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Un autre épisode de Krasnoï

Etabli h Smolensk par Mathieu Dumas en qualité de commissaire des guerres, Puibusque s'acquitta de ses fonctions avec un grand zèle. Mais la note inédite que nous publions et qu'il rédigea dix-huit mois plus tard, ne retrace pas seulement ce qu'il fit à Smolensk. 11 y raconte comment il fut enveloppé dans le tourbillon de l'affaire de Krasnoï, comment il se défendit, comment il fut pris par les Russes et, grâce à Platov, traité avec bien moins de rigueur que ses compagnons de captivité.

Au mois d'août 1812, le comte Mathieu Dumas avait jugé convenable de me charger des subsistances de la place de Smolensk où il n'existait pas alors une livre de farine. La putréfaction des cadavres répandus dedans et autour de cette place et les fatigues irréparables d'une pareille situation m'ont valu une fièvre putride. Malgré cette fièvre, je me suis livré à un travail de dix-huit à vingt heures par jour et je suis arrivé en peu de temps au point de rendre le service de Smolensk aussi régulier et aussi assuré que celui d'une place de l'intérieur.

Le O'' corps d'armée, fort de 30 000 hommes, est survenu sans que j'en fusse prévenu et pendant plus

d'un mois j'ai pourvu complètement à sa subsistance. La garnison, y compris les malades, ne m'a jamais demandé moins de 14 000 rations par jour, et chaque régiment qui continuait sa marche sur Moscou, emportait pour trois jours de vivres. Enfin, quiconque a passé par Smolensk, a touché les rations attribuées à son grade, mais rien de plus. Au milieu de ces énormes distributions, je n'ai pas perdu de vue l'augmentation des approvisionnements, puisque j'avais prévu de bonne heure de quelle importance serait le point de Smolensk en cas de retraite.

Quel a été le résultat de cette prévoyance ? On y a trouvé heureusement dans le moment critique 100 000 rations de pain et des vivres pour 40000 hommes pendant vingt-sept jours. J'avais encore plus que cela en farines dans les magasins de Clémentina, enlevés à cette époque par l'ennemi. Il est facile d'imaginer quels malheurs auraient pu tomber alors sur l'armée si elle n'eût pas trouvé dans Smolensk cette ressource qui n'a pas coiité un seul centime à l'Etat.

J'ai été chargé de la pénible tâche de faire distribuer des vivres aux différents corps de l'armée et d'empêcher le pillage des magasins. La même régularité a été apportée dans ce pénible travail qui m'a tenu dans une activité littéralement continuelle pendant six jours et six nuits, et l'armée entière sait que j'ai été forcé plus d'une fois de défendre ma vie en défendant

les magasins contre des furieux qui ne voulaient plus rien entendre.

J'ai eu enfin la liberté de quitter cette place le 16 novembre. J'en suis parti à cheval avec un de mes fils; assailli à Krasnoï par la mitraille de cinquante bouches à feu, ayant mon cheval blessé, j'ai été jeté sur la droite de la route après avoir perdu mes bagages. Nous avons repoussé pendant 'quarante-huit heures les charges répétées des Cosaques avec quelques traînards qui ont bien voulu nous obéir. Le deuxième jour, au soir, ils ont refusé de nous suivre, et, comme je l'avais bien prévu, l'ennemi dont nous avions trop attiré l'attention par notre résistance, nous ayant entourés avec deux mille iiommes et seize pièces de canon, ces deux cents hommes ont été passés au fil de lépée. Mon fils blessé d'une balle à la jambe et moi, avons été assez heureux, au milieu de tant d'ennemis, pour surprendre un ofîicier et quelques soldats dans une écurie ; pour se sauver la vie, ils ont consenti à nous faire prisonniers suivant les lois de la guerre.

Le comte Platov, chef de Cosaques, au heu d'être irrité de notre résistance, en a écrit favorablement au général en chef russe qui nous a fait éprouver un traitement moins rigoureux qu'à nos malheureux compatriotes.

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