‹ Lettres de 1812Chapitre 13 sur 98 · Une note de Grouciiy · texte numérisé non relu

Une note de Grouciiy

Grouchy qui commandai l le 3' corps des réserves de cavalerie, s'est signalé pendant la retraite de Russie. Il n'était pas seulement, comme dit Griois, brave et prudent. Il fut un des plus énergiques, et, selon les mots de Gastellane qui assure Favoir vu alors dans des moments bien critiques, un de ceux qui, en petit nombre, ne s'étaient pas démoralisés, un de ces hommes de cœur et de tête comme on en voit peu, de ces véritables braves et gens d'honneur qu'on ne connaît que dans des occasions pareilles (1). Il reçut à la Moskova un biscaïen dans la poitrine, mais le projectile ne pénétra pas ; il fut toutefois obligé de se retirer et il céda le commandement à Lahoussaye, le plus ancien de ses divisionnaires. Ses troupes dont il avait la confiance, regrettèrent vivement son départ. Lorsque commença la retraite, il vint se l'emettre à la tête de son corps qui l'accueillit avec une satisfaction réelle; mais s'il était complètement guéri de sa blessure, il souffrait horriblement de ses rhumatismes et il dut de nouveau se faire remplacer par l'incapable Lahoussaye. Plus tard, il commanda l'escadron sacré, ^'oici, du reste, une courte note, trop courte à notre gré et très modeste, rédigée par lui en 1840 sur ce qu'il fit dans la première partie de la campagne de 1812.

(i) Castellane dira même en norembre i8i3 que de tous les officiers généraux de cavalerie il est le plus distingué, qu'il est même le seul parmi eux qui soit distingué.

Je soussigné déclare que, pendant la campagne de Russie, en 1812, j'ai commandé le 3^ corps de cavalerie, formé, en partie, de régiments de cavalerie de l'armée d'Italie et de cavalerie bavaroise. L'artillerie attachée à ce corps avait été également fournie par l'armée d'Italie. Au début de la campagne, le 3^ corps de cavalerie était l'un des trois corps d'armée placés sous les ordres du prince Eugène.

Après le passage du Niémen, le 3^ corps a été détaché du commandement du prince Eugène et dirigé sur Minsk pour appmer le l^"" corps commandé par le maréchal Davout et le lier avec le gros de l'armée.

De Minsk, le 3*^ corps a passé laBérésina àBorissov et s'est approché du centre de l'armée. Après quelques jours de repos, le 3" corps a exécuté un mouvement à droite, a passé le Dnieper et a marché A-ers Smolensk. Il était alors sous les ordres du prince Murât et faisait, concurremment avec les 1" et 2"^ corps de cavalerie, l'avant-garde de l'armée, et c'est le 3'' corps qui est arrivé le premier sur le plateau de Smolensk qu'il a occupé seul et où il s'est maintenu jusques à l'arrivée de 1 infanterie du maréchal Davout et du maréchal Ney.

Le 3^" corps, après la prise de Smolensk, s'est réuni aux autres corps sous les ordres du prince Eugène et a flanqué l'armée qui se dirigeait par la grande route vers Moscou.

A la bataille de la Moskova, le 3" corps faisait partie de l'aile gauche de l'armée que conduisait le prince Eugène.

En foi de quoi, j'ai signé le présent,

Le maréchal marquis de Grouchy.

Paris, le aS avril i8/io.

1 1 . Lettres de Pierre d'Algay

Les trois frères d'Algay, fils d'un conseiller du roi au présidial de Brives, s'enrôlèrent en 179 i. L'aîné, Pierre, signait Villeneuve ; le second, Jacques, signait Chalard ; le troisième, Gabriel, signait Valette. Deux d'entre eux, Valette et Villeneuve, firent la campagne de 1812. Valette, capitaine et aide-de-camp de Partouneaux, fut pris à Borissov le 28 novembre et il ne revit la France que deux années plus tard : le o novembre 1815 il arrivait à Strasbourg ! Quant à Pierre d'Algay, dit Villeneuve, qui devint commandant et mourut en 1822, il était, lui aussi, capitaine en 1812, et il fît vaillamment la retraite : il avait, comme disait son frère Chalard, l'âme bien trempée et un tempérament robuste. Le Carnet de la Sahretache a reproduit (1001, p. 116-118) trois lettres de Pierre d'Algay.

Le 11 juillet, de Vidzy. en Lithuanie, il écrit qu'il se porte bien « malgré tout ce qu'on a à souffrir », et il ajoute : « Notre division n'a encore rien fait, quoique deux fois elle se soit trouvée en présence . Les Russes se retirent et abandonnent épouvantés les plus belles positions. On dit actuellement qu'ils se fortifient derrière la D^'ina et que c'est là qu'ils nous attendent .

Tiendront-ils là mieux qu'ils n'ont fait jusqu'ici? Videbitur infra. »

Le 4 août, de Mikoulino, même chanson : « Les Russes continuent à se retirer, et notre armée à les poursuivre ; plusieurs actions ont eu déjà Keu, mais de peu de conséquence. Nous en désirons une de décisive, parce qu'il y a cent à parier qu'elle sera en notre faveur. Nous sommes aujourd'hui entre la Dvina et le Dnieper, à quinze lieues de Smolensk, ville sur laquelle on paraît se diriger. Il se bruite qu'on va donner du repos à l'armée. Il est bien nécessaire, ne fût-ce que pour faire rejoindre les traînards. »

L'action décisive qu'il souhaite se livre enfin, et il est blessé. De Moja'îsk, le 12 septembre, il mande à son père : « Je vous apprends avec plaisir que ma bonne étoile ne m'a pas abandonné dans la sanglante journée du 7 courant où tant de mes frères d'armes ont perdu la vie. Un coup de sabre que j'ai reçu sur la figure m'a légèrement mis hors de combat. Ma blessure est assez violente, mais peu dangereuse ; elle commence à se cicatriser, et sous peu, j'espère rejoindre le régiment que j'ai quitté le 8. »

Page 1