‹ Lettres de 1812Chapitre 21 sur 98 · Berthier a Friam · texte numérisé non relu

Berthier a Friam

Moscou, 2 5 leptembre i8ia.

Je vous prie, mon cher comte, de me dire confidentiellement quels .sont vos motifs de mécontentement envers M. le général Aan Dedem. Il paraît qu'il n'a pas votre confiance. Mériterait-il celle d'un autre?

24, Fbiant a Berthier

(Sans date).

Monseigneur, j'ai l'honneur d'accuser réception à V. A, S. de la lettre confidentielle qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire sous la date du 25 septembre et dans laquelle se trouvait incluse la demande de changement de division faite par M. le général Van Dedem.

Je m'empresse d'aAoir l'honneur d'adresser à V, E. une réponse peu favorable à ce général, mais dictée par la pure vérité. Je le dis à regret, Monseigneur, la conduite de M, le général Van Dedem, depuis qu'il est sous mes ordres, est un tissu d'inconséquences telles que j'ai dû croire souvent que sa tête avait quelques moments d'aliénation.

Quoiqu'il prît rang parmi les anciens généraux de brigade de sa Majesté, il débutait véritablement dans la carrière militaire lorsqu'il vint rejoindre 1 armée au mois de septembre 1811. Ses premiers pas pouvaient être chancelants. Aussi, espérant qu'il marcherait bientôt d'un pas pkis assuré, je n'ai attribué ses premiers écarts qu'à un pevi d'inexpérience. Mais je me vis bientôt obligé d'y joindre d'autres causes puisées et

dans son caractère et dans son manque de moyens militaires.

J'ai dû Finviter à cesser ses tracasseries, ses avanies envers d'anciens militaires qu'il réprimandait souvent quand ils faisaient bien et qu'ils suivaient la marche tracée dans ma division depuis huit ans que je la commande. J'ai dû l'inviter à cesser les petitesses qu'il commettait tous les jours en se faisant livrer pour lui et sa maison les subsistances destinées aux soldats, destinées aux colonels, aux généraux de ma division et des autres divisions, notamment du général Morand dont il s'est permis de faire dévaliser le fourgon. J'ai dû l'inviter enfin à se souvenir qu'il était un général français et qu'il était temps, par une conduite sage, de faire cesser les plaintes qui m'arrivaient sur lui de toutes parts.

Mes avis, mes réprimandes réitérées n'ont obtenu aucun changement. Quelques journées d'une conduite régidière suivaient la verte réprimande ; mais il finissait toujours par retomber dans les mêmes écarts.

Il n'est que trop vrai, Alonseigneur, je n'ai nulle confiance dans M. le général Van Dedem. Je désire qu'un autre, plus heureux que moi, parvienne à le changer et trouve en lui les connaissances militaires dont il m'a paru manquer. Mais pour moi, j'eusse pensé me rendre coupable envers l'Empereur en remettant après ma blessure le commandeinent de ma division à M. le général Van Dedem,

Je ne suis pas d'ailleurs assez assuré de son ancienneté sur le général Dufour et, dans l'indécision, j'aurais encore regardé de mon devoir de remettre le commandement plutôt au militaire qui s'est trouvé sur les champs de bataille depuis !)2 qu'à celui qui en a porté seidement l'habit.

Le changement qu'il sollicite avec tant d'instance, Monseigneur, serait un a rai bienfait pour ma division. J'oserai même vous dire que je le crois presque nécessaire, tant est mauvaise l'idée que cet officier-général a donnée de lui à tous ceux qui la composent. Peut-être que, vivant avec d'autres hommes, il s'efforcera de mériter plus d'estime et de eonliance ; mais les personnes qui l'ont fréquenté dès longtemps, l'ont toujours connu à peu près tel que je vous le présente. S. jM. le roi de Naples, auprès duquel il était envoyé de Hollande, est à peu près du même sentiment ; elle peut, plus que tout autre, donner des détails à V. A. S. sous des rapports sous lesquels je n'ai pu d'ailleurs le connaître et l'apprécier.

Je finis, Monseigneur, en joignant mes sollicitations aux siermes et en suppliant V. A. S. de vouloir bien accéder à sa demande.

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