JUNOT A Berthier
Le duc d'Abrantès qui estàBorissov, donne des nouvelles de l'ennemi et annonce qu'il rejoindra le 9" corps (ou corps de Victor). Il ajoute qu'il ne peut rallier les cavaliers qui vont mai'auder pendant la nuit, et on remarquera ce qu'il dit, en passant, des « compagnies d'officiers », c'est-à-dire de l'escadron sacré qu'il aurait voulu coinmander(voir plus loin pièce 105) : les officiers qui forment cet escadron sacré ont été suivis par des soldats, et il n'y a plus d'officiers supérieurs ; des régiments ont des lieutenants à leurs têtes. Quelle corvée, conclut Junot, que de mener ces fjens-lk !
Borissov, aO novembre i8ia.
Monseigneur, nous voyons toujours devant nous sur la position qu'occupe l'ennemi de l'autre côté des ponts, plusieurs bataillons d'infanterie, de la cavalerie, et j'ai compté huit pièces de canon. Le pont est brûlé ; mais la rivière est gelée et assez étroite, et l'ennemi aurait bientôt fait un passage. Je le ferai bien surveiller cette nuit par des postes multipliés. Il ne nous a pas tiré un coup de fusil, mais il a remué ses troupes.
BorisBov, 26 novembre 181 2, k G heures du loir.
Monseigneur, c'est en ce moment que mon officier (i ordonnance m'arrive et me dit que V. A. avait donné l'ordre que je suivisse le O*" corps. Il a passé ici entre 3 et 4 heures, et personne ne m'a parlé d'aucun mouvement. Dans ce moment-ci tous nos chevaux sont au fourrage, et le soldat qui a été toute la journée sous les armes fait la soupe. J'ignore encore où est le 9*^ corps. Je vais envoyer le reconnaître, et demain, à 3 heures du matin, je me mettrai en route et je l'aurai rejoint avant le jour.
S. M. se plaint de voir de la cavalerie à pied en avant. Elle a bien raison ; mais il est impossible de rallier tous ces hommes qui, la nuit, quittent le camp et vontmarauder.il y en a aussi beaucoup, provenant des dépôts de Gorki, qui ne se sont jamais présentés. Chacjue fois qu'on en rencontre, on les fait entrer dans leur régiment. Aussi nous évitent-ils autant qu'ils peuvent. 11 y a, outre cela, beaucoup de cavaliers suivant les officiers généraux, les officiers supérieurs, et autres des compagnies d'officiers. Il y a un grand vice qui empêche d'avoir de l'ordre dans cette masse ; onn'a laissé qu'un général par corps, point d'officiers supérieurs, et la plupart des régiments ont des lieutenants à leur tête. C'est vraiment, Monseigneur, une cruelle
corvée que de mener ces gens-là . Que serait-ce que de les faire se battre?
Je prieV. A.S.de m'indiquer comment je dois marcher par rapport au 9® corps, pour que je ne puisse jamais gêner.
î)7. PzEBENDOWSIil A NeY
Un courageux et avisé Polonais qui rendit les plus grands services (1), le comte Pzebendowski, rend compte au maréchal Ney, dans ce billet, qu'il a passé la Bérésina pour reconnaître la roule qui conduit à Zembin, et, le :2G novembre, à minuit, il écrit au duc d'Elchingen qu'il n'a rencontré personne, que les ponts et digues sur cette route sont en très bon état (c'étaient de très longs ponts jetés au milieu des bois sur des marécages). Cette mission de Pzebendowski Tait honneur et à celui qui l'exécuta et à celui qui l'ordonna : on sait désormais que les marais de Zembin sont franchissables et que les Cosaques ne ferment pas à l'armée française la route de Zembin à Vilna par Kamen et Molodetchno, la seule route qu'elle puisse prendre après avoir traversé la Bérésina.
A S. E. le maréchal duc d' Elcliingen.
Zembin, à minuit.
Monseig-neur, j'ai l'honneur de VOUS rendre compte que, d'après vos ordres, je viens d'arriver à Zembin sans avoir rencontré personne. Les Cosaques sont tous
(i^ C'est lui qui vint annoncer à Orcha la venue prochaine du maréchal Ney.
partis hier avec le général Mudrin. Tout le monde assure que d'ici à Vilna il n'y a point d'ennemis sur la route. Quand il fera jour, je me procurerai des renseignements plus amples. Les ponts et digues sur la route sont en très bon état.
