Drdem a Clarke
Antoine-Baudouin-Gisbert de Dedem de Gelder, g^énéral hollandais au service de France et qui a laissé des Mémoires aussi instructifs qu'intéressants, expose dans cette lettre postérieure à la campagne les services qu'il a rendus. Nommé sénateur le 30 décembre 1810 dans la promotion qu'on pourrait nommer la promotion des six Hollandais (Schimmelpenninck, Kinsbergen, Van Zuylen, Dedem, Van de Poil et Meerman Van Dalem), nommé comte de l'Empire le 13 mars 1811 et général de brigade le 19 avril suivant, Dedem demande le grade de général de division qu'il n'obtient que le 28 juin 1814. Il expose ses titres. Il a été blessé à Smolensk et il dit, en effet, dans ses Mémoires, qu'il a eu devant Smolensk un cheval tué sous lui et qu'il a reçu à la poitrine une forte contusion dont il a beaucoup souffert par la suite. Dans ses Mémoires comme dans sa lettre, il se plaint justement d'avoir été oublié, omis sur le rapport de la Moskova, et sa brigade a réellement, comme il dit, pris' part à la bataille jusqu'au soir, et avec autant de courage que de succès. Il raconte également dans ses Mémoires qu'il a ^< fouillé » Mojaïsk encore occupé par les Russes (1) et qu'il entra le premier au Kremlin où il dissipa d'un coup de canon à mitraille tout ce qui voulait ou semblait vouloir résister. Mais
(i) Castellane U rencontre alor» « aux prises avec l'ennemi » et lui offre un verre de curaçao et un morceau de pain « qui lui fait grand plaiair ».
LETlilES DE }8i2 19
c'est dans ses Mémoires qu'il faul lire le curieux récit de l'aflaire du 10 septembre, de l'échauflourée de Fominskoë qui coûta vraiment trop cher.
Paris, 26 févrisr i8i3.
J'ai été à la bataille de Smolensk, et quoique j'y ai fait une chute fort dangereuse, dont même je me ressens encore dans .ce moment, j'ai continué mon service.
J'ai été deux fois démonté par la mitraille à la bataille de la Moskova, à la tête de ma brigade qui est certainement une de celles qui ont été le plus exposées et avec laquelle je me suis battu jusqu'à 8 heures du soir. Le général comte Priant, le colonel (maintenant général) Pouchelon, deux chefs de bataillon et mon aide de camp, M. de Loz de Kerven, ont été blessés à côté de moi. J'ai eu 48 officiers et 900 hommes hors de combat dans cette journée mémorable.
Il est pénible de devoir parler de soi. Mais, comme mon nom ne se trouve pas même cité dans le rapport parmi ceux qui ont eu des chevaux tués ou blessés sous eux dans cette alfaire, tandis qvie tous les autres officiers supérieurs dans ce cas y sont nommés ; qu'il y est dit que la division, à l'exception du îo'^ régiment, est restée en réserve, tandis que c'est ma brigade qui a couvert le grand plateau, qui a soutenu trois charges de la cavalerie ennemie ; je crains qu'on aura surpris la religion de Sa Majesté Impériale et royale à mon
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égard, puisqu'on paraît avoir évité de faire mention des peu d'occasions où j'ai été à même de montrer combien je tiens à faire mon devoir,
A l'alfaire du 10 septembre, j'ai encore été démonté par la mitraille de l'ennemi. Ma brigade a soutenu à elle seule pendant fort longtemps le feu de toute l'arrière-garde russe que le roi avait fait attaquer dans la position de Fominskoi', et Sa Majesté ma témoigné le soir publiquement son contentement sur la manière dont je m'étais conduit, en ajoutant qu'elle parlerait de moi à l'Empereur,
J'ai, le premier, occupé avec mes voltigeurs la ville de Mojaïsk et j'ai eulhonneur de conduire la première infanterie qui est entrée dans Moscou et de faire désarmer la populace ameutée dans le Kremlin,
Je ne cite que des faits connus de tous les officiers de lavant-garde.