jeune prince encore ruisselant des perles du Gange, il ouvrit sa bouche inspirée où le dieu de l'éloquence ne dédaignait pas d'habiter. Voici les vers qu'il chanta, car c'est dans la langue des dieux que s'expriment tous les brahmes qui se respectent, et ils se respectent tous :
Les hommes et les flots, la campagne et les bois, Enfant, t'appartenaient dès que tu vins au monde, Plus blond que le miel d'or et que la moisson blonde, Charmant reflet du Dieu qui s'incarna neuf fois !
Sur ton visage aimé la grâce est répandue, Enfant béni, qui viens de plonger aux flots clairs Du Gange, que Shiva, maître de l'étendue, Lança comme un ruban qui va du ciel aux mers !
Ton corps brillait sous l'eau qui rachète et qui lave; Et ton père, qui tient l'univers dans sa main, Dont le meilleur de nous n'est que l'indigne esclave, D'un regard attendri suivait ton premier bain.
Les juges, les guerriers, les brahmes, caste sainte, Gardiens de Tordre humain par eux seuls assuré, prince, avec amour baisent l'auguste empreinte Qu'aux fanges du chemin laisse ton pied sacré.
Devant mes yeux parait l'avenir, et l'histoire De l'Inde que le Gange enserre de ses bras; Je vois se dérouler tout un siècle de gloire Que commença ton père et que tu fermeras.
Gomme le grand brahme était aussi éloquent que prolixe, on comprendra que je né puis traduire dans son intégrité une harangue qui dura depuis le lever du soleil jusqu'au déclin du jour. Le voyageur auquel j'emprunte ce récit, tout en admirant la soumission du peuple du Bengale et le discours du grand brahme, ne pouvait s'empêcher de trouver de l'exagération dans l'une et de la flatterie dans l'autre. 11 se souvenait des cérémonies de l'Église chrétienne, ce qui le rendait difficile pour les pompes du culte hindou. Il avait vu des évoques parler aux princes de la terre et même à leurs enfants : Principibus terrœ et filiis eorum, et savait de quel air ils opposent à la fragilité du roi l'éter-
nité du dieu. Les prélats de la vieille Europe ne se doublent jamais de courtisans vulgaires (1). Ils ramènent les monarques que la folie transporte ou que l'orgueil égare à la recherche de la voie droite et au sentiment de leur poussière. Ils saisissent toutes les occasions possibles de dire à un souverain qui s'exerce à régner : « Sire, préférez le bonheur du peuple au vôtre, l'éco- « nomie à la dépense, la continence à la luxure, les « laboureurs aux soldats, la justice à votre intérêt et la « vérité à Platon lui-même. » Sans ces qualités que j'énumère et quelques autres que j'oublie, il est plus facile de faire entrer un sénateur dans un trou de souris qu'un roi dans le royaume des cieux.
Ce mot de «sénateurs» m'est une excellente transition pour revenir du Gange à la Seine, du passé au présent et du Bengale en France. Les sénateurs, en effet, auraient le privilège de nous faire tomber des nues, si, d'aventure, nous nous élevions jusqu'à elles. Les dignitaires ont écouté M. de Ségur émettant des doctrines à terrifier la grande ombre de d'Aguesseau, et ils ont refusé d'entendre M. Sainte-Beuve leur servant une causerie d'élite et une perle de choix. Il n'y a au monde qu'un seul lieu peuplé où M. Sainte- Beuve eût pu crier comme il eût fait au désert : ce lieu étrange, c'est le Sénat. Ce nouvel Orphée, qui partout aurait pour auditeurs jusqu'aux ignorants doués de goût et jusqu'aux murs ornés d'oreilles, ne peut attirer à sa voix ce que le jardin du Luxem-
(i) Je ne dis pas cela pour Mgr l'archevêque de Paris*
bourg possède d'arbres centenaires et de gazons antiques,
M. Rouher, qui fit voter la loi sur la presse aux sénateurs libéraux , convertira-t-il au libre-échange les députés protectionnistes? J'en doute ; mais tout est possible ici-bas, même et surtout l'impossible. M. Rouher a pour faire triompher sa cause le meilleur de tous les arguments, son exemple; si jadis il a soutenu la République naissante et les tarifs protecteurs, c'est qu'il ne trouvait aucune chance de durée aux gouvernements- et aux institutions qui prévalaient alors. Depuis, défendant ce qui lui paraissait définitif, c'est-à-dire l'Empire et les traités de commerce, il a prouvé ce que l'on pouvait gagner au libre-échange des opinions et à la connaissance des hommes. M. Rouher aimait la République comme nous aimons le printemps, la jeunesse et les fraises, tout ce dont on use et qui passe. Cette explication du mouvement donnée par un ministre en place est assez jolie pour séduire, assez plaisante pour désarmer. Il est beau de voir un homme politique s'offrir aux forts, comme un agent; aux faibles, comme un appui. Que les gouvernements tombent ou s'installent, le vrai citoyen ne s'étonne ni de leur chute, ni de leur triomphe ; il est assez sûr de lui pour ne jamais lasser leur bonté, s'ils sont périssables, leur patience, s'ils sont éternels.
