‹ Lettres de 1812Chapitre 41 sur 98 · i3lLL10rTl A SA FEMME · texte numérisé non relu

i3lLL10rTl A SA FEMME

Billiolti (1) qui sait que sa lettre sera lue par d'autres que sa femme — il n'imaginait pas que ces « autres » seraient des odlciers russes — se montre très optimiste. Il assure que la confiance règne dans l'armée, que nul ne se plaint, que tous espèrent en Napoléon qui dirige les mouvements. Mais son inquiétude perce, bien qu'il s'en défende, et il avoue qu'on marche, non pas en conquérants, mais avec réserve, avec hésitation, au milieu de mai'audeurs et de partisans ; qu'on manque de tout ; qu'on éprouve la disette, la fatigue, de grandes misères — et remarquons ce mot : les mêmes misères qu'à Valler.

Viasma, i" novenihre.

Nous sommes partis pendant la nuit de Moscou, il y a quelques jours, nous dirigeant en toute hâte sur Kalouga. Après avoir fait une trentaine de lieues, étant tous les jours plus ou moins harcelée par le."; Cosaques, après une petite atTaire que dirigeait le roi de Xaples et qui n'a pas eu tout le succès qu'on pouvait espérer, l'armée a sur-le-champ rebroussé chemin à marches forcées de nuit et de jour sur Mojaïsk et nous voici arrivés à Viasma, à quarante lieues en-

(i) Auditeur da troisième classe au Conseil d'Etat et attaché à la direction générale des ponts-et-chaussées, Billiotli était neveu du cardinal Maury.

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viron de Smolensk, où nous espérons aller dans quelques jours. Nous sommes assaillis des mêmes misères que la disette et la fatigue nous faisaient éprouver en allant, y joint un froid très vif, quoique beau, et une plus grande réserve et hésitation causées par la présence des maraudeurs ou partisans ennemis. Ceux qui n'ont pas d'assez bons chevaux pour suivre la marche sont forcés de j erdre leurs effets. Plusieurs de mes collègues, dont M. de Fleury, (1) ont perdu tous leurs bagages, — et leurs voitures ont été brûlées par eux-mêmes, en les abandonnant, ou détruites par l'arrière-garde.

Nous n'avons pas tout à fait l'air de marcher en conquérants. On fait emporter les malades sur les voitures des particuliers, vu le manque de moyens de transport suffisants. Je porte pour mon compte un soldat malade de la fièvre. Du reste, on est sans inquiétude, attendu que l'Empereur se porte à merveille et que, dirigeant lui-même tous les mouvements de l'armée, sa marche aura sans aucun doute les résultats que sa prudence ordinaire, son bonheur et ses profondes combinaisons ont calculés d'avance. Tout le monde est content et plein de confiance et personne ne se plaint du manque de tout.

(i) Le baron Joly de Fleurv, auditeur de première classe au Conseil d'Etat, attaché à la sectioa de l'intérieur ; il était venu, comme Beyle, Buschc et Bergognié, ses collègues, apporter de Paris le portefeuille des ministres et il l'apporta au moment où l'armée quittait Moscou.

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