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La capture de Wintzlngerode

Le Hessois Ferdinand de Wintzing-erode avait servi en Autriche. Il entra dans l'armée russe en 1797 et se signala durant la campagne de 1805. En 1809 il reprit du ser\ ice chez les Autrichiens et fut blessé à Essiing-. En 1812 il reparaît dans l'armée russe, couvre avec un détachement la route de Pétersbourg, puis, après la prise de Moscou, défend le chemin de Tver, fait la guerre de partisans, et Bennigsen témoigne qu'il exécutait avec peu de monde une grande besogne, tant il était habile et actif.

Le '22 octobre il pénétrait témérairement dans Moscou avec son aide-de-camp Xarischkine et quelques cavaliers. Il fut fait prisonnier, et, à \'ereya, Napoléon le couvrit d'invectives^ le traita de rebelle, d'aventurier soudoyé par l'Angleterre et qui méritait d'être fusillé. En revanche, après avoir tonné contre Wintzlngerode, l'Empereur ti^aita Narischkine avec douceur, et le jeune seigneur russe fut accueilli comme un frère par les officiers d'ordonnance qui partagèrent avec lui leur table et leur paille. Les deux prisonniers devaient être envoyés à Metz. Tchernitchev les délivra quelques semaines plus tard et sans beaucoup de peine : cette surveillance, dit Bausset, était un fardeau trop fort pour des gens qui en avaient tant d'auti^es à supporter.

On croit d'ordinaire que Wintzingerode, se voyant soudainement entouré par les Français, agita son mouchoir, tenta de se faire passer pour parlementaire, cria qu'on

violait clans sa personne le droit des gens. Le rapport suivant du sous-lieutenant Leleu qui, de sa main, captura Wintzingerode, contredit la ti'adition, Wintzingerode, troublé, déconcerté par sa funeste imprudence, n'a pas eu la présence d'esprit de changer de rôle, de tirer son mouchoir et de se déclarer parlementaire; il a dit au hasard qu'il venait faire le logement de l'armée russe, et le sous-lieutenant Leleu ne s'est pas « payé de ces raisons ».

Rapport à M. le (/encrai comte Delahorde, commandant la i''^ division de la garde impériale.

Mon général, j'ai l'honneur de vous informer qu'étant de garde à la place du Gouvernement avec trente-huit voltigeurs du o®, j'ai été averti par mes factionnaires qu'on apercevait deux ofïiciers à cheval suivis de plusieurs lanciers. Leur uniforme m'étant inconnu, je me suis avancé moi-même pour les reconnaître. L'officier général qui était à leur tête ayant répondu France à mon cri de Qui vive^ je me suis approché de lui et, mettant la main à la bride de son cheval, Qui êtes-vous ? lui ai-je demandé.

— Je suis général et je viens pour ni emparer de ces logements et pour en chasser les paysans.

Ne pouvant me payer de ces raisons, je l'ai arrêté et j'ai fait feu sur sa suite que j'ai poursuivie jusqu'à ce qu'elle se fût réunie à une autre troupe de cavalerie dont la force pouvait être de 200 hommes. Cet offi-

cier était accompagné d'un aide-de-camp que j'ai arrêté avec lui et je les ai envoyés tous les deux au Kremlin.

Leleu,

sous-lieutenant au S*' voltigeurs de la garde impériale.

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