De M. Rouher à M. Haussmann et du libre-échange aux démolitions, la pente est naturelle et le voyage aisé. Le préfet continue le cours de ses destructions avec une audace que le succès couronne et l'irrespon-
aabilité rassure. Paris ressemble à une ville prise d'assaut; les maisons, chancelant comme des hommes ivres, s'abattent aux pieds du passant, qu'elles recouvrent d'un nuage de poussière et d'un orage de débris. Une partie de la rue de la Paix s'écroule en ce moment sous le marteau des ouvriers, et on dirait queM.Haussmann cherche un trésor caché dans les caves des édifices ou sous les pierres des tombeaux. Sur la place où s'élevaient des bâtiments à six étages vont surgir des bâtiments pareils. La même indifférence atteint les Parisiens et les nomades. Nous laissons faire, ou plutôt défaire, et je me demande pourquoi on construit de grandes maisons pour des gens qui mériteraient si bien d'être logés dans les petites.
Ce n'est pas sur ce sentiment amer et découragé que je veux arrêter ces lignes. Béranger disait : «Je n'ai flatté que l'infortune. » Bien peu d'autres que nous suivent aujourd'hui ce noble précepte du poète. Je m'en suis souvenu en lisant le récit du voyage que vient d'entreprendre en Grèce un prince que la France devait avoir pour roi et n'a plus même pour citoyen. Presque au même moment, les aïeux de monseigneur le comte de Chambord ont apporté à la France la liberté, à la Grèce la délivrance; nous avons oublié, mais les Grecs se soi
Partout 1 maison de Bourbon a
reçu les hoi qui voyait en lui la
plus grande laute infortune de nos
malheureux temps. «Prince! c'est la, sur cette terre d'Helïas que ''art et le génie ont a jamais sacrée, que
vous avez pu voir polir la première fois le réveil sortir des ruines et l'espérance des tombeaux ! C'est là seulement que, loin du pays natal, vous pouviez rencontrer des tristesses, des grandeurs et des gloires égales à ce que les hommes et Dieu vous ont donné de grandeur, de tristesse et de gloire. »
Mai 1868.
DU LIVRE DE M. d'hAUSSONVILLE ET DE QUELQUES AUTRES CHOSES. COMMENT DIVORÇA LE PREMIER EMPEREUR ET COM- MENT GOUVERNE LE SECOND.
Au moment où j'écris ces lignes, le Corps législatif discute encore la question du libre-échange et le Sénat conservateur va délibérer sur la liberté de renseignement. Pour apprécier ces débats solennels, j'attendrai qu'ils aient pris fin. L'attente est cruelle, et, pour la tromper, je cherche ce que le vieux soleil a fait éclore en un seul jour de fleurs, de nouvelles et de rêves. Quant aux fleurs, elles s'épanouissent comme d'habitude dans les parterres de Mabille et les discours des grands. Quant aux rêves, je n'ëfcjûrme qu'un, celui que réalisa Suzanne par des teœ^^bâ chauds mais plus corrompus que les nôtreStj^^HI que je ne formais qu'un rêve, et je suis sûr qp^ous ne me croyez pas. Vous avez raison, et je vous prendrais pour confidents des chimères que je caresse et des désirs que je
renferme, n'était la crainte des sergents et le respect des. juges. Les juges sont aussi nombreux que les écus de la boulangère ; il y en a, je les ai vus, je leur ai même parlé.
