Mortier a Bertiiier
Mortier a fait sauter le Krenilin le '23 octobre, à 2 heures du matin. Il marche lentement : il a de mauvaises troupes, des cavaliers démontés qui, au Kremlin, s'amusaient à tirer sur les oiseaux, et il s'étonne du nombre infini de voitures qui se sont montrées soudain et mises à la suite de son corps. Il mène avec lui deux prisonniers d'importance, le général ^^'inl/.ing•erode et son aide-dc-camp.
Jaskino, 2.3 octobre iSiï.
L'évacuation de Moscou s'est faite cette nuit. Il y a eu quelques coups de fusil de tirés par les Cosaques et les paysans. Je suis parvenu à évacuer 100 malades. ]\Iais je traîne à ma suite une quantité étonnante de voitures appartenant à tous les corps d'armée et qu'on avait su soustraire à toutes mes recherches ; elles ont entravé ma marche et ont failli compromettre les troupes au passage de la Moskova, quoique j'en eusse fait jeter une cinquantaine à l'eau.
J'avais cru devoir commander Texplo-sion de 10 à 1 1 heures. A minuit j'avais encore des troupes sur la rive gauche de la ^loskova. L'opération commandée
lot LETTI'.ES DE 1812
par Sa Majesté n'eut donc lieu que ce matin vers 2 heures.
Nous ne sommes arrivés ici qu'à 2 heures après midi, quoique ayant commencé notre mouvement hier à 6 heures du soir.
J'ai eu beaucoup à me plaindre des deux régiments de cavalerie à pied pendant mon séjour au Kreml ; vingt fois ils ont failli faire sauter eux-mêmes le château en allumant des feux de tous les côtés et en faisant des feux de file sur les pigeons et sur les corbeaux. Ils ne cessent de grogner, ne savent exécuter aucune consigne. Aujourd'hui beaucoup d'entre eux ont jeté leurs sabres. Ils me sont plus à charge qu'utiles, malgré les soins que se donne le général Charrière, à cjuije dois cette justice. J'ai placé dans ces régiments, pour leur instruction, douze officiers et douze sousofficiers de la jeune garde.
J'irai difficilement loger demain à Koubinskoïé.
Je n'ai point été suivi de près ce matin.
Je laisserai indubitablement en route beaucoup de voitures, étrangères du reste aux troupes que je commande. Elles sont mal attelées et les chemins, en outre, ont été considérablement gâtés par la pluie qui n'a cessé de tomber depuis avant-hier.
Je fais garder soigneusement le lieutenant-général Wintzingerode et son aide-de-camp. M. Léon Narischkine, en ayant toutefois pour eux les égards dus à leur position de prisonniers de guerre.