GUILLIEN A PiRON
Smolensk, lo novembre iSu.
Le signataire de cette lettre est sans doute le sous-impecteur aux revues Guillien, Il se livre à des espérances qui, hélas ! ne seront pas exaucées. Il croit que Wittgensteinsera « anéanti », et un officier russe qui a intercepté et annoté la lettre, s'étonne de cette jactance : Wittgenstein ne sera pas forcé dans sa position, et Guillien lui-même reconnaît que c'est un détachement de Wittgenstein qui vient de surprendre Vitebsk et de faire prisonnière, avec le général Pouget, la petite garnison qui défendait cette ville.
L'armée de Wittgenstein aura sûrement à se repentir de tous les maux qu'elle nous cause. L'Empereur vient avec 100.000 hommes la couper, les maréchaux Victor et Saint-Cyr la tiennent en échec sur nos derrières et j'espère qu'elle ne tardera pas à être anéantie. En attendant, les incursions de ses détachements nous font tout le mal possible et, quand il nous arrive des forces, les Cosaques sont déjà bien loin. Tout a été pris à Vitebsk, le général gouverneur, le commandant de place, les pièces de canon que nous j avions. Un des canonniers s'est fait hacher sur sa pièce avant de la laisser entre les mains de l'ennemi, et comme des
gens de ce courage sont à regretter, un colonel et plusieurs officiers de ma connaissance ont été tués, ce qui augmente encore mes regrets sur l'événement. On me prévient que l'ennemi est à Orcha à quatre lieues d'ici, je vais partir sur-le-champ.