i. Le combat de Viasma
Le 3 novembre, Ney fail rarrière-garde avec son 3'^ corps, mais que de difficultés il rencontre! Durant le combat de Viasma où Napoléon n'est pas et où personne ne commande en chef, Davout appuie trop à droite et son corps se i-etire précipitamment et en un grand désordre ; il entraîne même dans sa déroute une brigade de Ney. Aussi le duc d'Elchingen est-il irrité ; il expose à l'Empereur dans sa lettre du 3 novembre les résultats de cette affaire de A'iasma aussi funeste par ses suites que par les pertes qu'elle a coûtées aux Français. La lettre du 4 novembre n'est pas moins intéressante. Ney, tout en marchant avec ordre, tout en repoussant les Cosaques qui le débordent, a raison de juger sa tâche pénible — d'autant plus pénible que les corps d'Eugène et de Davout sont, dit Fezensac, déjfi désorganisés et qu'une quantité d'hommes débandes traverse les rangs du 3'- corps et gène ses mouvements.
Au bivouac, en arrière de Viasma, 3 novembre 1812, 10 heures du soir.
Sire,
Votre Majesté m'a fait ordonner hier par son major général de faire la retraite de l'armée à partir du défilé en arrière de Viasma.
Ce matin la canonnade s'est fait entendre sur la route de Moscou. Je m'y suis porté de ma personne, et il m'est pénible de dire que j'ai trouvé les troupes dans la plus grande confusion. Tout ce qu'il m'a été possible de faire, a été de rallier les fuyards et de former quelques échelons. L'ennemi montrait de l'infanterie, une cavalerie immense et une très nombreuse artillerie. On s'est battu tout le jour avec assez d'acharnement. Il avait été convenu entre le prince d'Eckmûhl et moi que l'on garderait la position en avant de la ville et qu'on ne se retirerait que pendant la nuit. Mais les troupes du l*^'' corps n'ont pas tenu ; je les ai fait soutenir par une brigade d'infanterie qui, après avoir bien fait, a été entraînée par la division Morand en déroute. On a perdu du monde et du canon. De meilleures dispositions auredent pu produire un résultat plus favorable. Ce que cette journée a de plus fâcheux, c'est que mes troupes ont été témoins du désordre du 1'''' corps ; c'est un exemple funeste qui ébranle le moral du soldat.
Je dois la vérité à V. M. et quelque répugnance que j'éprouve à blâmer les dispositions de 1 un de mes camarades, je ne puis m'empêcher de vous déclarer, Sire, que je ne puis répondre de la retraite comme si je commandais seul.
Le 4® corps et le 1*"" se sont retirés. J'occupe le défilé du bois en arrière de Viasma et je me mettrai en marche avant le jour. Mais il serait nécessaire que les
échelons fussent réglés ; je ne puis, sans cela, compter sur rien.
Je ne crois pas que toute l'armée ennemie soit ici ; sa cavalerie et son artiUerie sont très nombreuses, et j'évalue son infanterie à 20.000 hommes.
Je suis avec un profond respect, Sire, de V. M. le très humble et très obéissant serviteur et très fidèle sujet.
Maréchal duc d'ELCHiNGEN.
Au bivouac de Somlevo, h novembre i8i2, 5 heures du soir.
Monseigneur, les troupes se sont mises en marche ce matin à 6 heures précises ; les échelons étaient disposés de manière à éviter l'encombrement et à être à labri des surprises de l'ennemi . Le mouvement rétrograde s'est effectué avec autant d'ordre qu'on pouvait le désirer, quant aux troupes du 3'' corps. Mais la route était couverte, sans exagérer, de i 000 hommes de tous les régiments de la Grande Armée qu'il a été impossible de faire marcher ensemble. Cela rend la situation de l'ofticier général chargé de faire une arrière-garde d'autant plus pénible qu'à la moindre attaque de la part de l'ennemi, ils prennent la fuite et peuvent mettre le désordre dans les colonnes.
L'ennemi m'a attaqué à plusieurs reprises avec du canon et une multitude de ses Cosaques qui me débordaient constamment ; mais tous les échelons l'ont si bien reçu qu'il n'a pu parvenir à nous entamer, et enfin, au moment où j'ai pris position, il a engagé une forte canonnade pour me déloger ; mais la supériorité de notre feu la contraint à s'éloigner. On assure, mais je ne l'ai pas vu, qu'une colonne d'infanterie a filé sur ma gauche.