Le régiment Joseph-Napoléon
Le rég-iment Joseph-Napoléon, composé d'Espagnols et formé en 1809, comprenait pendant la campagne de 1812 deux bataillons, le '2'^ et le 3" sous les ordres du colonel Tschudy, le l'^' et le 4^ sous ceux du major Doreille. Le colonel Tschudy (1) a laissé une relation de ce que firent les deux baîaillons quil commandait. Elle est plus brève que le mémoire du commandant Lopez écrit en 1840 et publié par 'SI. P. Boppe dans ses Espagnols à la grande année (p. 139-170). Elle a toutefois sa valeur. Tschudy l'imprima en 1813 ; mais le Précis manuscrit que nous i-eproduisons, difTèredu Précis imprimé.
Précis des opérations du régiment JosepJi-X;ij;<jléon pendant la campagne de Russie.
Les 2° et 3'' bataillons du régiment commandés par le colonel et faisant partie de la 2*" division du 1*''' corps passèrent le Niémen le 24 juin.
Le même jour ils se mirent en marche avec la ca-
(i) Tschudy, né à Pont-à-Mousson en 17^^, fils d'un officier suisse au service de France, émigré, capitaine en Portugal, chef c'.e bataillon dans la Légion portugaise en 1 808, major en 1809, puis colonel en 1812 du régiment Joseph-Napoléon, colonel du i3i' en iSii, lieutenant de roi à Bayonne en 1S28, mort en 183/4.
Valérie et l'avant-garde commandée par S. M. le roi de Naples et arrivèrent à Vilna le 27 juin. Ils en partirent le 1^'" juillet et, suivant toujours la cavalerie, prirent avec elle la route de Sventsiany et V^idzy pour se rendre à Polotsk où ils arrivèrent le...
Le régiment Joseph-Napoléon et un bataillon du 48^ de ligne eurent l'ordre de garder la place de Polotsk jusqu'à l'arrivée du 2^ corps d'armée. Il partit de cette place le surlendemain de son arrivée et rejoignit à marches forcées la 2® division le 26 juillet près Vitebsk.
Il se trouva à la bataille qui eut lieu le 27 du même mois.
Il resta campé en avant de cette place jusqu'au 7 août. 11 suivit encore la cavalerie commandée par S. M. le roi de Naples jusqu'au passage du Dnieper près Orcha le... et arriva avec elle près Smolensk le 16 août. Alors la 2^ division se joignit au l®"" corps et se trouva avec lui à la bataille du lendemain 17. Le régiment formait la gauche de la 2^ division et avait lui-même à sa gauche la l"" division du l®"" corps : il n'eut dans cette affaire que 7 soldats blessés.
Le régiment suivit la marche du 1^'" corps jusqu'en avant du champ de bataille de Mojaïsk où il arriva le 5 septembre. Ce même jour, vers les 7 heures du soir, après la prise de la redoute de droite, il reçut de M. le général comte Priant l'ordre de se porter au village qui brûlait à gauche de cette redoute, afin de couvrir
la droite de la 2^ division en coupant l'espace de terrain qui existait entre la redoute et ce village et par où l'ennemi aurait pu se glisser sans être aperçu. Il arriva au moment où le 111" régiment de ligne venait d'être chargé par la cavalerie ennemie, avait été rompu et avait perdu une partie de son artillerie. Je formai le carré avec mes deux bataillons qui, à cette époque, n'avaient pas plus de 400 combattants. Je le masquai par les dernières maisons de droite du village en feu. Alors j'envoyai une compagnie de voltigeurs amorcer l'ennemi. Ce que j'avais prévu arriva. La cavalerie ennemie, ne croyant poursuivre qu'une poignée de tirailleurs, arriva sur mon carré sans l'avoir aperçu et reçut à bout portant le feu de deux faces ; ce qui la mit en déroute. Elle laissa devant le front du régiment dix morts, parmi lesquels le chef qui la commandait, plusieurs chevaux, et dut avoir un grand nombre de blessés. Le régiment ne perdit pas un seul homme, et l'ennemi ne fit plus de mouvement pendant le reste de la nuit du 5 au 6. Cette action fut la première du régiment pendant la campagne. Le général comte Priant en fit un rapport très avantageux à M. le maréchal prince d'Eckmùhl. Mais, malheureusement, il le fit verbal. S'il eût pensé à le faire par écrit, cette action serait venue à la connaissance de S. M. l'Empereur et Roi.