Quant aux nouvelles, elles se suivent en se ressemblant, et n'ont ni le prestige du mystère, ni l'attrait de l'imprévu. A Paris, un soldat ayant levé le sabre du gouvernement qui lui tient lieu de père, Ta laissé retomber sur la tête d'un bourgeois pacifique, mais surpris. Ces accidents sont aussi communs que M***. Et on peut se demander ce qu'allait faire ce bourgeois sur le chemin de ce guerrier. Ne savait-il pas que le sabre est comme le vin : quand il est tiré, il faut le boire. Si un citoyen de Paris ne pouvait avaler un sabre avec la prestesse du Chinois de l'Exposition, il y aurait pour l'empire français trop de sujets d'humiliation et pour le Céleste-Empire trop de sujets d'orgueil. Je ne saurais oublier le récit d'un fait étrange dont s'étonnent encore les Lyonnais, peu coutumiers des phénomènes. Des militaires essayaient la découverte de ce bienfaiteur de l'humanité qui se nomme Chassepot. Une balle s'émancipe, franchit des distances insensées et va briser un des carreaux de la chambre où travaillait une jeune fille. La jeune fille, miraculeusement échappée à la fureur du projectile, dit en ramassant son aiguille, bien inférieure à celle de nos fusils : « Les chassepots ont fait merveille, »
Que convient-il d'admirer le plus, laprésenc ed'esprit de la jeune fille ou la portée du chassepot? On se le demande sans pouvoir se répondre. Quant à moi, je
me contente de chanter avec une patriotique énergie ces vers tirés d'une comédie nouvelle :
Nous avons un fusil Se chargeant par la culasse ;
Au dehors, c'est gentil, Mais au dedans, ça s'encrasse.
En France, depuis Mazarin, tout finit par des chansons, dont on répète le refrain et dont on paye la facture.
Gomme les grands corps de l'État n'ont pas encore terminé leurs importantes discussions, j'ouvre pour me désennuyer le soixante-quatorzième volume de la Revue des Deux Mondes. J'y trouve un long travail de M. d'Haussonville sur les relations de l'Église romaine et du premier Empire. Ces relations furent tendues, comme chacun sait. Pie YII excommunia l'empereur ; mais ce fils aîné de l'Église , souverainement irrespectueux pour sa mère , fit arrêter le souverain-pontife. Après quoi, il songea à prendre femme.
Il en avait déjà une, mais ce détail lui importait peu. Ayant introduit le divorce dans son code, il lui importait de mettre en pratique les lois qu'il avait promulguées. Il était atteint de la postéromanie et rêvait que de son association future avec une grande princesse quelconque pouvait naître un fils bien à lui, héritier de ses domaines et continuateur de son œuvre. Le fils de sa femme ne lui suffisait déjà plus, et il se désolait de posséder une compagne moins féconde que ses victoires. Ce maftre du monde , habitué à réaliser l'impossible, voyait pour la première fois sa volonté sté-
rile. Il trouvait aussi que depuis le vicomte Beauharnais, dont la supériorité l'accablait, l'impératrice Joséphine avait manqué sinon à la loi naturelle qui veut que Ton s'unisse, du moins à la loi divine qui ordonne qu'on multiplie.
Il n'y avait aucunement de la faute de l'impératrice Joséphine ; mais l'homme propose et Dieu dispose. La belle créole qu'avaient distinguée tour à tour Talien, Barras et Bonaparte, plaisait un peu moins, ou déplaisait un peu plus à un conquérant volage déjà lassé de sa conquête. Elle avait vu se flétrir sur sa tête couronnée les roses de son quarante-sixième printemps et s'enfuir à l'horizon cet Amour toujours jeune dont jadis elle avait tant chéri le bandeau, l'arc et les flèches. De plus elle s'importunait d'une certaine dame Mathea, Piémontaise, qui, disait-on, avait séduit l'empereur par une communauté de race et une docilité d'enfant. Souveraine abandonnée, elle connaissait la jalousie qu'elle inspirait autrefois. Mais, à travers ses larmes, elle songeait à ces temps regrettés où , reine par la beauté qui vaut mieux que la couronne, elle attirait à ses pieds les généraux vainqueurs^ et les tribuns heureux et faisait d'un de ses sourires le salaire d'un service, la récompense du génie ou le prélude de l'amour.
