A SA FILLE Létitia(I
Smolensk, novembre i8i2.
Ma bien bonne et belle Létitia, j'ai trouvé ta lettre charmante. Je suis peiné de ne pas pouvoir t'écrire plus souvent. Si cela me prive du bonheur de recevoir de tes jolis billets, ta bonne maman me donne souvent de vos nouvelles ; elle m'annonce ton portrait. Je crains qu'il ne soit pas aussi ressemblant que le premier. Vous êtes encore dans les beaux jours ; ici nous avons la neige et les frimas ; tout nous annonce un hiver rigoureux. Nous nous rapprochons et, quand les quartiers d'hiver seront pris, j'espère pouvoir m' éloigner et aller embrasser mes bons et tendres enfants. Gomme je serai heureux de pouvoir me retrouver au milieu d'eux !
Adieu, ma chère Létitia, tes lettres me charment, ton amour et celui de tes frères charment mes loisirs et les tourments de notre séparation. Je ne puis être heureux que près de la Reine, près de vous. Je ne me ressens plus de ma blessure. Adieu, j'embrasse bien
(i) Murât avail quatre enfants : Napoléon-Achille, né le 21 janvier i8oi • Létitia-Joséphine, née le a5 avril 1802 ; Napoléon -Lucien-Charles, né le 16 mai i8o3, et Louise-Julie-Caroline, née le sa mars i8o5.
ma bonne Louise et je la remercie du mot qu'elle a écrit sur lenveloppe où [elle^ ma tracé quelques lignes.
Adieu, tout à toi, ma fille. lo ii nbhraccio di tutto il 71X10 cuore.
70, A SON FILS Achille
Smolensk, novembre 1812.
Mon bon Achille, me voilà plus près de ma famille — de cent lieues. Me voilà à Smolensk, d'où j'ai écrit à mes enfants. Je vais m'en rapprocher encore, et j'espère toujours pouvoir les embrasser cet hiver. Cette idée me console et me fait supporter avec courage notre séparation. Adieu, mon ami, on m'annonce que l'estafette va partir et je te quitte. Ma santé est parfaite ; embrasse bien maman pour moi, embrasse bien Louise et crois à toute ma tendresse.
Le fils de M est ici et se porte bien. Tout à toi.
Ton bon père.
L'Empereur jouit d'une bonne santé et est bien bon pour moi.