MonxiEH a Berthier
Le maréchal Mortier, duc de Trévise, avait été nommé f;ouverneur de la province de Moscou ou, comme on disait aussi, gouverneur général, en même temps que le général Durosnel était nommé commandant de la ville, elNal)oléon avait recommandé à Mortier d'empêcher à tout prix le pillage. Mortier pint possession du Kremlin, posta ses troupes dans l'intérieur et le voisinage, poussa des reconnaissances dans diverses directions. Mais bientôt l'incendie éclata. Le 15, le 16, le 17, le 18 septembre, Moscou l'ut la proie des flammes. Le feu diminua le 19 et cessa le '20. Dana une des trois lettres suivantes Mortier retrace l'aspect de Moscou au 18 septembre, et le désordre, et le pillage inévitable. Dans les deux autres, il demande s'il faut donner des passeports à des familles grecques et à M. de Jakovlev, frère d'un diplomate russe. On sait que Napoléon fit mander au Kremlin ce Jakovlev, exprima devant lui son indignation, déclara que le patriotisme russe n'était que de la rage, et, finalement, remit à Jakovlev une lettre que celui-ci empoi'ta le 24 septembre en promettant de la donner au tsar Alexandre (1).
(i) La Correspondance, n" 19, ai2, 19 septembre, donne un ordre de l'Empereur, qui veut que Mortier y fournisse à M... (nom illisible) les moyens do temps et la protection nécessaire pour se rendre avec sa famille et ses paysans à sa terre près Voskresensk » ; ce M... n'est autre que Jakovlev. Quant à la lettre que Jakovlev remit au tsar, elle est du ao septembre et le gouvernement russe en a communiqué l'original aux éditeurs de 1» Correspondanct (Cf. n° 19, 21 3).
Moscou, i8 septembre iSia.
Monseigneur, l'incendie a encore fait de grands progrès la nuit dernière. J'avais envoyé, aussitôt l'arrivée de M. Bongars, 300 hommes au palais d'été que devait occuper l'Empereur ; ils n'ont pu arrêter le feu.
Le quartier du pont des Maréchaux a été brûlé sans qu'on ait pu l'empêcher, mais des coupures faites à propos ont sauvé ce matin à 2 heures les quartiers voisins. Les mineurs de la 5" compagnie, 2^ bataillon, aux ordres du capitaine Tholosé, et les fusiliers de la garde ont fait preuve de beaucoup de zèle.
Douze quartiers sont occupés par les troupes de la division Delaborde. Les huit autres vont l'être. Mais la difficulté des communications avait rendu jusqu'à présent cette mesure impraticable. Dans beaucoup de quartiers où les troupes sont arrivées, les commandants ne s'y sont pas encore rendus ; dans d'autres, les commandants y ont pris poste depuis quarante heures et les troupes n'ont pu encore s'y rendre.
11 ne reste plus aucune réserve de la division Roguet ; toutes les troupes sont employées ; il ne restera plus à la division Delaborde qu'un seul régiment en réserve au faubourg de Mojaisk.
Le pillage est à son comble dans tous les quartiers.
Les corps de l'armée qui avoisinent la ville viennent indistinctement à force armée prendre tout ce qu'ils trouvent. Les postes qui veulent maintenir le bon ordre sont souvent compromis. On dit que ces détachements sont autorisés à venir en ville pour y prendre des objets dont ils ont besoin ; mais, si le désordre continue, bientôt les différents magasins que j'ai conserA^és avec tant de peine, deviendront la proie des pillards.
On a encore ramassé cette nuit environ 600 Russes qui ont été envoyés au prince d'Eckmûhl. J'avais déjà fait enlever ce qu'il y avait dans diliérentes casernes. Je ne sais pas si celle de Znamenski a été visitée ; mais, au reçu de la lettre de Votre Altesse qui n'est parvenue la nuit dernière, j'ai fait partir un détachement pour s'assurer de ce qui y était.
Par mon rapport d'hier j'ai fait connaître à "N'otre Altesse le besoin indispensable d'un détachement de caA'alerie pour faire au loin des patrouilles. J'ai vu par les pièces qui m'ont été remises par le général Durosnel, que la cavalerie de la garde était chargée de ce soin ; mais jusqu'à présent il ne m'est parvenu aucun rapport.
J'ai l'honneur de réitérer à Votre Altesse l'assurance de ma haute considération et de mon respect.
Le maréchal duc de Trévise.
Moscou, r8 seplonabro 1812.
Monseigneur, M. de Jacowleff, frère du ministre de Russie près le roi de Wurtemberg (l , ayant eu ses trois hôtels incendiés à Moscou, ses terres sur la route de Smolensk brûlées par les Cosaques et ses paysans à sa charge, demande à pouvoir se rendre avec les siens à Yoskresensk sur la route de Volokolamsk. Il est réduit au désespoir, n'ayant plus de pain à donner à sa famille. Il parle très bien français et m'a paru fort intéressant. Je prie Votre Altesse de me faire connaître si je puis lui délivrer les passeports qu'il me demande. Ce gentilhomme, ancien capitaine aux gardes, est allié aux premières familles de Russie.
I) Ou plus exactement, près I9 roi de Westphalie. Le chambellan Jakovlev, issu d'une famille du peuple enrichie par des opérations de finance», avait été envoyé de Russie à Stuttgart, puis, en juillet iSio, à Gassel.
Au quartier général de Moscou, 3o septembre i8i3.
Monseigneur, plusieurs familles grecques, au nombre de soixante-huit, parmi lesquelles se trouve M, Démétrius de Gobdelas, docteur en philosophie, demandent des passeports pour retourner dans leur patrie, en passant par Vilna et Léopol. La plupart de ces Grecs se trouvent aujourd'hui sans asile, et je pense qu'on pourrait leur délivrer les passeports qu'ils demandent.