‹ Lettres de 1812Chapitre 33 sur 98 · RoGUET A Bertiiier · texte numérisé non relu

RoGUET A Bertiiier

Roguet escortait, comme il dit dans ses Mémoires, le quartier général de lintendant, le ti-ésor (argent monnayé et lingots extraits de l'incendie) et les trophées (croix d'Ivan, ornements du sacre des empereurs, drapeaux pris aux Tuxxs, madone d'Anne Ivanovna, etc.). Ses deux lettres, du 21 octobre, à Berthier, retracent ses premiers mouvements. Déjà tout son monde, hommes et chevaux, est fatigué; depuis un mois, la division n"a pas reçu de viande, et les malades sont nombreux.

Desna, 31 octobre 1S12, à une heure après midi.

Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à V. A, que ^I. le général Bojeldieu (1) arrive avec le |cr régiment de voltigeurs. Cet officier général a été à deux lieues de Moscou et en vue de la ville. 11 y a pris position jusqu'à ce qu'il a eu la certitude qu'il n'y avait rien en arrière. A sa rentrée il a fait brûler

(i) Louis-Léger Boyeldieu, baron de l'Empire depuis le ao juillet iSoS et adjudant général dans la garde impér.ale avec rang de général de brigade depuis le 21 juillet 1811, devait être blessé d'un coup de feu à l'épaule gauche à la bataille de Dresde (2G août 181 3) et mourir des suites de cette blessurele 17 août i8i5, à Monsures, dans le village de la Somme où il était né le i3 août 177^.

quelques voitures dont les chevaux ne pouvaient plus marcher.

Je donne ordre au général Boyeldieu qui a fait aujourd'hui sept lieues, de se reposer une heure et de venir me rejoindre à Desna ; il amène avec lui un convoi appartenant au l®' corps, escorté de 200 hommes et commandé par un chef de bataillon.

Aussitôt l'arrivée du général Boyeldieu, je me suis mis en marche pour Desna où jai trouvé la division du général Morand et M. le général Colbert.

D'après les ordres de V. A., je dois faire marcher devant moi tous les équipages ; d'après ce qui m'a été dit, MM. les généraux Colbert et Morand sont chargés de faire l'arrière-garde. Alors la présence de la 2*^ division de la garde devient inutile. Je vais prendre position sur la rive gauche de la Desna où je supplie V. A. de me faire parvenir des ordres.

Au camp à deux lieues en ayant de fîorki, 2 1 octobre iSia, à 8 heures du soir.

Monseigneur, en conséquence des ordres de V. A., j'ai continué mon mouvement de Gorki sur Plaskovo ; l'extrême fatigue des chevaux me force de prendre position ici où j'arrive à l'instant.

Les Aoitures chargées des trophées de Moscou ne

ilvS LETTUES DE 1812

] cuvent plus aller. J'ai été obli^^'é do leur donner du repos à Gorki où j'ai laissé, un bataillon pour les garder. Le chef de bataillon a ordre d'en partir demain à 4 heures précises du matin. Je l'ai aussi chargé de l'escorte du 20'- bataillon du train des équipages des vivres dont les fourgons portent de la Farine pour la garde. Je vais envoyer des officiers auprès de ce chef de bataillon afin de presser l'exécution de mes ordres.

Le régiment, parti avec le général Bojeldieu pour aller sur la route de Moscou, est bien fatigué ; il marche depuis 3 heures de ce matin ; ce qui me forcera, pour le faire un peu reposer, à ne commencer mon mouvement demain sur Plaskovo qu'à 7 heures du matin.

Je crois devoir avoir l'honneur d'observer à V. A. S. que depuis un mois, la division n'a pas reçu de viande et que la manière dont vit le soldat doit nécessairement nous donner beaucoup de malades.

Je n'ai rien appris de nouveau.

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