Jai l'honneur d'être avec le plus profond respect, Monseigneur, votre subordonné,
Comte PZEBENDOWSKI
98, Rapport du chef d'escadron Tûrckheim
Ce rapport a été écrit rapidement au crayon le soir du 30 novembre par un aide-de-camp de Rapp, le chef d'escadron Guillaume-Frédéric deTùrckheim, fils du banquier strasbour^^eois Tiirckheim et de cette Lili Schônemann aimée et célébrée par Gœthe. Le jeune officier attend à Zembin Tarrière-g^arde de Ney qui protège la retraite de l'armée après le passage de la Bérésina. Le maréchal n'a pu marcher que lentement parce qu'un prodigieux encombrement de voitures, notamment de voituresdu 9® corps ou du corps Victor, s'est produit à l'endroit où les troupes quittent la grande route pour prendre l'étroit chemin de traverse qui conduit à Zembin et qui n'avaitque la largeur nécessaire au passage d'un chariot. Mais le ducd'Elchingena repoussé,» ramené» l'ennemi qui du reste, ne montre plus d'audace, et, après être allé s'assurer qu'Eblé a fait brûler les ponts de la Bérésina, il est revenu brûler <( le grand pont dans le marais, » comme dit Tûrckheim, ou les ponts de Zembin, ces ponts jetés sur des marais au milieu des bois, ces ponts qui couvraient une largeur de trois cents toises et que les Russes avaient heureusement négligé de détruire ; chose inouïe, écrit un des acteurs de la campagne, que l'ennemi n'ait pas envoyé de Cosaques pour rompre ces ponts!
Kamen, 3o novecubre i8i2.
Sire,
D'après les ordres qui m'ont été transmis de la part de Votre Majesté, j'ai attendu à Zembin l'arrivée de Tarrière-garde commandée par M. le duc d'Elchingen. M. le maréchal j est arrivé à 6 heures. Il n'avait pu se mettre en route qu'à midi, vu le prodigieux encombrement de voitures. M. le maréchal se plaint surtout de l'immense quantité de voitures du 9^ corps. Cependant toute l'artillerie et les bagages ont heureusement passé tous les défilés, à l'exception d'une pièce qui a été démontée dans la journée par le feu de l'ennemi, que l'on a enclouée et culbutée dans le fossé. M. le maréchal, étant suivi par de la cavalerie et de l'artillerie, se détermina vers 2 heures à repousser l'ennemi. Il le ramena avec aA'antage, et en peu de temps toute la route fut balayée. M. le maréchal pense que l'ennemi doit avoir souffert prodigieusement dans les combats précédents, à en juger par le peu d'audace qu'il montrait. Vers les midi, il a entendu vingt-cinq coups de canon qu'il croit être des coups de canon de détresse de la division Partouneaux. Il était allé voir les ponts de la Bérésina à midi. Le général Eblé les avait déjà fait brûler. Le grand pont dans le marais a dû être brûlé à 6 heures du soir. La division Maison était postée en deçà de ce pont, à la maison isolée, à une lieue au delà de Zembin.
M. le maréchal paraissait désirer vivement que Sa Majesté voulût bien fixer l'heure de départ pour les échelons, ayant eu plusieurs fois de la peine à empêcher la confusion entre les échelons du 9*^ corps et les troupes sous ses ordres. Il pense que, d'après la direction des coups de canon de détresse, la division Partouneaux devait se trouver à une lieue et demie audessous du pont.
Je suis, avec le plus profond respect,
de Votre Majesté le fidèle sujet.
TùPCiuiEiM, chef d'escadron,
aide-de-camp de M. le général comta Rapp.
9'J. PzEBExNDOWSKI AU PRINCE EuGÈNE
Voici un nouveau raj)port du Polonais P/ebendowski, adressé cette fois au prince Euyène. L'Empereur croit encore ti'ouver des ressources à Molodetchno ; il voudrait arrêter l'armée derrière la Vilia. Mais Pzebendowski annonce que, s'il n'y a pas de Cosaques dans la région, ils y ont paru quelques jours auparavant pour brûler les magasins de Molodetchno.
Osienkowicze, i*"" décembre 1812.
Monseigneur, j'ai Ihonneur de rendre compte à Votre Altesse Impériale que l'officier chargé de faire la reconnaissance sur \'ileïka m'a envoyé son rapport. Il n'a trouvé aucune troupe dans cet endroit. Les Cosaques n'y ont point paru depuis longtemps.
J'ai envoyé à V. A. I. un officier de la gendarmerie lithuanienne qui m'a dit que les Cosaques, au nombre de 30, avec des lanciers, ont bridé les magasins à Molodetchno il y a quatre jours et en sont repartis. 11 assure qu'aucun parti ennemi n'a dépassé ce dernier endroit. II dit que le général d'Albignac avec !).000 hommes a pris position derrière Molodetchno à deux lieues.
Les reconnaissances envoyées à droite et à gauche de la route n'ont rencontré personne et les Cosaques n'ont point paru dans ces endroits.
Je suis bivouaqué sur la route de Molodetchno à une petite lieue d'Iliya où j'ai trouvé du fourrage et de quoi vivre. Je garde la route qui conduit de Molodetchno à Vileïka ; elles se partagent à Czechy.
En attendant les ordres de V. A. I. je suis, avec le plus profond respect, de V. A. I. le très soumis serviteur.
Comte PzEBENDOWSKl.