‹ Lettres de 1812Chapitre 47 sur 98 · MONFORT ▲ DE GaUX · texte numérisé non relu

MONFORT ▲ DE GaUX

Joseph Puniet de Monfort, directeur du parc général du génie — qui sera fait maréchal de camp sous la première Restauration — écrit de Smolensk à M. de Caux, le futur ministre, alors chef de bureau du génie au ministère de la guerre ; il trouve que la campagne est « furieusement dure », que tout le monde, gens et chevaux, est « horriblement fatigué », et il prévoit que son parc perdra toutes ses voitures avant d'arriver à Vilna. L'artillerie, ajoute Monfort, ne s'en tirera pas beaucoup mieux que nous, et, en effet, au sortir de Smolensk, le 14 novembre, lorsqu'il fallut gravir une côte raide et couverte de glace, le chef de bataillon Pion perdit ses vingt-sept caissons ; il se plaignait au général Sorbier : « Cela vous désole, lui répondit Sorbier, moi, je m'en f... Que vous perdiez vos caissons aujoui'd'hui ou demain, cela est bien indifférent et plus tôt vous les pei'drez, mieux en vaudront les canonniers qui se tuent à chercher à les sauver. \'ous ne conduirez pas une seule voiture jusqu'au Niémen, malgré les peines que vous vous donnez. »

Smolensk, lo novembre 1813.

Nous voici, mon cher de Caux, arrivés à Smolensk après vingt jours de marche non interrompue. Nous sommes tous horriblement fatigués. Les chevaux surtout sont sur les dents. Depuis quatre jours, la terre est couverte de neige, en sorte qu'ils ne peuvent près-

(jue plus avancer. On a déjà été obligé à notre parc de brûler plusieurs voitures. Si, comme on s'y attend, nous allons jusqu'à Vilna, j'ai bien peur que nous n'en ramenions guère, et que notre parc ne se trouve à peu près réduit aux Aoitures que nous fûmes forcés de laisser à notre premier passage dans cette ville. Enfin, il aura au moins rempli sa destination pendant toute la campagne, et, s'il faut le recréer entièrement, il aura cela de commun avec beaucoup d'autres, car je ne crois pas que l'artillerie s'en tire beaucouj^ mieux que nous. La cavalerie est presque toute à pied : il n'y a pas 100 hommes montés païu'égiment. Jai vu hier le général Dejean. fort bien portant, et j'ai eu, il y a peu de jours, des nouvelles de votre cousin du 6" cuirassiers, qui se portait fort bien aussi.

Smolensk offrait quelques ressources ; mais vous jugez qu'elles ne peuvent suffire longtemps à une armée aussi affamée. Aussi, je pense que nous n'y ferons pas long séjour. Je présume que le quartier général se portera à Vilna et que les troupes seront dispersées dans la Lithuanie. Les Russes ne doivent être guère moins fatigués ni moins affamés que nous : ce qui nous permettra sans doute d'étendre un peu nos quartiers d'hiver, chose indispensable pour pouvoir subsister.

Je puis vous assurer, mon cher de Gaux, que cette campagne a été furieusement dure ; tous ceux qui reviennent d'Espagne assurent que ce sont des roses en comparaison.

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