A LA RE1>"E DE NaPLES
Smolensk, novembre i8ia.
Ma chère Caroline, je viens de recevoir quatre estafettes à la fois ; elles ne m'ont apporté que ta lettre du 16 octobre. Je la trouve charmante ; j'apprécie, comme je dois, tout ce qu'elle contient de tendre ; tu es toujours bonne et sensible à mes peines ; je n'en ai plus sur l'objet qui causait ma mélancolie, je n'en ai c{ue sur notre séparation. Une absence longue est bien pénible pour rpii a vme âme sensible. Je t'ai mandé que, depuis le 24, j'accompagnais l'Empereur et qu'il me comblait de bontés. Elles sont à leur comble ; aussi je n'en sentis jamais mieux le prix que dans le moment où j'ai appris l'événement du 23 (1); il est
(i) Conspiration de Malet dans la nuit du aa au aS octo))re iSia.
inconcevable autant que ridicule. Comment n'est-il venu dans la tête de personne de parler du Roi de Rome? C'était si naturel, cela était si dans l'ordre! Combien j'ai senti que j'aimais l'Empereur dans ce moment ! Comme il s'est montré supérieur à tout événement ! Comme il s'est montré bon époux, bon père et bon souverain ! Je me suissconfîrmé dans l'idée que je m'étais faite de son bon cœur. Tout est tranquille, les scélérats ont payé de leur tête le crime affreux dont ils s'étaient rendus coupables.
Nous partons dans peu pour nous j)orter contre le corps de Wittgenstein. L'Empereur a été un moment sur le point de m'envoyer en avant. J'obéissais avec plaisir, mais je le quittais avec peine ; enfin je suis fort heureux.
J'aurais voulu ou désiré que, dans l'article sur votre Te Dcum, mon nom y eût été au moins prononcé et que vous eussiez eu l'air de remercier Dieu de m'avoir conservé. Adieu, mon amie, j'attends les chemises que tu m'annonces. Ma santé est parfaite, je t'embrasse de tout cœur. Je me flatte toujours de pouvoir t'embrasser cet hiver. Alais que cela n'empêche pas le travail de mon appartement. Carafïa partira ce soir avec un courrier. 11 t'apportera le travail, il m'a été impossible de l'expédier plus tôt. Je désire qu'il reprenne ses fonctions de premier écuyer. Il n'a pas pu s'accoutumer au froid de ce pays.