Le dépa::it des blessés et des malades
Le dépai't de rarmée française est fixé au 13 octobre, et il n'aura lieu que le 19. Dès le 10, s'éloigne un convoi de blessés. Le 13, Berthier donne à Tintendant-général Mathieu Dumas Finstructien suivante assez bien conçue et qui mérite d'être reproduite :
Moscou, i3 octobre i8i2.
3I0NSIEUR l'iNTENDAI^T GÉ^'ÉRAL
L'Empereur ordonne qu'il parte demain, à 9 heures du matin, au plus tard, de Moscou, un convoi de blessés et malades, le plus considérable possible.
On fera partir les 7 à 800 hommes qui peuvent marcher et on armera de mousquetons ceux qui seraient en état d'en porter. Vous ferez partir autant de blessés ou malades sur des voitures que vous pourrez fournir de moyens de transport : le l°'',le 3' et le 4*^ corps seront chargés de fournir les voitures nécessaires pour évacuer les malades et les blessés; ils fourniront la moitié de leurs voitures pour cette évacuation, si ce nombre est nécessaire ; l'autre moitié leur servira à transporter leurs vivres.
Les officiers généraux et particuliers des corps, les
inspecteurs aux revues, les commissaires des guerres, les vivandiers même fourniront leurs voitures qui ne seront pas jugées absolument indispensables au service selon les ordres qui leur seront donnés par le prince ou maréchal commandant le corps d'armée.
On commencera par mettre sur les voitures MM. les officiers, ensuite les sous-offîciers et soldats malades ou blessés français, ensuite les alliés.
Le prince d'Eckmiihl, le duc dElchingen, le prince vice-roi enverront un officier pour reconnaître les malades ou blessés de leur corps dans les différents hôpitaux afin de connaître le nombre des malades appartenant à leur corps et le nombre des voitures qu'il leur sera nécessaire de réunir demain à 6 heures du matin pour l'évacuation. Ils désigneront un officier supérieur soit d'état-major, soit de leur corps pour être chargé du convoi. Ils désigneront également un commissaire des guerres ou un adjoint aux commissaires des guerres et le nombre d'officiers de santé strix^tement nécessaire. Le commissaire des guerres aura soin que les blessés ou malades aient leurs vivres pour plusieurs jours ainsi que du vin et de l'eaude-vie que vous leur ferez fournir.
Le général Monthion me fournira dans la journée un double de l'état des malades ou blessés composant chaque convoi.
Il sera nécessaire que vous fassiez connaître de votre côté au chef d'état-major ou au chirurgien en
ekef de chaque corps d'armée le nombre de blessés ou malades de leur corps qui peuvent se trouver sur les situations.
Vous aurez soin de faire toutes les dispositions pour l'organisation et le départ du convoi de malades et blessés qui aura lieu demain matin, de faire sui-sTe le vin et Feau-de-vie nécessaires et de fournir les subsistances que les corps ne pourraient pas donner.
Vous aurez égalemerit soin de joindre au grand convoi d'évacuation qui aura lieu demain, un agent supérieur des hôpitaux et un officier de santé d'un grade supérieur que vous chargerez de l'ensemble du convoi d'évacuation.
Le général Bertrand, avant sous ses ordres le colonel Lejeune, aura le commandement supérieur de ce convoi .
L'escorte sera composée : \° des cadres que doivent renvoyer en France les divisions Priant et Friederichs ; 2° d'une soixantaine de soldats isolés appartenant au 2*^ corps. Enfin, je charge le général Montliion de me présenter un projet pour former une escorte d'environ 300 hommes d'infanterie et de 23 de cavalerie. Le duc d'Abrantès pourrait fournir le complément des troupes nécessaires à Mojaïsk, et jusque-là on compléterait avec des troupes de Bade ce qui manquerait pour rendre l'escorte suffisante.
Je charge M. l'adjudant commandant Michal et ses adjoints de vous voir de suite ainsi que le directeur
général des hôpitaux el MM. les chefs d'état-major des l""", 3^ et 4" corps pour aider à l'organisation du convoi qui doit partir demain matin et me rendre compte des dispositions qui seront faites à cet égard.
M. le duc de Vicence fera connaître le nombre de voitures qui pourront être fournies des écuries de l'Empereur. Je ferai connaître celles que je pourrai donner.
Je vous invite, monsieur le comte, à veiller, de concert avec le général de Monthion, aux dispositions générales d'évacuation : je le charge de s'entendre avec vous pour donner les ordres de détail.
MM. les maréchaux et S. A. le prince vice-roi, commandant les l*^"", 3" et 4*^ corps, donneront les ordres les plus précis pour que les voitures de leurs corps soient fournies en nombre suffisant pour évacuer les blessés et malades qui leur appartiennent.
9i, 30. — Berthier au commandant deGhjatsk
Cette instruction de Berthier concerne les mesures que doit prendre, pour faciliter la retraite de l'armée, le commandant de Ghjatsk et celui de Viasma. Il est curieux de relire, après la lettre deBerthier, celle de Xapoléon sur le même sujet {Corresp. n° 19.273]. On verra, de la sorte, le procédé dont usait très souventle major-général pour faire connaître la volonté de l'Empereur. Berthier se contente ide reproduire les termes mêmes de Napoléon; quelquefois pourtantil précise et insiste. Napoléon dit : w envoyez l'état » et Berthier : « envoyez l'état très exact et très détaillé ». Napoléon dit « ce qui arrivera », et Berthier: « ce que vous serez dans le cas de retenir ». De son chef, Berthier ajoute cette recommandation qui n'est pas dans le texte de l'ordre napoléonien : « ^Ve né(jli(jez aucun moyen pour accélérer, autant qu'il sera possible, l'évacuation des malades et Messes. « Mais des phrases entières de Berthier ne sont autres que les phrases de l'Empereur, sans changement aucun.
Moscou, li octobre 1813.
L'Empereur ordonne, Monsieur, qu'à dater de demain 15 vous ne laissiez passer aucun convoi d'artillerie pour Moscou et que vous les fassiez tous rétrograder de Ghjatsk sur Smolensk.
L'intention de S. M. est qu'à compter du 17, aucune
troupe d'artillerie ni de cavalerie ne dépasse ni Mojaïsk ni Ghjatsk ni Viasma, Vous joindrez à vos troupes tout ce qui, à compter de cette époque, arriverait à Ghajtsk, venant de Smolensk ; ce qui augmentera la force de votre garnison.
Vous aurez soin de m'adresser létat très exact et très détaillé de tout ce que vous serez ainsi dans le cas de retenir, afin que, par l'estafette, je puisse vous faire connaître la destination que devront recevoir ces troupes selon les mouvements que fera l'armée.
Quant aux équipages militaires, il a déjà été donné des ordres pour qu'ils versassent leurs farines dans les places de la route en arrière de ]\Iojaïsk et que les voitures fussent envoyées à Tabbaye de Kolostkoi et jusqu'à Mojaisk pour prendre des malades et les évacuer sur Smolensk. Ne négligez aucun moyen pour accélérer, autant qu'il sera possible, l'évacuation des malades et blessés.
L'Empereur me charge de vous faire connaître qu'il faut que le 22, tous vos malades soient évacués, attendu que l'armée va prendre une autre position, que la direction de l'armée va être changée et toute cette route abandonnée.