Ce fut sans ménagement aucun, à la suite d'un repas silencieux pris en tête-à-tête, que Napoléon lui annonça sa volonté de la répudier. Usant aussitôt de la ressource ordinaire des femmes, elle glissa sur le parquet et s'évanouit sans coup férir. J'emprunte à M. d'Haussonville le récit de la scène charmante qui
va suivre : « Aussi effrayé qu'ému de l'effet qu'ilvenait de produire, Napoléon entrouvrit la porte de son cabinet et appela à son aide le chambellan de service, M. de Bausset. L'évanouissement durant toujours, il lui demanda si, pour éviter toute esclandre dans le palais, il se sentait la force de porter l'impératrice jusque dans ses appartements, qui communiquaient avec les siens par un petit escalier dérobé. M. de Bausset répondit naturellement qu'il n'était pas de fardeau qu'on ne pût imposer à son dévouement : tous les chambellans sont des flatteurs, mais sans cela seraient-ils des chambellans ?
«M. de Bausset prit donc l'impératrice dans ses bras, et l'empereur, marchant le premier, à reculons, lui soutenait soigneusement les pieds. Ils descendirent ainsi l'escalier. Rien n'avait paru feint ni arrangé à M. de Bausset dans la triste scène dont il était le témoin involontaire; cependant ses jambes s'étant un moment embarrassées dans son épée, tandis qu'il descendait cet escalier étroit, comme il se raidissait afin de ne pas laisser tomber son précieux fardeau, sa surprise fut assez grande d'entendre Joséphine lui dire tout bas : « Prenez garde , monsieur, vous me serrez « trop fort. 9 Les femmes sont toujours femmes et les chambellans toujours adroits. Dans cette étreinte un peu vive, on sentait la main d'un homme d'esprit, et aucune reine qui se croit belle ne s'offense que l'admiration chez un sujet triomphe parfois du respect. Quant à Joséphine, elle venait d'essayer le pouvoir d'un évanouissement mis en place et de pleurs utile-
ment versés ; mais elle avait compté sur des charmes plus sérieusement évanouis qu'elle; aucune femme n'obtient autant par la pitié que par l'amour, et aucune n'a de puissance par les larmes qui n'en a plus par le sourire.
La nouvelle du divorce de l'empereur ne rencontra ni contradicteurs ni incrédules. Les fonctionnaires publics se pliaient à tout événement avec un enthousiasme qui n'eut de limites que la fortune du maître. « Comme souverain et comme souveraine, disait le bon Regnault de Saint-Jean-d'Angély, l'empereur et l'impératrice ont tout fait, ont tout dit, il ne nous reste qu'à les aimer, à les bénir, à les admirer. Acceptez, messieurs, au nom de la France attendrie, aux yeux de l'Europe étonnée, ce sacrifice, le plus grand qui ait été fait sur ia terre, etc. » Napoléon dut avoir peine à tenir son sérieux en s' entendant mettre , en matière de sacrifice, au-dessus du doux Abraham et du tendre Jephté. Il courait au divorce avec autant de plaisir qu'à la guerre, et ce conquérant, trop habitué à la douleur des veuves pour se soucier des doléances d'une épouse, ne voyait dans son second mariage qu'une preuve de sa puissance, une faveur de la fortune et une promesse de l'avenir.
Il se comparait à Philippe-Auguste : il avait tort, si j'ose m'exprimer ainsi en parlant d'un aussi grand homme. Toutefois, s'il était bien décidé à expulser son ancienne femme, Napoléon ne savait encore au juste où il prendrait la nouvelle. Il était résolu a n'épouser qu'une princesse , mais il se demandait lequel
valait mieux de la faire venir de Pétersbourg ou de la commander à Vienne. Il résolut de consulter un sage, et il s'ouvrit à Daru : « Daru, lui dit-il un jour, que pensez-vous du mariage ? — Sire, j'en pense du bien, répondit le sage Daru. — Mais il y a mariage et mariage. Il y a le vôtre, dont je me soucie peu, et le mien, qui m'inquiète. Daru, que pensez-vous de mon ma* riage ? — Sire , la France regrettera l'impératrice Joséphine et prendra part à vos douleurs; mais il n'est personne dans le monde qui n'approuve vos actes et ne comprenne vos raisons. »
Ainsi parla le sage Daru.