Le surlendemain, 7 septembre, le régiment se trouva à la bataille de Mojaïsk avec la 2*^ division : il perdit
2 hommes tués et 2 of liciers et 32 soldats blessés. * Le 8, la 2*^ division fut rendue à S. M. le roi de Naples pour poursuivre l'ennemi jusqu'à Moscou.
Le 9, matin, elle s'empara du village de Mojaïsk et repoussa l'ennemi à plus de cinq lieues en avant. Le régiment eut dans cette journée 2 tués et 5 blessés.
Le 10, je reçus Tordre de former avec mon régiment et 300 hommes du 33*^ de ligne l'avant-garde pour marcher avec la cavalerie légère sous les ordres de M. le général Gastex. Arrivé vers les 3 heures de l'après-midi devant le village où l'on prit position le 11, je me trouvai engagé avec toute l'infanterie ennemie et exposé au fevi continu de deux pièces qui tiraient à mitraille sans qu'aucune artillerie y répondit. Je fus chargé deux fois par la cavalerie ennemie et la repoussai. Je perdis d'autant plus de monde que, continuellement menacé par elle, je ne pouvais me déployer. Je restai ainsi seul dans cette position jusques à 5 lievires du soir que 1 on envoya le 5*-' léger pour nous renforcer. Ce régiment, le mien et les 300 hommes du 33^ furent ce jour presque anéantis. J'eus deux officiers tués, dont un chef de bataillon, 17 blessés, dont moi-même et l'autre chef de bataillon et eus 24G hommes tant tués que blessés.
Cette affaire où nous ne perdîmes pas un pouce de terrain, n'eut d'autre avantage que de prouver la su- }>ériorité de la bravoure de nos troupes sur celles de l'ennemi. Depuis ce jour jusqu'au 43 où nous arri-
vâmes à Moscou, il ne se passa rien de remarquable à l 'avant-garde.
La 2° division ne resta que deux jours campée en avant de Moscou et partit avec S. M. le roi de Naples pour poursuivre l'ennemi, d'abord sur la route de Vladimir, puis sur celle de Polotsk, enfin sur celle de Kalouga jusques au 4 octobre. Ce jour, vers les 6 heures du soir, après avoir souffert pendant toute la journée le feu de l'artillerie ennemie, la 2® division se trouva engagée avec une infanterie bien supérieure en nombre qu'elle repoussa d'abord. Mais elle fut ensuite contrainte de reprendre sa position où elle se rallia et qu'elle garda jusques au 18 octobre que le général Koutouzov attaqua avec 80 000 hommes l'avant-garde composée de 2 000 d'infanterie et peut-être pas plus de cavalerie. La 2*^ division, ce jour, sauva toute l'avant-garde en s'emparant du défilé qui conduisait à la 4" division campée au Château Brûlé et S. M. le roi de Naples ne perdit dans cette retraite que quelques bagages.
La 2'' division se trouva le 19 octobre réunie au 1°'' corps et suivit sa route jusqu'à Smolensk où elle fut laissée à M. le maréchal duc d'Elchingen pour faire partie de l'arrière-garde.
C'est à elle à qui l'on dut. dans la journée du 1 8 novembre, d'avoir tenu l'ennemi éloigné pendant toute la journée, malgré la mitraille dont l'ennemi l'accablait.
Le régiment perdit, le 4 octobre, 1 officier tué et 1 blessé, et 84 hommes tant tués que blessés.
Le 18 novembre, 1 officier lue, 8 blessés dont le colonel, et 8 blessés restés au pouvoir de l'ennemi, dont deux chefs de bataillon, et 39 hommes tant tués que blessés sur lOo qu'il avait menés au combat. Cette affaire fut la dernière de la campagne pour le régiment Joseph-Napoléon qui suivit ensuite la marche du l^"" corps sur Thorn.
Fait à Bromberg le 10 janvier 1813.
Le colonel du régiment Joseph-Napoléon,
De Tschudy.