« Eh bien, reprit l'empereur, me conseillez-vous d'opter pour la Russe ou de préférer l'Autrichienne?... Entre les deux, je n'ose dire que mon cœur balance, mais il est certain que ma raison hésite. — Sire, n'épousez ni l'une ni l'autre. Prenez une Française. Ce n'est pas en imitant les autres monarques, mais en vous distinguant, que vous rencontrerez votre véritable grandeur. Vous ne régnez pas au même titre qu'eux, vous ne devez pas vous marier comme eux. »
Ainsi s'exprimait Daru, qui, comme je le répète, était la sagesse même. Mais Napoléon, qui ne F écoutait plus, trouvait qu'après avoir renvoyé la veuve d'un vicomte, il lui fallait, pour ne pas déroger, ouvrir ses bras à la fille d'un roi. Il était trop fier pour vouloir d'une sujette et trop peu bucolique pour s'accommoder d'une bergère. Ce parvenu ne voulait pas que la mère future de son fils sortît de la multitude ou revînt à ses moutons.
Napoléon, qui à ce moment se promenait dans sa gloire, comme le disait Gambacérès , choisit la fille de r empereur d'Autriche pour l'accompagner dans sa marche. Il fut vite agréé d'un beau-père trop souvent battu pour ne pas désirer que son vainqueur ne fût son gendre, et trop versé dans l'histoire pour ignorer que l'Autriche rattrape au jeu des mariages ce qu'elle perd dans le hasard des combats. H. d'Haussonville nous raconte quels furent les moyens employés par l'empereur pout faire dissoudre le mariage religieux contracté avec Joséphine. Je renvoie à sou ouvrage le lecteur curieux de savoir quels miracles on peut opérer par la souplesse italienne jointe à la furie française. Je relève un des plus jolis épisodes de ce second mariage. Napoléon ayant passé l'anneau impérial au doigt de Marie-Louise, s'attendait au même procédé de la part de l'impératrice. Il attendit en vain. «Pourquoi, se demandait ce terrible questionneur, lui ai-je mis une bague au doigt sans qu'elle en ait mis une au mien ? Ah ! j'y suis. L'anneau est un signe de servitude : la femme est une esclave et le fut de tout temps. Voyez chez les Romains.» Cette explication, qui lui parut satisfaisante, prouve à. quel point ce gracieux souverain était versé dans la philosophie de l'histoire et la connaissance des femmes.
Le premier empereur, comme les sources du vieux Nil, est encore à l'heure qu'il est, et il est tard, imparfaitement connu et trop peu découvert. C'est pourquoi j'applaudis à chaque historien m'apportant des révélations inédites sur ce personnage qui laissa des racines
si profondes sous des ruines si nombreuses. Géant placé au seuil de ce siècle qui décline, il a reçu longtemps les adorations du vieux monde encore rempli de sa gloire et tremblant de sa chute; mais, à chaque pas du temps, on a vu s'effacer sa grandeur et ses rayons décroître. Il reste grand, armé et couronné; mais l'histoire, mieux instruite et partant plus sévère, lui demande compte de la façon dont il prit la couronne, dont il utilisa le génie et dont il abusa du glaive.
Les souvenirs du premier Empire m'ont fait négliger les œuvres du second. Le Sénat discute encore la liberté de l'enseignement, et le Corgs législatif vient d'approuver les théories du libre échange. La voix de M. Rouher, comme celle du vieux Neptune, apaise les vents, calme les flots, chasse les nuages. Il a oublié le mot de Piron, et quand les députés lui ont dit « grand merci», il n'a pas répondu avec la modestie d'une violette ou d'un ministre : « Il n'y a pas de quoi. » Il l'aurait dû, mais si l'on ne faisait que ce qu'on doit, il faut convenir qu'on ne ferait pas grand'chose.
M. Rouher l'a emporté, et cependant la terre tourne et même elle souffre. L'agriculture et l'industrie, ces deux mamelles de la France, comme les appelait le grand Sully, sentent que leurs forces s'épuisent et que leur lait tarit. L'armée, démesurément accrue, enlève les laboureurs à la charrue, les ouvriers à l'usine. Pour soutenir la concurrence étrangère , nous devenons trop pauvres et nous sommes trop chargés. L'impôt s'accroît, les tarifs s'élèvent, le travail baisse,
les salaires augmentent ; la liberté reste à l'écart, la nation demeure en tutelle et la volonté d'un seul décide des intérêts de tous. Ah ! c'est ici le cas de répéter avec Molière : « Tu Tas voulu, Georges Dandin; Georges Dandin , tu Tas voulu ! Mais si par hasard tu es inquiet de ta destinée ou mécontent de ta fortune, tu peux, aux élections prochaines, trouver l'occasion d'affirmer tes désirs par tes suffrages et ta volonté par tes actes. »